MOHAMED EL-OUAHED


 

 

 

IL FUT UN TEMPS

Il est loin ce temps, ou sur des airs de guinguette
On  dansait la java, le twist, le boléro
Folle ambiance et pastis qui coulait à flot
Et soirées effrénées au parfum de violette.

A vingt ans faire du fringue , jouer au poète
Aguicher les filles , parodier Hugo
C'est l'âge de la bringue , l'âge  des héros
En prime du culot pour plaire aux  nénettes.

Il m'arrive souvent de bisser cette époque
Aux lointains souvenirs que mon esprit invoque
Pour donner à ma vie un semblant d'habitude

D'un passé suranné dont plus rien  ne subsiste
Que des regrets suspendus à ma solitude
Car à l'usure des saisons  nul  ne  résiste



LA SENTENCE


Comme un oiseau blessé , agrippé à la branche
J'ai connu les affres , subi les tempêtes
Le dédain des mortels , mon lot de nuits blanches
Soumis à l'ukase , je prônais la révolte.

J'ai expié mes fautes sur la route du temps
Armé d'un baluchon et la force de l'âme
Jurant sur l'honneur de révérer le serment
De rester digne face au mépris des hommes.

Sur les sentes de l'exil j'ai scruté la vie
La portée des valeurs , la vertu des sages
Supputé le monde avec des yeux aguerris
Et fait désormais du silence mon seul gage.

J'ai défié le destin , supporté la douleur
La faim au ventre , les pieds nus , les mains vides
J'ai bu le vin de la haine au goût de rancour
Et transcrit mon histoire au fond de mes rides.

J'ai appris de la rue le génie de l'esprit
Et frayé le savoir parmi les plus humbles
Je lègue cette sentence à mes fils et amis
Il ne faut jamais faire pleurer les faibles.



           LA VIE


                L'outrance du temps , le passage des saisons
                voici qu'un amour naît , tandis qu'un autre meurt
               C'est l'histoire d'une vie , la saga d'un cour
               L'attrait d'un jardin ou s'étiolent les passions.

              Quand le doute s'installe , on cherche les raisons
              On se forge une fiction pour conjurer la peur
              Et soudain le néant , de lointaines  rancœurs
             Qui conspuent le présent et rident l'horizon

            Dés que la nuit tombe pénètre le chagrin
            Paré de son ombre il défait mon destin
           Sur un lit d'intrigues , aux soupirs du silence.

          Des années durant j'ai vécu de chimères
          Séduit par ton appeau , je vivais de romance
         Déjà sonne l'hallali , adieu ô ma mère




ÉTRANGER


Étranger ! tu foules une terre sacrée
C'est le royaume des dieux et prophètes
Va ! poursuit ton chemin ,ou tu cours à ta perte
En ces lieux augustes , ne vit l'égaré.

Rejoint ta « farine » avant de te fourvoyer
Malheur à celui qui ose lever la tête
Suit les antiques brisées , car la mort te guette
Nul ne peut à dessein souiller cette contrée.

Si tu cherches la vérité , parle à ton cour
Renonce au feu de la haine , oubli ta rancœur
C'est un sage affidé , qui te donne conseil

La guerre est une chose horrible soldat
Dépose tes armes , dépouille ton orgueil
Va en paix avant que la mort ne sonne le glas

SACRE  «  Béco   » 

Les dieux de l’Olympe t’ont choisi pour oracle
Et Mnémosyne par sa grâce te sacre son élu
Du mont Parnasse , Pythonisse augure ta venue
Applaudi par les grands, tu prends place au cénacle. 

« Et maintenant… »On sait « L’important c’est la rose …»
Surtout celle qui naît « Une cinquième saison … »
Il faut bien te croire, toi , à tort ou à raison.
«On a besoin d’un idéal.. » pour si peu de choses. 

Toi le baladin à  cravate bleue et pois blancs.
Sous les feux de la rampe on entend les clameurs
Du public qui fredonne tes refrains en l’honneur
De l’amour , de la vie, du passé et présent.

Mais le destin a voulu que ton heure arrive
En ce mois de décembre  ou tu as rendu l’âme.
La foule contristée suit ton cercueil en larmes
L’Olympia est en deuil, ton histoire s’achève.

