EMMANUEL YVES

 

 

L'adieu

Magma

Dérive

Sonnet pour Aorinne

Sol Air

Sur le ring

L'Ile

Courbes

Vous deux

Coup de Coeur

Triades

Quetzal

Mensonges

Ballerine

Des mots

Antigone L'oeuf à la coque Paris-Texas Le repas La tour

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'adieu

Le soir le long des quais peuplés de créatures,
Un fou pleure parfois un amour envolé,
L'ombre d’un passé blond comme une chevelure
Qui n'est plus que néant sous les néons voilés.

Et si proche la Seine aux mouettes rieuses,
Endormie malgré tout sous un vent résolu,
Recueille dans son lit ses pensées voyageuses :
Une femme est partie et ne reviendra plus.

30/ 11/ 1992

 

 

 



Sonnet pour Aorinne

Je vous trouve, mon ange, O combien si jolie
Avec vos blonds cheveux de faisceaux plus dorés
Qu'une mer en florins à la robe polie,
Si tentants pour mes yeux qui ne sont point curés.

Et tout dans votre rire inspire tant la joie,
Qu'il résonne en mon coeur le sursaut de vos ailes
Quand gaiement vous parlez à mon teint qui rougeoie
De bonheur, de plaisir, de vos mains aussi frêles.

Tout cela, direz-vous, c'est de la poésie,
Une pièce inventée par pure courtoisie,
Mais mon ange adorée, apprenez sans discours

Que vous êtes divine en tant que point de mire
Et que Dieu n'a jamais non jamais eu recours
A plus belle oeuvre d'art afin que je l'admire !

20/03/1994






L’île

Une entorse à la mer mon île personnelle
Ceinturée de récifs, d’écumes de flanelle,
Ressemble à ce Kerry taillé dans les rochers
Où le rêve et l’oubli concentrent leurs archers.

Il n’y pleut mais il neige au soleil dépoli
En flocons minéraux de lapis-lazuli
Pour former de grands lacs où se baignent des cygnes,
Apollons cristallins aux plumages insignes.

Des moutons sous le ciel en troupeaux bleu turquoise
S’effilochent le soir en filant l’eau narquoise
Et l’on voit des coteaux, bas le jour, de campagne
Tout à coup se dresser en vrais mâts de cocagne !

Quelquefois la nuit pleine on ne peut distinguer
Qui du vent d’un oiseau n’en finit d’irriguer
De son rire aérien de ses joies ennemies
Le silence inquiétant des plages endormies.

Et ce n’est qu’au matin affalé sur le sable
Balayé à l’envi d’une vague inlassable
Qu’on surprend les desseins de la fée maritime
Dans sa danse salée paresseuse et intime.

04/04/1994






Coup de coeur

Mon coeur, mon triste coeur, l'un de nous est de trop!
Que ne puis-je passer le restant de mes jours
Dans un corps insensible à chaque numéro
Qu'il te plaît de jouer à tous les carrefours!

Tu te trompes te dis-je ! Aucune demoiselle
Ne prête une minute attention à ces coups
De marteau que tu prends en laissant ta chandelle
Mille fois s'enflammer sans arrêt pour des clous!

Enfin, vas-tu te taire? Il n'y a dans ces yeux
Là, vois-tu, nullement l'intention de te plaire.
Bien sur qu elle est jolie à rendre tout joyeux

Cette fille inconnue au regard bleu polaire, 
Mais elle a, elle aussi, tracée sur son visage, 
La pensée vagabonde ignorant ton langage.

13/04/1994








Mensonges

J’ai usé les piles de mon horloge interne,
Les nuits passent si vite à l’abri des démons,
On s’habitue, tu sais, à oublier les sons
Et les scènes du film plus vieux qu’une caverne.

Oh, bien sûr, souvent on fait semblant ; on respire
Le velours du fauteuil, de la cire et des fleurs,
On s’imagine gai, on a les yeux rieurs
Pour d’autres yeux en face : on veut toujours reluire.

