FELICIANO MEJÍA

  www.iespana.es/felicianomejia/
www.poetasdelmundo.com/verInfo.asp?ID=584
www.rocaxpoetas.galeon.com

DE : CERCLE DE FEU

 

TRADUIT PAR

 

MARIE LAFFRANQUE

 

 

 

 

  

 

 

TAMBOURS  FUNEBRES  POUR  LES PAYSANS  KICHÉS

ASSASSINÉS  A  L'INTERIEUR  DE  L'AMBASSADE   D'ESPAGNE AU GUATEMALA

POUR  AVOIR  DÉNONCÉ  LES  TUERIES

DE  L'ARMÉE,

17  JOURS  APRES  EN  AVOIR  EU  CONNAISSANCE

LORS  D'UN  SPECTACLE  DU  GROUPE  YUYACHKANI,

ET   7  JOURS  APRES  LE  MASSACRE  DONT  UN  SEUL  PAYSAN  RÉCHAPPA,

QUI  FUT  ENSUITE  ENLEVÉ  A  L'HOPITAL,  ASSASSINÉ

ET  LAISSÉ  AUX  PORTES  DE  L'UNIVERSITÉ  "SAN  CARLOS"  DE GUATEMALA.

 

C'était Pedro Ijoy

            ( au visage la plaie drainée par une mèche ),

Juan Caba  ( clignotant de ses paupières creuses ).

José Canay et sa femme qui venait d'accoucher

                             ( l'homme au bras fracassé

                             par une balle à l'articulation du coude )

et les hommes et les femmes du Kobán

du Kotzal et du Chimil

suivis d'enfants ridés comme des troncs de tohé,

qui respiraient à peine.

ET MAINTENANT TOUS SONT MORTS

( quarante sourires à qui on serrait la main )

enfuis pour toujours sous terre

les balles des militaires enfoncées dans la chair.

 

( Sur quel tronc hystérique entend-on aboyer

le Quetzal en fureur? ).

( Pourquoi ne voit-on pas les pierres se dissoudre

et les portes fermées jeter des cris? ).

Chicop siuc chiqué ruma! (1)

 

...rien ne sert de demander POURQUOI

aux oiseaux blancs du Kiché:

Nos frères sont morts pour l'éternité;

nos chants de montagnards qui affinaient leur ouïe,

joignant le Kechwa au fin Sutuil,

se sont évanouis dans la caverne obscure.

Ces danses de l'espoir où ils frappaient du pied

pour adoucir leur enfermement volontaire

palpitent toujours sur la terre sèche

du Guatemala: danses qui dansent seules,

sans pieds, sans mains et sans yeux.

 

Il est vrai que ces meutres n'étaient pas les premiers,

ils se sont seulement multipliés

quand des soldats entraînés au Panama

et à West Point ont assiégé

les villages somnolents de la Haute Verapaz

en Uspantán, et du Nebaj.

Jours obscurcis au milieu du soleil

resserrant les noeuds des lianes,

jour où ils attaquèrent les cabanes

et prirent neuf hommes qui en valaient mille:

ET ON LEUR LIA LES POIGNETS ET ON LES FRAPPA AU THORAX,

ON LEUR BRISA LES DENTS, ON LEUR CRACHA DANS LES YEUX,

ON LEUR MIT DES UNIFORMES ET ON LEUR DONNA DES FUSILS ROUILLÉS

SANS GACHETTE NI PERCUTEUR

ET ON LES DISPERSA EMPLIS DE SOLITUDE A TRAVERS LE CHAJUL

PUIS ON LES CRIBLA DE BALLES

( SEULS TROIS D'ENTRE EUX EN RÉCHAPPERENT )

ET ON LES ENTERRA DANS DEUX TOMBES

( ATTACHÉS TROIS PAS TROIS AVEC DES FILS DE FER ).,

APRES LES AVOIR BRULÉS

AVEC DE L'ESSENCE APPORTÉE TOUT EXPRES DANS DES CAMIONS VERTS

DU PALAIS DU GOUVERNEMENT

G U A T E M A L T E Q U E,

pour déployer ensuite un cordon de baïonnettes

autour de la région

de peur que la puanteur de la barbarie n'en sortît

pour crier à travers les rues.

 

Et pourtant les cris éclatèrent

( les trois survivants les accompagnaient ),

ils traversèrent le barrage

pour dire au monde comment on s'efforce

de leur arracher

la peau et la conscience.

 

 Mais les téléscripteurs applaudirent le mur du silence.

 

Pedro Ijoy, Juan Caba, José Canay

et les 37 autres gardent les dents serrées,

ils mordent l'obscurité sous la terre

et ils ne rêvent plus du feu qui fracassa l'air et leurs os.

