MIRIAM NAÏLI-DUPONT

 

Autant en emporte le temps...


Elle est là. Elle attend.
C'est d'abord l'attente légère,
insouciante, innocente penchée au balcon de la vie.
Attente amie.

Le temps est court, le temps est bon.

Elle est là. Elle attend.
Attente d'une heure, attente trottoir, attente de gare, attente de square,
cour battant.
Rendez-vous amoureux, rendez-vous heureux.
Attente ravie.

Le temps est beau.

Elle est là. Elle attend.
Attente d'un jour, gentiment.
Belle attente, sereine et sage.
Attente passion.

Elle est là. Elle attend.
Une semaine, calmement, un mois, un an patiemment.
Attente raison.

Le temps est long.

Elle est là. Elle attend.
Déjà vingt ans.
Attente panique, jeunesse fanée, bonjour automne, adieu printemps.

Le temps est violent.

Elle était là. Elle attendait.
Un mari, un amant, un ami, un prince du genre charmant.

Le temps est con.



Miriam Naïli-Dupont






Pâquerette


 Je l'aime
 Un peu,
Beaucoup,
Passionnément,
À la folie.
Lui... Pas du tout.

 



Nuit teintée

 "Rien qui m'appartienne -
sinon la paix du coeur
et la fraîcheur de l'air"
Kobayashi Issa


Quand lycaon s'apaise
Et quand hyène s'endort
Guépard s'assoupit
Et Lionceau rêve encore

Quand lune dans le ciel
Pareille à un soleil
Drapée de mille feux
Se montre pleine et belle

Quand Savanne à ses heures
Sait se montrer tranquille
Je monterai à lui
D'un pas léger, gracile

J'écouterai ce vent
Qui caresse mon âme
Cette douce chaleur
Imperceptible flamme

J'élèverai Son nom
Comme on porte un flambeau
Je goûterai ce temps
J'en ferai mon berceau

Profond séjour de rêve
Ou bien douce insomnie
Quand soudain il renaît
Je souris à la Vie

Le Silence est ma paix
Ma douce symphonie





Inouï
Inouïe création...

Le génie d'inventeur
La patience du chercheur
La foi du sculpteur
Et le chant du pinson


Inouïe émotion

Le battement de coeur
Le sentiment de peur
La force du pardon
Les pleurs du nourrisson


Inouïe sensation

La caresse d'une vague
Le soleil en hiver
La pluie en plein été
Amour incarnation


Inouïe déraison

La jalousie des hommes
L'amertume du poison
L'envie de possession
La mort d'une relation


Inouï de le goûter, le toucher, le sentir, l'entendre, le voir... Le
monde...

Et le gâcher... Quelle folie !





Quelqu'un de rien...



Quelque part...

Quelqu'un de vrai
Quelqu'un de doux
Quelqu'un de bon
Quelqu'un de tout
Quelqu'un de fin
Quelqu'un de fou
Quelqu'un de plein
Quelqu'un de vie
Quelqu'un de rien ?
Quelqu'un qui jouit
Quelqu'un qui dit
Ses joies ou ses soucis...
Quelqu'un de vrai
Quelqu'un qui rit,
Malgré les "on dit"...

La vie, la joie dérangent, pardi !
Pour quoi ? Pour qui ?

Quelqu'un qu'on aime
Quelqu'un réel ?
Exceptionnel !
Quelqu'un de bien
Quelqu'un, mais qui ?
Quelqu'un de tout
Quelqu'un de nous.

Quelqu'un...

... Quelque part...

... C'est fou. c'est tout !





Elle aime


Elle aime le rouge.
Celui des grands espaces feutrés des théâtres à l'ancienne.
Rideau pourpre fané.
Beau rouge.
La vie est son théâtre.

Elle aime le rouge du sang qui tape dans ses tempes, coule dans ses veines.

Rouge de vie.

Elle aime le rouge des renoncules, têtes penchées.

Elle aime le rouge Chanel qu'elle porte comme on porte l'espoir et le matin
et le soir.