Chantons tous en chœur « Quand il est il est mort le poète… »
Ils sont venus de partout , rendre hommage au barde
Une rose à la main en souvenir de Amade.
Chantons tous en chœur « Quand il est mort le poète… »

 

                                                
LA MUE

Tu es assise là, vêtue de silence
Le corps à moitié nu, dévoilant ta pudeur
Tes yeux au regard pâmé, me laissent rêveur,
Bohème provoquant une douce indécence

Je t'observe de loin, en prenant mes distances
Et de mon oeil furtif devinant les rondeurs,
D'une hétaïre qui met son charme en valeur
Mon cour admiratif se grise de romance.

Malgré nos différends, notre vie de rengaine
Il nous advint souvent de noyer notre peine
Dans un bol de chagrin au nectar d'ambroisie

Et comme le phénix renaissant de ses cendres
Notre amour presque usé sort de son exuvie.
Dis encor' mon amour, c'est si beau de l'entendre.


Contrition

 Je n’ai pas su compter le temps
Narguant la vie, la Providence
Je faisais fi de l’existence
Les yeux ouverts sur le présent. 

Défiant le destin souvent
J’ai méprisé son importance
Je n’ai pas su compter le temps
Narguant la vie, la Providence. 

Je n’ai plus rien en cet instant
Que des regrets pour souvenance
Le cœur marri sans espérance
J’ai tout perdu subitement

Je n’ai pas su compter le temps.

 

LE MENDIGOT


Il porte le fardeau de l’errance
Traînant sa misère dans les rues
Il s’en va quémander pitance
Vêtu de guenilles les pieds nus


Les uns le toisent avec mépris
D’autres du regard le déboutent
Il insiste des yeux accroupi
La main tendue il médite


Des heures durant il patiente
Rêvant d’une piètre obole
Qui brise son oblongue attente
D’une faim monotone


Plaintes de son cœur s’entendent
Dans les nuits froides de l’hiver
Cris et douleurs se perdent
Sur son corps gelé découvert.



DEJA VINGT ANS


Déjà vingt ans, âge de ma servitude.
J’ai aliéné ma vie à une femme
Qui ne m’aime pas.

Déjà vingt ans, âge de mes souffrances
Pour avoir choisi la violence d’une braise
Qui me consume doucement.

Déjà vingt ans, âge de ma pénitence
Ou tant de fois j’ai pleuré
Sur l’épaule de la solitude.

Déjà vingt ans , âge de ma lassitude
De croire qu’un jour tout peu changer
Elle,  moi, et,  nos habitudes.

Déjà vingt ans, âge de mon silence
Prenant mon mal en patience
Pour un meilleur lendemain.

Déjà vingt ans, âge de mon indifférence
A toutes ces algarades, imbues de rancune
A le vouloir sans raison.

Déjà vingt ans, âge de ma faiblesse
Je n’ai pas su faire de différence
Entre la haine et la passion.

Déjà vingt ans, âge de mes espérances
De partir loin, sans laisser d’adresse
Et revivre seul, ce qui me reste de temps.

Déjà vingt ans , âge de mes plus beaux printemps
Qui se sont écroulés à jamais
Pour ne plus revenir, cependant

Déjà vingt ans, âge de ma sénescence
Qui n’en fini pas de déclamer
Le droit d’être aimer, pour autant


LE VIEUX

 Tel un arbre chenu le vieux est assis
A l’ombre de son âge, égrenant le temps
D’une époque révolue. 

Chacune de ses rides raconte une histoire
Il force sa rétine évoquant des souvenirs
Évanescents. 

Égaré, oublié, esseulé aux confins de la solitude
Il cherche une épate pour fuir son chagrin
Trinquant avec l’oubli de ses habitudes. 

A l’orée de son âge vaincu par les ans
Il pleure sa triste platitude
O fatale résurgence. 

Collé à sa marotte, il invoque sa verdeur
Dans les nuits froides de l’hiver
Il écoute le bruit du silence. 

Dans sa piaule crasseuse ou règne la débine
Chaque objet relate le parcours d’une vie
De déboires, de regrets .

Destin cruel ! que mort prendra un jour
Il attend patiemment son tour
Pour revivre une nouvelle existence.  