Ils sont quarante morts à l'immense fureur.

Ils ne nous parleront jamais,

ils ne nous donneront pas la main comme hier,

ils ne pourront plus dessiner pour nous

la sveltesse de leurs palmiers

berçant la lave somnolente des pauvres;

mais un cri qui durera un siècle

retentit aux frontières

si fort qu'il fait trembler

toutes les bêtes assassines.

  

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                 Managua, janvier-février 1980.

  

 

(1) En langue katchiquel: Oiseau blanc, pourquoi!.

 

 REDOBLE PARA LOS CAMPESINOS KICHES

ASESINADOS EN LA EMBAJADA DE ESPAÑA

EN GUATEMALA POR DENUNCIAR LAS MATANZAS

DEL EJERCITO, A 17 DIAS DE HABERLES CONOCIDO

CUANDO UNA FUNCION DEL GRUPO YUYACHKANI

Y A 7 DIAS DE LA MASACRE EN DONDE QUEDO

VIVO SOLO UN CAMPESINO QUE LUEGO FUE RAPTADO

DEL HOSPITAL, ASESINADO Y ABANDONADO

EN LAS PUERTAS DE LA UNIVERSIDAD SAN CARLOS DE GUATEMALA.

 

 

Eran Pedro Ijoy 

        (la herida en sedal secándose en la cara),

Juan Caba (parpadeando con los párpados hundidos),

José Canay y su mujer recién parida

                  (el del brazo maltrecho

                  por la bala en la bisagra del codo)

y los hombres y mujeres del Kobán

y del Cotzal y del Chimil,

con niños ajados como troncos de tohé,

respirando apenas.

Y AHORA TODOS ESTAN MUERTOS

(cuarenta sonrisas a quienes estrechamos las manos)

hundidos para siempre en la tierra

con las balas de los militares hundidas en sus carnes.

 

( ¿En qué tronco histérico aúlla enfurecido el Quetzal?) ;

¿por qué no se desmoronan las piedras

y las puertas cerradas no comienzan a gritar?).

¡¡Chicop siuc chiqué rumá! ! ! (x)

 

... nada sirve y preguntar POR QUE

a los pájaros blancos del Kiché:

Nuestros hermanos están eternamente muertos:

nuestros cantos serranos que ahondaron sus oídos

uniendo el Kechua con el fino Sutuil

diluidos están en la oscura caverna.

Aquellas danzas esperanzadas zapateadas

para endulzar su encierro voluntario

quedan palpitando sobre la tierra seca

de Guatemala: danzas danzando solas

sin pies, sin manos y sin ojos.

 

Pero esas muertes no se iniciaron ahí

sino que se agrandaron

cuando soldados entrenados en Panamá y West Point rodearon las aldeas adormiladas de la Alta Verapaz

en Uspantán y del Nebaj.

Días oscurecidos en medio del sol

apretando las lianas,

día en que asaltaron los caneyes

y a nueve hombres sacaron que valían mil:

Y LES ATARON LAS MUÑECAS Y LES GOLPEARON LOS PULMONES

Y LES ROMPIERON LOS DIENTES Y LES ESCUPIERON EN LOS OJOS

Y LOS UNIFORMARON Y LES DIERON FUSILES HERRUMBRADOS

Y LES AVENTARON REPLETOS DE ORFANDAD EN EL CHAJUL

Y LOS COSIERON A BALA

(Y SOLO TRES SE SALVARON)

Y LOS ENTERRARON EN DOS TUMBAS

(DE TRES EN TRES AMARRADOS CON ALAMBRES)

LUEGO DE QUEMARLOS

CON GASOLINA TRAIDA EXPRESAMENTE EN VERDES CAMIONES

DESDE EL PALACIO DE GOBIERNO

G U A T E M A L T E C O;

 para luego tender un cerco de bayonetas

en torno a la región

y que el hedor de la barbarie no saliera

a desgañitarse por las calles.

 

Pero emergieron las voces

(los tres sobrevivientes iban con ellas)

filtrándose y llegaron

para decirle al mundo cómo intentan

descarnarles la piel y las conciencias.

 

Pero los teletipos corearon el muro de silencio.

 

Pedro Ijoy, Juan Caba, José Canay

y los 37 restantes tienen apretados los dientes

masticando la oscuridad bajo la tierra

y ya no sueñan por el fuego que trizó el aire y sus huesos.

Son cuarenta muertos agigantando la furia.