Elle aime le rouge poudré des Sancerre et des Saint-Emilion.

Elle aime le rouge du sang des cerises...





Rhapsodie


Fraîcheur de cour, pavé mouillé

Aux heures suspendues d'un entre deux qui danse
Le blanc et la douceur subtilement s'avancent
Au son du carillon, le perroquet se tait

Sourire au zénith, cour comblé

Au douillet de l'alcôve d'un pavillon d'oreille
Le murmure d'un frisson s'est glissé sans appel
Au toucher du velours, brouillard s'est envolé

Pâleur du jour, rêve éveillé

A petits pas menus, le chant d'une contrebasse
Donne les mots cadence, à l'amour sa romance

Le poète est levé,
C'est lundi.




Repas de nos noces
Ode aux jeunes mariés...


Toi et moi

Moi et toi

Complètement gagas

On se dévore

Sans se ménager

On veut s'aimer

On veut se manger

Pour pas se manquer...

Ca nous démange

On se ménage

On déménage

On s'aménage

On va se maquer

On va se manger

....

On se mange

On se boit

On ose tout

On se... noue

On naît... Nous !

On est "soi"

Lovés de soie

On s'aime

Toi et moi

Moi et toi

Mariés !

Purée gens bons...

Hum !




Cours préparatoire


 Quand à la nuit renaît
Un rêve funambule
On prononce des mots
En lettres majuscules :

"QUAND JE SERAI GRAND"


C'est pas très loin hier
C'est juste à portée de main
Quand sous l'aile du soir
On retrouve un parfum

A la fleur d'oranger
Des beignets d'acacias
On revoit ce préau
Et l'escalier de bois

L'arôme de la cire
Le bourdon d'un clocher
La rumeur de la ville
Délivre des cahiers

On revoit le tableau
La leçon de morale
Et l'on recouvre les mots
Et les échos de salle

En comptant les bons points
Pour avoir une image
On était bel et bien
Désireux d'être sage

"QUAND JE SERAI GRAND"

On se voulait géant
Pour tutoyer la lune
On voulait tout changer
Sans peur du ridicule

On voulait se vouloir
On voulait devenir
Un peu prince du monde
Sur les ailes du désir

Et puis l'on a grandi...

A l'école de la vie
On apprend à se battre
On voit bien que les grands
Sont comme des automates

On apprend que jamais
On n'caressera la lune
Seulement sur des cahiers
Dessinée à la plume...

"Jacques a dit" a menti




Heure bleue

Il y a un temps où ce n'est plus le jour, et ce n'est pas encore la nuit.
[...] "Ce n'est qu'à cette heure-là que l'on peut commencer à regarder les
choses, ou sa vie : c'est qu'il nous faut un peu d'obscur pour bien voir"...
Christian Bobin


Printemps discret
Léger, fragile
Heure bleue
Couleur de nuit avant l'aube
Crépuscule infini
Heure du thé à la rose
Heure bleue
Symphonie de douceur
Langueur, éveil
Heure de vie
Sourire
C'est l'heure bleue sur les gammes de la vie
Petit coeur sourit
Heure bleue, symphonie
Jolie, jolie
La fin de la nuit...
Elle souffle la bougie... Un peu...
Paris dort encore, un bus freine au coin de la rue...
Paris se lave
Paris s'habille
Paris se parfume
Paris boit du café

Léger, léger...

Elle aime.
Paris en mai.

 


Dernier voyage


Ultime voyage au pays d'autre part
Souvenirs d'instants plein la mémoire...


Dans ma valise, j'ai mis du vent
Des cahiers, de l'encens
J'ai mis du gris, j'ai mis du blanc
Vent déchaîné, au sens brûlant
Feuilles envoléés, page au tournant
Blanc le ciel du silence
Fol abîme, gris grisant... c'est l'histoire au présent

A la farce de l'âge, à la force du temps...
A la gare on se quitte, à l'espoir on s'attend
A la marge on se perd, à toujours on s'éprend
Tout le monde descend... c'est la fin du roman

Dans ma valise, j'ai fait le vide
J'ai fait le tri, j'ai pris le temps
Papiers de soi froissés chiffonnés, bazardés
Tout le monde apprend...

