MATTHIAS VINCENOT

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DEUX MINUTES ENCORE

Attends
Deux minutes encore
Écoute
Un air de jazz imaginaire
Qui me surprend aussi
On se détend
On s’oublie

Des fois des bateaux passent
Des fois des ombres glissent 

Entends les yeux fermés
Les bruits qui s’évaporent
Étends ton corps bercé
Laisse-moi tout lui faire
Te plaire

Attends
Deux minutes encore

Des fois des gens s’embrassent
Des fois des enfants glissent 

Pour entourer nos corps
Le sable a sa manière
Sans y toucher vraiment
Que sa chaleur qu’on sent
Et sa douceur, infiniment...

Bientôt le soir
Mais reste encore

Le chant des oiseaux rares
Des oiseaux de la mer 
C’est vrai qu’il se fait tard
Qu’il va falloir rentrer
Donne-moi ton regard
Mes yeux vont s’y noyer
Continuons l’histoire
Laissons-nous tournoyer 



ATTENTION AU VENT

Attention au vent
Attention les filles
Voyez-les devant
Qui vous déshabillent
Attention le vent
Lève vos jupettes
Voyez, ils s’apprêtent
A aimer le vent 

Pour un moment d’inattention
Quelques secondes de bonheur
Et un instant de déraison 

Pour un moment sans importance
Ces deux secondes d’impudeur
Et la beauté de vos silences 

Attention, le vent
Ça les fait rêver
Ça les fait attendre
De vous voir danser
Et puis vous reprendre
Encore à moitié
Rougies par le vent 

De vous voir si jolies, perdues
Votre visage un peu ému
C’est un bonheur qui les surprend 

Quelques secondes seulement
Un peu de vous en un éclair
La beauté de votre tourment 

Et votre regard qui se perd
Et vous rapides qui partez
Loin de leurs yeux, de leurs pensées... 

Attention le vent
Lève vos jupettes
Voyez, ils s’inquiètent...
Continue, le vent...



TOURNÉES GALÈRES

Avant-hier à Cherbourg
Et demain du côté de Strasbourg
Entre-temps, les hôtels miteux
Les robinets qui fuient
Les lits inconfortables
Les brasseries minables
Bar-hôtel de la gare
Dans le coin c’est le mieux
Pour les soirs de concert
Ca reste ouvert très tard
Les serveuses se ressemblent
Dans ces lieux de passage elles se sont résignées
Et leurs yeux vides semblent aller quelque part
Dans des coins inconnus aux passants trop pressés
Elles sont déjà perdues, déjà abandonnées
Aux courants d’airs, aux bruits, aux volutes de fumées
Une heure du matin, quelques paumés
En prennent un dernier
Et puis recommencent

Après Strasbourg il faut rouler
Strasbourg-Marseille dans la journée
Après, Toulon
Lille, Brest, Toulouse, Clermont
Et puis la banlieue parisienne
Lausanne la semaine prochaine

Dormir derrière, chauffeur crevé
Whisky, coca, café
Des petites salles de débutants
Ne pas savoir
Jusqu’à quand la galère
Peut-être encore longtemps
Parfois, le soir
Penser à penser à sa vie
Que ça suffit tous ces concerts
La vie la nuit
Les filles, ici
Ce n’est jamais vous qu’elles regardent
C’est une image
C’est leur image
La vie normale
C’est pour quand ?



VOILÀ QU’ON L’APPELLE MADAME

Voilà qu’on l’appelle Madame
Moi je lui dis encore « petite »
Et je la suis de loin
De trop loin, je trouve
Mais elle est bien
Au téléphone elle parle d’un air enjoué
Elle me demande si ça va, je lui réponds « Ça va »
On se regarde, sa mère et moi
Elle a grandi trop vite
On l’appelle Madame

Voilà qu’on l’appelle Madame
Qu’elle parle de son mari
Et il me parle aussi
Il aime ma petite
Je crois qu’il en prend soin
Elle l’aime, il l’aime, c’est bien

Souvent il y a des silences dans la maison
Des souvenirs dans chaque pièce
Encore un objet dans ma veste
Qu’elle m’avait donné enfant
Quand elle avait dix ans
C’est fou, le temps

Je le garde précieusement
C’est ma vie, mon diamant
C’est elle à tout moment
Je ne lui ai rien dit
C’est sûr, elle aurait ri

Elle aurait ri de moi, de ces manies bizarres
Je pense à elle tous les soirs
Elle m’oublie certainement, surtout le soir
Moi c’est là qu’elle m’accompagne