No nos hablarán jamás

ni nos darán las manos como ayer

ni podrán dibujarnos ya más

la delgadez de sus palmeras

acunando esa lava adormecida de los pobres,

pero un grito que durará un siglo

retumba en las fronteras

hasta hacer temblar

a todas las fieras asesinas.

                        

                                                  Managua, Enero-Febrero 1980.

 

 (x) En lengua Katchiquel: ¡¡Pájaro blanco, por qué!!!

 

 

 PUERTO BALBOA

 

 Le soleil crie en s'enroulant dans le béton.

Pas de sable ni de vagues qui s'étirent

ni d'air frais ni de promeneurs à Puerto Balboa.

Rien que des palmiers angoissés

dont les panaches brillent au milieu du ciment.

Ici ma haine et ma joie se dissolvent, sereines.

J'aime, sans m'en douter, assommé de lumière,

ces planches grignotées par le temps et les jantes

de métal. Port à béquilles face à la mer Pacifique.

Ici on devine à peine  les hommes

au visage qui se durcit, aux insomnies entrecoupées. Ici

on se soûle jusqu'à l'épilepsie. Là-bas,

dans ce bar ( couples de danseurs en émail 

                     sur fer blanc ou carton )

où le jour n'a plus sa couleur épaisse, nous avançons à tâtons

et je bois avec eux et mastique les haricots et le porc aux épices.

Le soir frémit.

Des pélicans sans couleur errent pensifs

sur les barraquements salés à trois étages.

L'essence jette des flammèches dans l'asphalte craquelée.

Nul ne demande mon nom

                            ( mon passeport est un bout de cuir sali

                         par les policiers et les soldats de quatorze frontières );

                         le serveur crache sans façon et le vieil espagnol      

                         ( plus panaméen que Richie le Nègre )

exilé à la chute de la République parle de son ancien amour

pour la panaméenne aux grands yeux,

morte à présent, et chante des mazurkas d'une voix de sérénade.

Moi, je raconte: je viens d'un lointain pays 

                         où les Incas étaient aussi coriaces

                         qu'à présent les militaires  ( mais ils  tuaient seulement        

                         au combat et non par la faim comme aujourd'hui ).

Des nerfs déliés font flamber mes mots

tandis

qu'éclatent les blasphèmes et qu'une colère bleue s'étrangle

dans chaque bouche qui rit.

Au loin le cap ensoleillé, très vert, très net,

le drapeau national ( blanc, bleu, flottant sur le ciel sans nuages )

"prisonnier de la zone du canal", comme disait Madame

Yamilá la Chiricaine .

               Pierres acides, le sifflement de leurs cigares

               et leurs cris

               s'entrecroisent:     

          "Ils disent qu'ils nous ont possédés"          -           "Gringos de merde" 

          "Ils nous enculent"                                       -           "Gringos mangemerdes"

          "Personne dit ien de ien"                             -           "Sale vermine"

          "A présent celui qui interdit

           l'entrée est un soldat panaméen"                -           "Putains de Gringos" 

          "Et nous, toujours foutus"                             -           "Leur tour viendra". 

Des voix pareilles à des fouets électriques

flottant dans la fumée du bar

remachent longuement les problèmes de ce monde: Le Canal,

mais ignorent le Front de Libération Guaymi.

Une saveur d'arme glacée

agace les gencives et les planches crissent,

et la sciure.

L'après-midi cligne un oeil de crapaud dans le soleil cru:

les barges croisent dans les eaux souillées de plumes et de cacas d'oiseaux.

A l'horizon, Balboa, raide sur son piédestal de ciment,

s'étrangle dans sa fraise de bronze, 

dos tourné au port,

sa patine griffée par la torpeur brumeuse

et les yeux et les jambes décorés

de la diarrhée constante de  mouettes  sans humour

venues des Caraïbes.

 Port pelotonné aux voix rauques

                         au bord des pleurs et des rires perçants.

Fumées de fourneaux

de tulle bleuté.

Dans un clignotement crépusculaire, les omnibus avec leurs phares

             aux 20 couleurs       

             et de ravissants dessins de Willy Colón       

             et de Mara la Sauvage, tandis que le soir éteint

n'est plus qu'un souvenir qui s'enfonce dans la bouche de la nuit

aux lumières d'huile

et dont l'écho imite les grincements des roues.

 

( Demain sera un autre jour

planté dans le verre brûlant

du tropique carnassier ).

 

                                                                        Panamá, février 1980.

 

 

 PUERTO BALBOA

 Grita el sol enroscándose en el cemento:

no arena ni desperezo de ola

ni aire fresco ni paseantes en Puerto Balboa.

Sólo angustiadas palmeras

brillando sus penachos en medio del cemento.