Ce roman terminé, je pars le coeur léger
Repos bien mérité
Un autre train m' attend...

 



Printemps

Petit matin frais,
Innocente elle avance, vent trottoir dans les cheveux...
Elle le croise...
Pensée furtive :
"- Je le veux !"...
Robe légère, cour écorné, elle avance,
Quand, où, quelle heure ?
Impatience !
Maudit printemps.
Printemps indécent, frivolités...
Maudit printemps.
 Insolence,
 Elle avance le cour émotion...
A quoi bon s'arrêter sur un air d'hésitation ?
Elle vacille le cour déraison....
Indécence !
Elle recule le cour indécision...
A quoi bon ?

 


 L'amère à l'enfant


Je t'aime,
 Ne pars pas...
Je t'aime, je t'aime...
 Ne me laisse pas...
Tu ne dis rien,
 Tu ne parles pas...
 As-tu assez de moi ?
 Viens, viens...
 Donne, donne...
 Je veux, je veux tout,
 Tout de toi... Et plus...
 Aime-moi
 Tu ne parles pas...
 Tu ne me regardes pas...
 Je t'en prie, ne te lasse pas...
 Aime-moi, aide-moi...
 Tu pars ?
 Pourquoi ?
 Laisse, cette fille n'est pas pour toi...
 Tu n'as que trente ans.
 Ne te lasse pas.
Ne me laisse pas.
 Mon fils.





 L'amère Denis


A côté du pot de chambre de ses rêves enfuis
Enlacée de noirceur retirée dans l'oubli
Des murs désemparés de son salon tout gris
Elle s'invente des histoires encrassées d'ironie
Elle savonne l'ennui de son monde délavé
Et javellise sa honte sous la jupe du passé

Femme au coeur chauve
Lessive, bouche pincée
Femme à l'âme trouble
Lessivée, oppressée

Gris, gris
Plus gris que gris

Elle remue avec peine les affronts épongés
Flotte, flotte
Et vidange dans la haine ses espoirs démodés
Frotte, frotte
Elle essore sa misère une fois colère passée
Puis déverse avec fièvre les eaux d'envie usées

Lessive terminée, étendue sur le fil de ses sens exhibés
La désoeuvrée s'inerte sur un grand drap fâné
 Espérant que demain lui apporte du frais...







 Imparfait" du subjectif


  vous aimais.
En vous aimant, j'eusse aimé que vous "m'aimâtes" aussi.
Pour vous, je fus l'amante d'un jour.
Pour moi, vous fûtes l'aimé d'une vie.
Je vous aimais.
Je vous aime et vous aimerai encore, toujours.
Je vous aime.

Avide vidée

Yeux écarquillés
Pâleur échevelée
Denture malmenée
Bave de fiel au coin des lèvres
Ame décharnée, peau inhabitée
Jeunesse fanée, ménopausée...
Sans vie et sans envie
Lit d'ennui, à pisser de pleurer
Triste agonie d'un corps suri, subi
Dame fanée fuit le jour
Dame damnée vit la nuit
Sombre attitude...
Quand folie s'empare d'elle
Dame frustrée gémit
Dame méprisée crie...
Dame furie gît
Vide de logis, virée
Tout le monde s'enfuit...
Dame échouée sans personne
Vocifère
Ame aimée de personne
Désespère
Vie perd sans re-père...
Dégoût vomit la haine
Béance de bouche amère
Triste abîme, mélancolie
Solitude infâme
Pas d'estime, mégalo, maso, schizo ?
Le train de la vie freine
Tout le monde regarde
Personne ne parle
Personne ne dira rien
Clocharde d'un soir attend
Pocharde d'un temps s'étale

Zonarde de son histoire s'éteint
Ringarde sur le tard s'entend
Incident de parcours...
Le train s'arrête
Tout le monde regarde
Personne ne parle
Personne ne dira rien
Personne ne fera rien
Tout le monde descend...