C’est arrivé qu’elle me présente
Moi j’étais fier d’être son père
Et puis je restais en retrait, la regarder me suffisait
Tout ces gens autour d’elle
Ma fille, et moi son père
Moi qui me sens partir, m’écarter doucement
Mais je m’en vais pour elle, je lui ai tout donné
Je vis en elle maintenant

Voilà qu’on l’appelle Madame
Je suis ému, je l’aime
C’est ma fille, une femme
C’est ma fille et je l’aime



PLEURER

Je dirai à l’oiseau de se poser sur toi
Et puis aux papillons de venir t’entourer

Je leur dirai tout ça
Je te promets

Je dirai au soleil de venir t’éclairer
Je dirai aux oiseaux de jouer avec toi

Mais je t’en prie, ne pleure pas
Tu as le temps pour ça

J’ordonnerai au vent, le soir, de te bercer
Et je dirai aux fleurs de sentir bon pour toi

Tu ne penseras plus à pleurer
Et moi je serai là, tout près



MANIF’

Regarde
La ville est belle
Ca sent un peu les fumigènes
Regarde
Dans leurs regards c’est aussi la couleur du ciel
On voit passer des vents rebelles
Écoute
Les chansons qui nous font marcher
Écoute
On va gagner

Ça n’avance pas vite mais le pas décidé
Ça a un charme étrange, se sentir dans le flot
Des enfants révoltés
Regarde les couleurs, elle est belle la rue
Tu les vois aux balcons, les gens nous applaudissent
Et nous, la liberté

On se regarde, on se sourit
On discute de temps en temps
On a des idées, des principes
On serait là dans dix-mille ans
Regarde
Si on nous écrase, on résiste
On se défend
Même pour un dernier tour de piste
La dignité, c’est grand

On n’avance pas vite, ça a un charme étrange
Si ça dérange... on reviendra



RESTEZ FIDÈLES À VOS UTOPIES

Ne laissez pas vos utopies
N’oubliez pas
Et gardez-en comme un parfum
Et le vent salé de la mer
Et devant vos espoirs défunts
N’en prenez pas un goût amer
Restez fidèles
N’oubliez pas
Aucun espoir n’est ridicule
Et s’ils étaient votre jeunesse
Essayez de vous ressembler
S’ils vous délaissent
Rattrapez les
Et s’ils vous rendaient impatients
Impétueux, impertinents
Tâchez de l’être encore un peu
Soyez partants
A tout jamais
Ne laissez pas vos utopies
Piétinées, salies et moquées
Gardez l’envie
Défendez les



S’ATTACHER...

On ne devrait pas s’attacher aux gens
La mélancolie, c’est beau dans les livres
Et le temps qui passe et qu’on sent passer...
On ne devrait pas s’attacher
Quand on commence à aimer bien...

Quand on commence à s’inquiéter pour pas grand chose
Pour une pâleur, des yeux cernés
Pour un visage un peu fermé
C’est l’évidence qui s’impose
Elle a l’allure de l’amitié

Et tous ces jours passés pour rien
Le temps perdu à rattraper

On ne devrait pas s’attacher aux gens
Mais c’est tout ça qui nous fait vivre
Tous ces frissons, ces prévenances
Tous ces océans d’indulgence
Qu’on redécouvre à tout moment
On sourit, on parle, on dérive...

On ne devrait pas s’attacher aux gens
Et cesser d’être sentimental
D’avoir sa tête dans les étoiles
Et le cœur pris par peu de choses

On ne devrait pas s’attacher
Trop souvent on se décompose
Et l’on s’inquiète pour presque rien
A quoi on donne tant d’importance
Que ça fatigue d’aimer bien

Mais on aime tous les hasards
Que parfois on a provoqués
Il fait chaud dans certains regards
Et c’est bon de s’en approcher

Et l’on s’attachera encore
On vibrera pour presque rien
On en repassera sûrement
De ces heures à ne rien se dire
A n’avoir jamais terminé
Et puis on recommencera
Et l’on pourra sans prétentions
A chaque fois se découvrir

On devrait pouvoir s’attacher
Laisser parler ses sentiments
Pour comprendre finalement
Ce qu’est la vie



ON DIT QU’ELLE NE FAIT PAS SON ÂGE

Elle aime brûler sans attendre
Elle aime être jeune et vibrer
Si vous croyez qu’on peut comprendre
Après nos vingt ans ses pensées...