Quand le soleil s’y met, on finirait par croire
Qu’il ne s’est rien passé ; les rayons en treillis
Rampent sur la moquette avec cet air surpris
De trop lents voyageurs qui ont manqué l’Histoire.

Les chiffres ne font qu’un sur le calendrier.
Deux mois sont un siècle inventé pour mentir,
Inventé pour se taire inventé pour salir
La mémoire allongée, morte au vent sablier.

Et l’on est convaincu, en sortant de chez soi,
D’avoir comblé le vide au bonheur amputé
Par quelques mots écrits sur un soleil raté,
Mais au fond du silence … il ne manque que toi.

10/12/1995







Magma

Baiser, boire, manger : c’est le temple de l’homme
Obsédé par la peur des vastes nudités
Mélancoliquement laissées à l’astronome.

Bagages de nos chairs qui êtes transportés
Au sommet de la vague effleurant la suivante,
Y a-t-il une vie dans la foule mouvante ?

18/11/1996







Sol Air

Dans mon cerveau en vrille où croît l’instinct chasseur,
Mes pôles attractifs ont dessous et deux x
Flanqués d’un top secret sur un front défenseur
Et dans d’habiles yeux plus changeants qu’un bombyx.

Volis aventureux dans ce rose maquis,
J’ai l’hélice emportée d’un missile acéphale
Quand l’écho de la cible apparemment conquis
L’espace d’un regard se transforme en rafale !

08/01/1997







Courbes

Docilité du signe affranchi de la pierre
Au creuset chatoyant de la flamme et du vent,
La courbe prend le temps et l’espace en poussière
Pour insuffler la vie qu’une autre courbe tend…

03/03/1998






Triade

La femme, l'oiseau et le vent 

A Astrid B

Amoureuse, elle rêve un peu comme une enfant
D'un trésor sur une île accueillante et docile
Qui clamerait son nom relayée par le vent
Jusqu'à toucher son cœur immensément fragile.

Elle aime tellement aux couleurs de son âme
Que son corps lui échappe ainsi qu’un long sommeil
Et se change en oiseau plus touchant qu’une flamme,
Eclaireur d’un passage à nul autre pareil.

Quand elle a les yeux gris c'est que le vent s'en fout :
Il ne veut plus porter ni l'oiseau ni son ombre.
Il aspire soleil sourire sous verrou
Dans la nuit des gens seuls que tout porte à confondre.

Et dans sa chair de femme arrachée à l'argile
Il règne un tourbillon que subit la triade
Où la mélancolie exécute d'algie
La danse de le la pluie au cœur de la tornade.

06/06/1998
Deuxième quatrain écrit le 23/09/2005





Ballerine

Quand un air de musique accroche délicat
Le satin d’une robe aux friselis d’enfance
On peut voir le soleil s’échapper de son mât
Se lover tout autour d’une rose qui danse.

Impassible poupée dans son écrin de bulle,
La fillette suit l’orbe éclairée de la scène
Pour dessiner dans l’air comme une funambule
Les multiples rayons d’une fée aérienne.

Puis dans le cercle d’or de ses jeux en fusion
La jeune ballerine égrène le rosaire
Des pétales de vie qui glissent à foison
Sur les eaux étranglées d’un lac imaginaire. 

03/09/2000






Dérive

A Katell L

Je ne saurai jamais les mains qu'elle a serrées
Pas plus que les regards ni même les épaules
Où elle aura flotté comme vent dans les saules
Jusqu'à en être douce aux courbes étirées.

Je ne verrai jamais les rendez-vous galants,
Les jours pour le glisser et les nuits pour le dire,
Ces mots qu’auront laissés les traits de son sourire
Sur la bouche de l'autre et ses contours brûlants.

Elle enverra au loin ainsi qu’une falaise
Les chants d’une herbe folle échappés d’un soupir,
D’un battement de cœur à n’en jamais finir.