Vidéo
 Vidéo...
 Play.
 Une légère brise, le pavé illuminé, les arbres citadins, point de passants.
Un piano joue au loin une sonate oubliée.
 L'automne invite à la romance.
 Vidéo.
 Il est là, il attend sous le réverbère solitaire, immobile.
Bel homme, lin pâle et chapeau fier. L'instant file.
 Vieille pierre voûtée, porte cochère poussée sans hâte d'une main légère.
 Vidéo...
 C'est elle, beauté épanouie, gracile apparition, tourterelle et pinson.
Petits talons pressés, sourire aux lèvres, elle vole à sa rencontre.
Taille enlacée, baiser poudré.
Émoi.
 Vidéo...
 La joue s'empourpre à cour comblé.
 Piano polka, joue, joue encore et encore, pour eux, pour moi pour l'amour
d'aimer.
Vidéo...
Ils sont passés.
Les heures nostalgiques perlent au front de l'attente. Encore un peu.
Les revoici. Alcool badin, rose à la main, tête fanée sur l'épaule
capitaine, baiser fougueux, caresse folle expirant sous les étoiles.
Vidéo...
Emoi.
Le temps est court.
Féline allure, fragile assurance, Cendrillon rassérénée repousse la porte
cochère dans l'adieu lourd, infini.
Vidéo. ..

FIN. Rewind.


Baiser fougueux.

Emoi.
 Caresse folle. Pause. Rewind.
Baiser long, baiser bon.
Emoi.
Pause.
Rewind.
Caresse molle
 Cour battant.
Stop.
Et moi ?

 



Griserie...


 Délicatement,
Les yeux fermés...
Frottement de nez
C'est comme un jeu
Résister encore un peu...
Délicatement,
Il dégrafe mes sens,
Et me regarde
C'est comme un jeu
Attendre encore un peu...
Délicatement,
Ses yeux caressent mon visage...
Pupilles rondes et brunes
Chaste amant
Son regard va de mes yeux à ma bouche,
De ma bouche à mes yeux...
Délicatement,
Frottement de nez...
Nous penchons nos têtes
D'un même mouvement opposé
Comme une danse de tête
Presque ridicule
Griserie
Ses lèvres plus près des miennes,
Et nous respirons,
Délicatement
Un peu plus fort,
Beaucoup plus fort...
Baiser
Frottement de bouches
Baisers
Envoûtement...
Mélange des sens
En tous sens
Chaleur au bas des reins...
Envie d'étreinte...
Frisson, déraison...
Il est déjà minuit !
Ma mère m'attend dans l'encadrement de la porte
C'était ma première boom...
Je viens d'avoir quinze ans.

 




Mille éclats


"Miroir, mon vieux miroir
Redonne-moi à voir
Et la blancheur des dents
Et l'éclat du regard
Une peau lisse et belle
Le sourire de l'enfant...

Une dernière fois, miroir
Offre-moi l'innocence
Le coeur plein d'allégresse
Qui croit qu'il a tout le temps

Miroir, mon vieux miroir
Toi aussi tu fus neuf
Aux pourtours rutilants
Alors, je t'en supplie
Dis-moi que je suis belle
Réponds-moi, c'est urgent"

...

Bien sûr, le miroir n'a rien dit... C'est alors qu'elle le prit et l'envoya
valser sur le mur d'en face en hurlant "je te hais !".

Et les mille morceaux,
mille parcelles d'elle
la regardaient pleurer
Et le sang mêlé d'eau
et la peur et la peine
Et le manque d'amour,
de vie et de projets
La mort l'a emporté
Et le manque de jours,
d'amour et de baisers

La mort l'a enlevé
La mort l'a retiré...



© 2005 Miriam Naïli-Dupont

 

http://chezmimidup.blogspirit.com/


Compteur Miriam Naïli-Dupont : 

miriam.dupont@club-internet.fr

Compteur Général :
 

 


 

 

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