 

THEATRE DE NUIT 

Dans cette nuit qui  m’accoutre de son sombre manteau
Tu reviens comme à chaque fois désorganiser ma quiétude
Sans cesse répétée devenant une espérance habitude
Tel un fidèle spectateur attendant le lever de rideau 

Prenant place ainsi devant une scène improvisée
L’oreille attentive aux trois coups de bâton qui annoncent
Ton entrée virtuelle vêtue d’une robe pourpre sans nuance
Évoluant avec grâce dans ce décor que tu as disposé 

Te voici obnubilé de ta personne    narrant mon histoire
Tu t’ingénues les mains levées vers le ciel le verbe haut et cruel
Me poussant à la provocation pour accepter ce famélique duel
Que tu imposes avec sagacité pour séduire l’auditoire

Il t’arrive parfois de t’arrêter oubliant les répliques
Désarmée l’air agacé la mine angoissée tu t’agites
Et puis soudain tu réagis comme par magie les yeux tristes
En m’implorant du regard pour t’aider , le visage pathétique

Je reste indifférent à cette algarade prônant le silence
Que seules les stridulations du grillon  brisent  ma solitude
Devenue une éternelle esclandre de ma triste platitude
Qui n’en fini pas de hanter ma vie qui s’en va en errance

A chaque fois tu reviens tel un esprit malveillant
Savourer ma défaite d’une bataille sans soldats ni armée
De ces joutes désertes il ne reste que des souvenirs laminés
De ce qui fut jadis notre amour un simple rêve d’adolescents

  

GALERIE DES PARADOXES 

Côté cour… 

Ohé ! ohé !
Voici venu le temps des riches ,
Qui font la roue en montrant leur cul au vent
De l’éternel dégoût. 

Ohé ! ohé ! regarder ces ventrus mégalomanes,
Au pas rustaud vivant de luxe et de luxure
A la démarche d’un pou.

Ohé ! ohé !admirer ces nouveaux seigneurs,
Flanqués de leur nervis paradant de faste
Et d’arrogance avec leur ventre mou. 

Ohé !ohé !contempler ces potentats incultes
Avec leur petits yeux de haine qui bouffent
Leur conscience pour un sou.

 Côté jardin… 

On ferme les yeux pour ne pas voir la misère
De ces loupiots au regard triste couchés à même
Le sol telle une tressée de piments

Et qui n’ont rien à ce mettre sous la dent

On ferme les yeux devant ces taudis d’infortune
Ou croupissent , hommes , femmes et enfants
Qui n’ont plus aucun espoir

De voir d’autres matins

On ferme les yeux de ce petit Peuple
Que l’on habille de mensonges , le dos
Courbé par tant d’injustice pour avoir

Un jour quémander du pain

Mes yeux resteront ouverts pour faire encore
Des proses avec la débine de mes rejetons
Histoire de « tuer » le temps autrement

Car être aveugle ici…C’ est  si important

 

JARDIN DES MUSES (Terza-rima)

J’aime caresser du regard ton corps qui sommeille
Au-delà de ton galbe, je m’apprête au voyage
Traçant sur tes courbes mes désirs en éveil. 

Je vogue à tâtons pour atteindre tes rivages
Aux plages de sable chaud, de sources limpides
Ou s’étanche ma pépie, miraculeux  naufrage. 

Je jette mon ancre , sur tes reliefs intrépides
Et sous l’ombrage de ta gorge, s’épanche longuement
Ma bouche altérée, glisse, sur ta pelure torride,
 

Qui frémit, s’étire sous mes lèvres doucement.
Sur les cimes de ton île, j’admire l’élégance
De ton corps sculptural  ou se love mes tourments. 

Au lever du soleil je te quitte en silence
Pour t’y cueillir des fleurs, et,  rosée du matin
Du jardin des Muses de mes souvenances 

Qui vaut tous les présents du monde, plus beaux butins


OREMUS

  Parle-moi  de la vie que la haine assassine
De ces morts innocents réprouvés par mépris
Raconte-moi tous ces cris, que la nuit serine 

Parle-moi d’agonie de larmes en sourdine
Et ces corps mutilés victimes de folie
Parle-moi de la vie que la haine assassine 

Parle-moi des parias vivants de débine
Pourquoi ce peuple subit encor  l’avanie 
Raconte-moi tous ces cris que la nuit serine 

Parle-moi de dignité que l’affront trépigne
Pourquoi ce mutisme devant tant d’ anomie 
Parle-moi de la vie que la haine assassine 

Dis-moi comment avons nous pu courber l’échine
Face à tant d’injustice, de crimes impunis
Raconte-moi tous ces cris que la nuit serine 

Parle-moi de ces affres devenues routine
Quand le vulgum pecus sortira de l’oubli ?
Parle-moi de la vie que la haine assassine

Raconte-moi tous ces cris que la nuit serine

 


Sais-tu aimer ?

Sais-tu qu’aimer, c’est la quintessence
Du beau, du réel ou  s’amorce
L’aube de la vie. 