Elle aime se sentir en osmose
Avec son âge et ses envies
Elle aime la couleur de la nuit
Il faut bien vivre quelque chose

On dit qu’elle ne fait pas son âge
Elle le gardera plus longtemps
Elle répond ça de temps en temps
Elle en sourit, ça la soulage

Elle aime entendre par moments
Les gens stoppant à son passage
On dit qu’elle ne fait pas son âge
Elle s’en amuse, en joue souvent

Si la vie l’attend au passage
Elle prendra garde de l’éviter
Bien aussi longtemps que son âge
La dispensera d’y penser

Demain, demain
Elle n’attend pas demain
Elle a parfois des rêves
Qui la distraient de rien
C’est dans ces moments là
Qu’elle se fait du chagrin

Elle ne croit pas grand chose
C’est bon de temps en temps
D’être hors de ce qu’on pose
En principes évidents

Demain, demain
Elle n’y croit pas, demain
Elle s’en ira peut-être
Lassée d’avoir vieilli
Voyager pour quelqu’un
Qu’elle croisera peut-être

Demain n’existe pas
Elle aime l’oublier
Souvent en sifflotant
Elle regarde passer
Lorsqu’elle claque des doigts
Des futurs improbables
Qu’elle ne sera jamais


ON N’A PAS DE STYLE

On est mauvais, mon vieux
On n’a pas de style
On a beau griffonner
On est des imbéciles

Je savais bien écrire
Et puis tourner mes phrases
J’en avais de l’emphase
Aujourd’hui j’en souris

Moi j’y croyais, mon vieux
J’ai compris qui j’étais
Je croyais être un peu
Écrivain mais si peu

Il y a des fontaines
Il y a des maisons
Il y a des sirènes
Il y a des chansons

On est mauvais, mon vieux
On n’a pas de style
On n’a jamais compris
On est des imbéciles

On est mauvais, mon vieux
On ne fait que des phrases
On a noirci des feuilles
Mais elles nous découragent

Si on s’en aperçoit juste un peu
On est mauvais, mon vieux
On n’est pas écrivains
Juste un peu malheureux

On avait cru savoir
On écrivait des choses
Même on écrivait bien
On nous disait des choses...

On aurait pu rester
Écrire encore un peu
On est mauvais, mon vieux

On s’arrête mon vieux
J’en ai assez pleuré

Il y a des amoureux
Il y a des marins
Il y a des chimères
Il y a des putains

Il y a des couleurs
Des lacs et des fougères
Quelquefois des odeurs
Mais pas une atmosphère

On a bien de l’ardeur
Et un peu d’ambition
On le sent dans le cœur
On n’a pas de talent

Il y a des oiseaux
Et des arbres magiques
Il y a des chevaux
Des cavaliers tragiques

On est mauvais mon vieux
On n’a pas de style
On a juste des mots
Des riens, des peccadilles


On n’a pas le talent
On est des imbéciles

On s’arrête mon vieux
Moi j’y ai assez cru
On est mauvais mon vieux
Je n’en peux déjà plus

Il y a plein de choses
On se donne du mal
Et parfois quand on l’ose
On se sent si banal

On a bien des envies
Et des idées en tête
Il faut que l’on s’arrête
On n’a jamais écrit...



J’AI PAS SOMMEIL

J’ai pas sommeil
J’ai encore trop de soleil dans les yeux
J’ai des étoiles qui y pétillent
J’ai mes sandales qui se maquillent
D’un peu de sable et de coquilles
Qui me chatouillent les orteils

J’ai fait des tours sur les manèges
Ma tête tourne un peu mais c’est normal
J’ai du noir sur le beige de mon futal
Je suis tombé par terre quand je construisais ma cabane
C’est encore la faute aux Indiens

Et j’ai pas faim
J’ai fumé des cigares au chocolat
J’ai encore le goût dans ma bouche
Et j’ai mangé quelques bonbons
Je vais aller prendre ma douche
Je jouerai avec mon avion

J’ai descendu des toboggans
Et puis j’ai déchiré un peu mes gants
Mais c’est normal quand on veut attraper le ciel
Et qu’on retombe dans le réel
Moi j’étais monté sur un mur qui englobait le firmament

J’ai joué sur des balançoires
J’ai balancé des arrosoirs
J’ai aussi fait quelques bêtises
Mais t’as pas besoin de savoir...


PARFOIS L’ENFANCE...

Ce poème a été publié en mars 2000 dans le numéro 21 
de la revue Poésie 1 / Vagabondages (Le Cherche Midi éditeur) 
consacré à la nouvelle poésie française

Des rêves enfouis
Et des silences
Et des absences
Et des non dits

Quelques dessins
Aux traits brusqués
Quelques dessins
Vite déchirés

C’est du silence
Parfois l’enfance

Des rêves enfouis
Et des absences
Des rêves enfouis
De moins en moins

Des impatiences
Et des questions
Des impatiences
Et puis plus rien

Des coups qui claquent
Et l’habitude
Qui se décalque
En solitude

C’est des outrances
Parfois l’enfance

Des insomnies
À faire le guet
À chaque nuit
Habitué

Des sentiments
Des déchirures
Des sentiments
Et la torture

Des sentiments
Et des questions
Des sentiments...
Et puis plus rien

C’est l’inconscience
Souvent l'enfance...