Elle oubliera mes pas sur le front de la glaise, 
Ce verbe à la dérive animé par l’envie
De joindre par la mer la Pangée de sa vie.

24 juillet 2003






Mission Pathfinder, Juillet 1997

Sur le ring

L’enfer est à l’antenne allumée comme dingue
De bout de chou qui roule inondé de nuit plate
Sur ce corps étranger sans racine et sans fringue
Ni gorgées de soleil sous son air écarlate…

Comme un joujou perdu au vent d’Ermenonville,
Petit soldat s’attaque au grain de la mémoire
Surpeuplée de cailloux qui méprisent la bille
Lancée d’une main d’homme au front du territoire.

Et dans l’arène rouge où les jeux n’ont plus prise
C’est le froid qui étreint le catcheur de l’atlas,
Infirme d’une vie que le Loin tétanise, 
Mais dans son cœur battant, Rocky rêve de Mars…

15/07/2002






Vous deux

(A Philippe et Séverine)

On ne peut dire "Je" lorsqu'on vous voit ensemble
Blottis l'un contre l'autre, amoureux, cristallins,
Et mêlant vos baisers d'une pudeur si ample
Que le monde s'efface au seuil de vos câlins.

A l’instar des gémeaux qu’une corde invisible
Fait vibrer d’une voix concordante et obscure,
Vous suivez d’un seul pas la route indivisible
Qui part de l’Amérique et court à l’aventure.

Les trames de vos vies où s’engouffre le vent
Sillonnent un jardin de colombes rêvant,
Et sous le ciel immense au plus fort de la nuit

On peut voir s’embraser l’empire de vos yeux,
Cet amour couronné à compter d’aujourd’hui
Par deux anneaux en or qui ne sont que vous deux.

19/07/2001






Quetzal

La canopée sommeille aux lèvres de la pluie.
Comme un vaisseau figé dans l’attente de l’aube,
Elle accorde au maquis de l’oiseau émeraude
Un répit salvateur sous sa robe jolie.

Plongé dans les desseins de l’engouement fractal,
L’oiseau prisme s’attache aux étangs de lumière
Qui trament son plumage à la brune matière
De cette iridescence emplie de végétal.

Mais le vent qui s’amorce aux pupilles des cimes
Lui rapporte les sons immanents du désordre,
Ces blessures du monde ouvertes comme un ogre
Sur sa tranquillité d’oiseau des rarissimes.

Et pour chasser l’écho des grondements suspects
Le Quetzal trace alors d’une danse en plein jour
Les tournoiements dorés d’une légère cour
Qui tissent à l’aimée un bouclier de paix.

19/11/2005

 

 

 




Des mots

Mes mots n’ont pas comblé le vide.
Ils sont pourtant si nombreux,
Si lourds à porter,
Que mon ciel n’a plus rien d’un ciel,
Que la terre n’est plus un simple sol
Mais un tombeau de nuit.
Et je t’ai perdue, toi et ma raison, 
Le berceau de ma joie
Comme une croix mal équilibrée
Déchire mon être.
Et je n’ai pas le temps,
Je ne l’ai plus,
De te chercher pour effacer ton absence,
De faire que mes yeux
Soient tes yeux,
Que nos lèvres mêlées ne soient plus qu’unes
En un torrent de mots et de lumières.
Mais des mots, des mots
J’en ai encore trop dits,
Et tes lumières, elles
Me font l’ombre d’un soleil.


1989

 

 

 



Antigone

Une femme vêtue d'un immense drap noir
A la voix étranglée se jouait de Créon
Et savait que la mort était son seul espoir
En serrant dans sa main la main de son Hémon.

Antigone emmenée au royaume des ombres
C'était là le destin de la fille d'Oedipe,
Le refus de la vie pour la nuit qui inonde
Les grandes tragédies que le temps ne dissipe.