Sais-tu qu’aimer, c’est vivre d’espérance
En ouvrant ses mains aux caresses
Moi ton esclave affranchi. 

Sais–tu qu’aimer, c’est d’être libre
Libre comme la poussière du temps
Faisant fi des convenances.

Sais-tu qu’aimer, en admirant le jour
Dans sa splendeur arc en ciel,
Cascades de  mélodies. 

Sais-tu qu’aimer, aux matins de nos origines
Humanité avec ses différences
Ou se croisent nos cris incompris. 

Sais-tu qu’aimer, toi la chrysalide
Que naissent des étoiles
Dans mon cœur meurtri. 

Sais-tu qu’aimer, toi mon âme vagabonde
Que sur les sentiers de mes envies
Je ferais de toi mes habitudes.

 

ENTEND

 Entends-tu ma voix qui vient
Des profondeurs océanes. 

Entends-tu ce cœur  qui
Déborde de tendresse

Entends tu cet amour qui
Se fond dans tes yeux de bohême

Entends-t la violence du baiser
Qui marque tes lèvres . 

Entends-tu mes envies qui te montre
Le chemin de l’exode 

Entends-tu les murmures des caresses
Sur ta peau diaphane

Entends-tu la haine de mes reins
Qui fustigent tes hanches

Entends-tu le bruit de l’amour qui
Traverse tes gorges

Entends-tu mes soupirs dans ,
Le creux de ton ventre 

Entends-t ma peine qui coule
De mes yeux d’enfance 

Entends-tu , entends-tu , le flot
De mes débordements.

Entend , entend , ma libido

 

BABEL 

Babylone splendeur d’Akkad, berceau de la civilisation humaine
Tu t’écroules sous les bombes.
Odeur de chair, sang qui coule, haine venue d’ailleurs.
Sur les rives du Tigre et de l’Euphrate les ombres des 
Morts marchent.
Les cris des veuves , des mères , des épouses  se mêlent
Au bruit des canons.
Le jour est sombre, la nuit devient jour,
Corps d’enfants déchiquètes.
Misère, faim, peur, cœurs en détresse, larmes qui
Coulent .
Guerre du pétrole, guerre infâme, guerre d’arrogance
Guerre de mépris, guerre d’alliance.
De  Bassora à Kirkouk la mitraille fauche des Innocents.
Monde stupide, monde cupide, se cache sous la Peur.
Tuer, massacrer, annihiler   ce peuple.
Un jour les âmes reviendront hanter vos nuits pour  
Votre lâcheté.
...........   

NOUBA DU HOGGAR

Paysages sublimes, couleurs de l’ocre qui exsude.
Vide absolu  ou s’égrène le bruit du silence.
Murmures des friselis du sable en mouvance
Chaudes caresses du simoun, mer de solitude. 

Lumière écarlate ou l’ombre fuit ses habitudes
Ciel et glèbe flamboient sur les sentes de l’errance
Et le reg soupir son mirage de nuances
Faste du Hoggar ! romance du tindi en prélude

 Tassili seigneur des hommes bleus du désert
Farouches guerriers, poètes au langage disert 

Les yeux sont en extase devant tant de splendeur
Tandis que le cœur languide s’enivre de l’oubli
Le temps se meut, s’effrite, le soir pose sa candeur
La nuit annonce la fête de l’Ahaggar en folie. 

 

L’HEURE DU BERGER

 Par un beau matin m’en allant musarder
J’ai croisé sur ma route une très belle bergère
A l’allure distinguée si jolie et légère
Que mon cœur épris  se mit à la regarder

Face à ce corps achevé dont l’attrait me subjugue
Je reste ébaubi devant tant de joliesse
Et taquine mes désirs à plus de hardiesse
Pour qu’elle daigne accepter mes élans , ma fougue.

O cruelle beauté ! héraut des Dieux  et Prophètes
Entends tu les soupirs de la lyre du  poète ?
 
Son visage à l’éclat du rubis de Bohême
D’ou s’exhale un halo d’une indicible splendeur
Et me pousse à clamer ce bonheur, cette flamme
Qui consume mes craintes et attise mes ardeurs.

LE PHILANTHROPE

Te voici  arrivé à la brume de ta vie
Allongé sur ton lit le regard éperdu
Au pendule du temps qui semble suspendu
A l’orée de ton âge que la mort a ravi. 