LE TESTAMENT DU VIEIL HOMME

J’ai entrouvert une porte bête
Qui ne menait sur rien du tout
Je l’ai laissée, je t’ai laissée
Dans des mirages vite estompés
Je ne sais plus ce qu’il en reste
De ces images que j’ai laissées
De ces visages que j’ai aimés
Bien plus que moi, bien plus parfois
Que ces bêtises qu’on trouve à dire
Quand on repart à demi-nu
Assassiné de ces sourires
J’avais aimé avant peut-être
Je ne m’en souvenais plus bien
Mais à présent qu’est-ce qu’il en reste ?
L’inanité du quotidien

Je me souviens, je n’ai plus l’âge
Quand je les vois passer devant
Elle avait presque son visage
Je me souviens, je m’y surprends
Il ne me reste qu’un sourire
Je crois qu’elle se souviendrait
Maintenant qu’y a-t-il à dire
Quand je suis là, seul à présent
Si inutile à regarder
Des souvenirs et des silences
Qui ne ressemblent qu’à moitié
À des images, que des images
Des regards où se raccrocher
Je me souviens, je n’ai plus l’âge
Mais je suis là, je me souviens

J’ai trop d’images qui me rappellent
Que je ne suis qu’un survivant
J’ai trop de peurs qui me reviennent
Je me sens tellement enfant
Je ne sais si la vie est belle
Quand on a quatre-vingt-quinze ans
La vie ne me concerne plus
Pourtant je l’ai aimée avant
J’en avais fait des conjectures
J’en avais eu des ambitions
Je ne serai plus qu’une ordure
Qui nourrira les asticots
Je n’ai plus longtemps à attendre
Quand chaque heure n’est qu’un sursis
On me disait des choses tendres
Lorsque j’étais encore en vie

Et moi au milieu de ces jeunes
Je crois que je ne suis qu’une ombre
Mais pourquoi moi, dans le surnombre ?
Moi je suis seul, et je m’ennuie
Après est-ce que l’on se rencontre
Ou plonge-t-on dans le néant ?
Lorsque je regarde ma montre
Je sens un vide assourdissant
Je n’aime plus, je ne sais plus
Je rêve peu, je ne peux plus
Je pose ma canne et mon chapeau
Je regarde quelques photos
Mais après moi, ils brûleront
Mes souvenirs et puis ma vie
Et tout ce à quoi je tenais
Pendant que je ne serai plus

Pourtant je verserais des larmes
Si je pouvais encore un peu
Car ce sont eux qui me tueront
Je crois que je serai heureux
De ne pas voir ma vie jetée
Par des gens que j’aimais un peu
Je serai mort, et eux avides
Ils reliront mon testament
Où ils ne se trouveront pas
Ils me maudiront et, stupides
Ils rediront du mal de moi
Juste car ils enviaient ma table
Et mon armoire, et mon cartable
Que je ne leur léguerai pas
Ils se jalouseront entre eux
Seulement ça me rend heureux

Moi j’aimais mon imperméable
Mes photos, mon livre sur les trains
Mon petit tableau tout en sable
Mon jouet de quand j’étais gamin
Ils jetteront négligemment
Ces choses qui étaient ma vie
Ils vendront mon appartement
Et mes objets, et mes tapis
Ah s’il m’était resté mon chien
Il aurait été triste aussi
Et il aurait pleuré peut-être
En regardant la porte ouverte
Et mes affaires sur le trottoir
Eux ne connaissent pas mon histoire
Je n’ai plus rien à faire ici
J’aurai vécu pour des crétins


A REGARDER LE CIEL...