1989

 

 



L’œuf à la coque

Miam-miam ! L’œuf à la coque
Me semble être aussi chaud 
Que cette fille en cloques
Qui sirote au bistrot.

Les surveillant tous deux
Peu à peu je les vois
Couver à si grand feu
Que j’en suis en émoi.

Mais soudain, oh malheur !
Un vieux croûton mitonne
Un petit coup vapeur
Et drague la mignonne !

La belle pas fada
Ouf ! n’est pas un agneau
Et renvoie le dada
Qui s’en va tout penaud.

Rassuré sur son sort
Je retourne écoper
L’eau qui monte à rabord
Et j’envie la poupée

Car l’œuf qui m’attend là
Est à croquer à point
Mais lui ne fera pas
Un seul petit poussin.

26/11/1993



 

 


Paris-Texas

A Wim Wenders


J'ai pensé le désert l'océan corrompu,
La nuit bleue des motels éclairés de bas luxe,
Le vent sec la poussière engourdis et lippus
Agrippés sans remords à des vies de luxure.

- Rire de femme-

J'ai pensé la sueur la gâchette facile
(La folie au soleil est la seule à briller),
Des yeux morts au-dedans d'une face débile
Et le coeur desséché toujours prêt à claquer.

J'ai pensé les vautours et leur sale besogne,
Les rampants sur le sol infesté couleur sable,
Les sifflants « Allons voir Si la mort est mignonne,
Si le feu a la joie que l'on prête à ton diable ».

Mais

J'ai pensé le réveil - cri de femme maudite –
La candeur d'un visage oublié la chaleur
D'une voix qui vous aime et jamais ne vous quitte
Quand l'enfant ressurgît dans vos yeux côté coeur.

11/03/1994


 




Le repas (ou l'itinéraire d'un vers)

Dieu, que la chair est faible et le vers cannibale!
Sans vergogne il transhume un petit creux au ventre
D'une tête trouée qu'un vieux torse trimbale
A la page orgiaque où le mets se concentre.

Ciel, un pygmée! s'écrie cette tendre victime,
Alors que l'encre coule en pétillant de joie
Sous la pointe zélée de ce boucher intime
Qui raconte, gourmet, les rêves de son foie!

Dans les règles de l'art de la pêche à la ligne,
Il traque la bidoche en usant de ses charmes
Avant de s'inspirer d'une Grand-Mère indigne
Dont les crocs n'apprécient jamais les vieilles carnes.

Et lorsqu'il a cessé de déguster son plat,
Il digère en traînant ses bourrelets saillants
Pour mieux se consacrer à son apostolat
Qui fait de vous, lecteurs, des hôtes accueillants!

18/04/1995

 



La Tour

A mon Grand-père 

Dans ce rêve taillé dans l’albâtre et la rage 
Tu marchais près de moi tu n’étais pas parti. 
Devant nous se dressait, comme un géant sans âge, 
Une Tour jusqu’au ciel, un sol anéanti. 

Je t’observais franchir sa Porte des mystères, 
Ce mutisme de pierre au culte vertical 
Qui refermait sur lui comme des phylactères 
Mes angoisses devant ce temple stomacal. 

Je te cherchais alors au sein de cette Tour, 
Mes pas fragilisés par des marches ténues, 
Un semblant d’escalier longeant tout le pourtour 
De cette enceinte ornée de meurtrières nues. 

J’avais beau t’appeler tu restais invisible 
Et l’insondable vide ensemencé d’étoiles 
Qui s’ouvrait à mes pieds comme une encre nuisible 
Véhiculait au loin des âmes et des voiles. 

Puis la Tour disparut, t'emportant avec elle.

Mais où te trouves-tu ? Ma peine est un pulsar 
Qui guette chaque nuit de ton rayonnement, 
Le souffle imperceptible arrivé par le soir 
De ta voix me laissant un mot tendre et aimant.

05/03/2006 







 

 

 


 

 


Compteur Général :
 

 

 

 

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