Nul ne peut lénifier mes peines , mes souffrances
Devant ce cruel destin que le sort m’inflige
Ni ce cœur tant meurtri dont la douleur afflige
Si ce n’est hélas ! l’oubli de mes souvenances. 

Tu étais un bon père ,plein d’amour , de bonté
Prodiguant tes conseils , ta sagesse, ta piété
Et l’oreille, attentive aux appels si pressant

A  l’égard des  pauvres à la mine rebutée.
J’aurais voulu te dire ici  ce que je ressent.
Il ne reste de toi , qu’un souvenir évanescent. 

 ...........

ELEGIE A L’AMOUR 

Dans le bleu de tes yeux j’imagine des choses
Que ma bouche muette n’ose pas révéler
Pour d’écrire ta couche, une nuit étoilée
Pareille à la fleur du matin qui éclose. 

Je reste des jours flanqué de ma solitude
En laissant libre cours à mes folles pensées
De rêver de Sélène et d’amour insensé
A en perdre haleine de ma servitude. 

Qu’importe ma fierté du moment que je t’aime
Quitte à être maudit pour avoir vendu mon âme
L’essentiel c’est t’aimer et unique raison. 

Entends tu les clameurs de ce cœur qui désarme ?
Et ce meurt d’envies oubliant les saisons !
Tes appas me charme-divine fleuraison

...........

REMINISCENCE 

Il  m’arrive très souvent et aujourd’hui encor
De fouiner le passé d’une époque révolue
Qui à vue ma jeunesse au détour d’une rue
A  l’ombre de mes rêves, pour unique confort. 

Exaltant mon esprit à planter le décor
De cette période  lointaine , que le temps a rompu.
Ou sont mes anciens amis ? que sont-il devenus ?
Sont-ils parmi les vivants ? ou bien sont-ils morts. 

Je ne reconnais plus , ces lieux , ces parages
Qui furent jadis mes arcanes volages. 

D’une mémoire étriquée en lutte avec son passé
Ne reste qu’un vestige aux profondes blessures
Et un cœur marri de chroniques annoncées
Que Borée colporte aux confins de l’azur.

 ...........

Les guerriers  de Hadès

Venant des rives du Styx enfer des damnés
Les guerriers de Hadès surgissent des ténèbres
Ils se ruent sur leur proie tels des forcenés
Soldats de la mort à l’allure des ombres 

Dans la sorgue opaque ils cernent le village
Leur hideuse dégaine se profile sur les murs
Débute sans un bruit la razzia sauvage
Cruauté barbare que l'agonie murmure. 

Ces monstres au cœur d’airain tuent en hurlant
Défiant l’empyrée la camarde se brocarde
Images dantesques des corps noyés de sang
Les Hachichins plein de hargne paradent.

Dieu dans sa colère décrète sa sentence
L’éclaire éventre le ciel qui s’enflamme
Des cris stridents déchirent le silence
Les cadavres par centaines gisent sans âme

 Le village martyr prépare les suaires
Fusent de partout les complaintes funèbres
Les femmes dolentes couinent leur calvaire
Bentalha rentre dans la saga macabre

 L’héritage de la Paix

O mon fils ! écoute le bruit sourd des canons
C’est la mort qui dévale le long des terres brûlées
Regarde ces pleutres soldats qui violent nos maisons
Pense à nos rêves d’antan qui se sont écroulés.

C’est la guerre mon fils ! inique et cruel démon
Sa douleur est atroce, tant est féroce son fléau
Sombre qu’elle est , grande et lâche est sa déraison
Elle ne fait ni vainqueur , ni vaincu, ni héros.

Entend mon fils ! ces cris qui déchirent le silence
Venant des épouses navrées et des mères éplorées
Apprend à bon escient que la pire des souffrances
Et le plus souvent un livre de sagesse avérée.

Prend acte fils !que l’histoire est la maîtresse du temps
Nul ne ressent l’ardente braise d’un cœur mortifié
Et lorsque coule sur des joues des larmes d’innocent
Alors renonce à ta haine que tu dois étouffer.

Tresse une couronne de Paix de rameaux d’olivier
Indique la voie céleste à la blanche Colombe
Pour que vit en concorde  l’espoir recouvré
ainsi je peux reposer en paix dans ma tombe.

 ...........

Assez

A tous ces hommes qui s’entretuent
A ce monde qui se déchaîne
A toutes ces femmes battues
A ces cœurs remplis de haine.