C’est venu doucement
Comme un vieux film en noir et blanc
Qu’on se projette en souriant
Mais qui nous tient de plus en plus
Puis dont on rêve en s’endormant
L’image ne le quittait pas
Dans chaque geste elle était là
Toujours plus belle

À regarder le ciel et entrevoir sa main
Il avait cru pour elle des délires de gamin
Il avait vu la mer souvent en s’endormant
Mais toujours avec elle et si sereinement
Que les vagues alors le rappelaient au monde
Il avait vu plus beau que la vie et le ciel

À regarder le ciel et entrevoir ses yeux
Il avait tant rêvé qu’ils étaient tous les deux
Qu’il le croyait aussi

À entrevoir le monde souvent par son regard
Il avait espéré qu’elle saurait, plus tard
Répondre tendrement et lui donner sa main
Qu’elle y croirait aussi, et puis qu’ils seraient beaux
Comme au ciel les oiseaux
Ils s’envoleraient seuls
Loin des cris des enfants
Loin du bruit des voitures
Loin de leur vie d’enfant
Et de leurs impostures

À regarder le ciel il n’a vu que le ciel
Et il s’y est perdu



UNE FEMME À SAINT-PÉTERSBOURG

Un enfant à Saint-Pétersbourg
Et une femme jeune et belle
Il la voyait dans tous ses rêves
Et souvent il la dessinait

Les yeux aussi bleus que le ciel
De la banquise un jour d’été
Elle était au bas de l’hôtel
Et peut-être bien qu’il l’aimait

Mais bien sûr qu’il n’avait pas l’âge
Pourtant il aurait bien aimé

Elle était belle et élégante
Elle disparaissait parfois
Il ne comprenait pas pourquoi
Lui si petit, elle trop grande

Elle partait peut-être à la plage
Elle devait aimer voyager

Seule elle était Saint-Pétersbourg
C’est elle qui l’illuminait

Il n’a compris que bien plus tard
Ce qu’était sa réalité
Elle fut son premier amour
Son premier rêve inavoué

Il n’a compris que bien plus tard...
Mais il continue d’en douter


DÉJÀ PARTI

Moi j’ai passé ma vie à défier des fantômes
A caresser des illusions avec les yeux d’un môme
Et maintenant
J’ai le regard qui va souvent
Se perdre
Et qui remonte
Tout ce que j’ai pu faire
En un instant

Moi je me suis toujours battu contre des ombres
Avec un enthousiasme me distinguant du nombre
Et maintenant
J’ai des sourires qui laissent aller
Et vont se perdre où rien n’est jamais important
Là où sont les désabusés

C’est vrai je ne sors plus, c’est vrai je ne dis rien
Mais le temps m’a vaincu et je n’attends plus rien
J’ai déserté la scène, on dit que je l’ai fuie
C’est vrai j’ai déserté, c’est vrai je n’y crois plus
A ces motivations qui font que j’ai vécu

J’ai brandi des drapeaux, lancé des anathèmes
C’était trop je le sais
Je n’ai fait que jeter quelques tartes à la crème
A tous ces gens pour qui je n’ai pas existé
Mais moi j’étais sincère, j’avais les yeux trop grands
Je croyais en tous ceux qui m’ont laissé devant
Je veux les oublier, ils ne m’ont pas connu

Je vais me perdre encore
A dire n’importe quoi
J’ai détesté si fort
Que je m’en veux parfois

Je suis déjà parti, je ne vais rien laisser

HIER...

On ne devrait pas s’attacher aux gens
La mélancolie, c’est beau dans les livres
Et le temps qui passe et qu’on sent passer...
On ne devrait pas s’attacher
Quand on commence à aimer bien...

Quand on commence à s’inquiéter pour pas grand chose
Pour une pâleur, des yeux cernés
Pour un visage un peu fermé
C’est l’évidence qui s’impose
Elle a l’allure de l’amitié

Et tous ces jours passés pour rien
Le temps perdu à rattraper

On ne devrait pas s’attacher aux gens
Mais c’est tout ça qui nous fait vivre
Tous ces frissons, ces prévenances
Tous ces océans d’indulgence
Qu’on redécouvre à tout moment
On sourit, on parle, on dérive...

On ne devrait pas s’attacher aux gens
Et cesser d’être sentimental
D’avoir sa tête dans les étoiles
Et le cœur pris par peu de choses

On ne devrait pas s’attacher
Trop souvent on se décompose
Et l’on s’inquiète pour presque rien
A quoi on donne tant d’importance
Que ça fatigue d’aimer bien

Mais on aime tous les hasards
Que parfois on a provoqués
Il fait chaud dans certains regards
Et c’est bon de s’en approcher

Et l’on s’attachera encore
On vibrera pour presque rien
On en repassera sûrement
De ces heures à ne rien se dire
A n’avoir jamais terminé
Et puis on recommencera
Et l’on pourra sans prétentions
A chaque fois se découvrir

On devrait pouvoir s’attacher
Laisser parler ses sentiments
Pour comprendre finalement
Ce qu’est la vie

 ©Matthias Vincenot


mv@matthiasvincenot.net
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www.matthiasvincenot.net

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