Je cris mon désespoir

A toutes ces mères angoissées
A tous ces ventres affamés
A toutes ces larmes versées
A toutes ces âmes désarmées

Je cris mon désespoir

A toutes ces épouses qui attendent
Le vain retour de leur mari
A tous ces orphelins qui quémandent
Leur existence à la vie

Je cris mon désespoir

A toutes ces religion du monde
A tous les Prophètes de Dieu
A cette humanité qui gronde
Et ces conflits désastreux.

Je cris mon désespoir

Brisons les frontières de la terre
Semons les graines de l’amour
Aimons-nous au jour le jour
Au lieu de nous faire la guerre.

C’est mon cri d’espoir

 

...........


Aphrodite 

Mes songes sont sur tes lèvres vermeilles
Je délecte le doux parfum de ta peau
Mes mains caressent ton corps qui s'éveille
Traînant sur les dédales de ton dos.

Tes longs cheveux, crinière de l'alezan
Tombent sur ta nuque, divin refuge
Où ma bouche lambine, en embrasant
La passion d'un volcan, crachant son déluge.

L'éclat de tes dents, nargue le soleil
Donnant à ton sourire, l'envie d'aimer
Tandis que tes yeux, d'un vert sans pareil
Calme mes désirs, et, me laissent rêver.

Mes doigts gambadent sur tes hanches
Dont le galbe enflamme mes désirs
Source limpide, de ma soif qui s'étanche
Dans le creux de ton ventre qui soupir.

De mes nuits que tu hantes si souvent
La lumière de ton ombre me taquine
Frôle mon visage de son air insolent
Murmurant des paroles en sourdine.



BACCHANALE


Coule le bon vin, à l'ombre de la treille
Mon hanap rempli du breuvage des dieux
Couleur de tes labres, luisant au soleil
Je bois ma ribote, sur ton corps délicieux.
Perle sur ta bouche ce nectar ténu
Dont l'arôme divin, inspire les poètes
Disciples de Bacchus, louant ses vertus
Qui nous guident vers l'ivresse céleste.
Le soir tombe sur ta gorge épanouie
Que le nimbe de la lune réverbère
Offrant plus d'éclat, à ta grâce infinie
Où se cache mon spleen éphémère. 
blotti contre toi, je frissonne de bonheur
Mes yeux s'abîment sur ton être éthéré
Que mes mains frôlent d'une absolue douceur
S'embrasent dans la nuit, nos passions révérées.
Buvons ce vin suave jusqu'à la folie
que son effluve perpétue la ferveur
Bercé à jamais d'une douce mélodie
Où ton amour gît, dans l'écrin de mon cœur.



FATUM 

Gare a toi ! si un jour le malheur te frappe
Tu seras seul à onques honni par les tiens
Sombre est ta vie comme la mort qui sape
tes espoirs s'égrènent dans un désert sans fin

Transi de peur dans les Abysses de la nuit
Ou le moindre bruit fait tressaillir ton cœur
Implacable angoisse qui te hante et poursuit
Et qu' un vide fatal accentue ta frayeur.

Plus personne n'est là pour consoler ton chagrin
Que les cris du chacal qui fendent le silence
Amis et proches se moquent de ton destin
Abhorré du monde nul n'écoute ton errance.

Marqué par la haine et la malédiction
Ces fils de catin jubilent ta déchéance
Ils t' attifent de l'opprobre damnation
Crucifié tel un pantin au bout d'une potence.

Altruiste et généreux envers ces misérables
Négligeant par oubli ton existence
Il ne te reste rien à part un préalable
Vivre de solitude désormais ta pitance.


Thébaïde

Quand on a plus rien que sa solitude
Le soir venu apparaît le déclin
On trinque avec l'oublie de ses habitudes
Cherchant une épate pour fuir son chagrin.


Et puis soudain on évoque l'ancien temps
Qui nous a vu gravir les marches du succès
Grisé par la gloire, et , presque insolent
On toise les autres d'un regard agacé


Que de titres, d'honneur et de promotions
Paradant de faste, jusqu'à l'arrogance
En faisant fi des règles de la tradition
Qu'oblige notre rang à plus de bienséance


De cette époque lointaine et révolue
Mon cour contrit, rappelle ses souvenirs
De tristes regrets, du trajet parcouru
Implorant le pardon pour se repentir.


A l'orée de mon age, vaincu par les ans
Tel un vieil arbre aux branches dégarnies
Je ressasse ma vie, passé et présent
Suivant à la trace l'ancien chemin pris

Auteur : Mohamed el-Ouahed
Mohamed_elouahed2002@yahoo.fr

Retour Galerie