Aquí mi odio y mi alegría se disuelven serenos.

Amo, sin darme cuenta, acogotado de luz ,

estas tablas roídas por el tiempo y por llantas

metálicas. Puerto en muletas frente al mar Pacífico.

Aquí sólo recalamos los hombres

de rostros endureciéndose e insomnios rayados. Aquí

borracheras hasta la epilepsia. Allá.

En este bar (parejas de esmalte en pachanga

                 sobre lata o cartón)

donde el día pierde su color espeso, palpamos y

bebo con ellos y mastico el frejol y cerdo en condimento.

La tarde tiembla.

Descoloridos pelícanos pensativos ambulan

sobre las saladas barracas de tres pisos.

Chamúscase el petróleo en el asfalto desportillado.

Nadie pregunta mi nombre

                       (mi pasaporte es un cuero ensuciado

                        por los policías y soldados de catorce fronteras);

el mozo escupe en confianza, y el viejo español

(más panameño que el negro Ricchie),

huido al caer la República, habla de ese amor

a la panameña de ojos rasgados,

ya muerta, y canta mazurcas a voz de bandurria.

Y yo cuento: vengo de un lejano país

donde los incas eran iguales de fregados

que los militares de hoy (sólo mataban

luchando y no de hambre como hoy).

Nervios delgados arden mis palabras

mientras

estallan las blasfemias y una cólera azul se acogota

en cada boca riente

apuntando a lo lejos, el morro soleado y verdísimo y limpio,

la bandera nacional (blanca, azul, meciéndose en el cielo sin nubes. "cautiva en la Zona del Canal" como decía doña

Yamilá la Chiricana.

               Piedras ácidas se cruzan

               el pitar de sus cigarros

                        y sus gritos:

         "Dicen que nos la dieron"                      : "Gringos de mierda"

         "Nos meten el dedo"                              : "Gringos comemierdas"

         "Naye dice naa e ná"                           : "Gusanos colorados"

         "Ahora quien prohibe

          la entrada es soldado

          panameño"                                           : "Gringos maricas"

        "Seguimos jodidos”                                   : "Ya les vendrá el turno".

Voces como látigos eléctricos

nadando en el humo del bar,

mascan en horas los problemas del mundo que es El Canal,

sin saber nada del Frente de Liberación Guaymí.

Un sabor a fierro helado

raspa las encías y chirrían las tablas

y el serrín.

La tarde hace un guiño de sapo en medio del sol crudo:

buchean las chalanas en las aguas turbias con plumas y caca de aves.

En el horizonte Balboa, tieso en su mole de cemento

se ahoga en su cogulla de bronce, de espaldas hacia el puerto:

su verdín rayado por el sopor calino

y sus ojos y piernas condecoradas

por la constante cagantina de gaviotas serias

venidas del Caribe.

 

Puerto apelotonado de voces roncas

           al borde del llanto y risas afiladas.

Humos de cocinas

en tul azulado

En guiños anochecidos los ómnibus con sus luces nocturnas

                 de 20 colores

                 y primorosos dibujos de Willy Colón

                 y Mara La Salvaje, mientras la tarde apagada

no es sino un recuerdo adentrándose en la boca de noche

de luces de aceite

y de ecos remedando chirridos.

 

(Mañana será otro día

clavado en el vidrio caldeado

del trópico felino).

 

Panamá, febrero 1980. 


 

PAROLES POUR DES MILLIONS DE TUPACS AMARUS,

ENTOURES DE CHEVAUX.

             Aujoud'hui, c'est Octobre, le temps fait silence un moment pour écouter les échos des Amarus.     

             Voici deux cents ans que les sabots des chevaux grincent en piétinant les cris au milieu des places et des montagnes.     

             Au-delà de nos veines, en mille bulles, éclate et resplendit la voix de leur fils le plus doux, le plus neuf, le plus vivant: Tupac, l'homme couleur de cuivre qui réunit dans ses yeux durement-noirs-et-tendres les regards de 18 millions d'hommes annihilés et qui renaissent aujourd'hui, les nerfs tendus, dans ce pays plein d'arbres, de montagnes, et pauvre en autoroutes.  

             Voici qu'enfin la mer de pierres lève les mains dans les rues de béton, au milieu des pancartes et des banderoles de couleur.

             Ni les sabots ferrés d'avions dont les dents lancent la mitraille, ni les ventres de milliers de chevaux gonflés comme des pneus sous les chenilles des tanks, ne peuvent étouffer la parole des rebelles de Tungasuca.     

             Ecoute, frère. Le temps au Pérou d'Octobre s'est figé un moment pour voir les chevaux s'abîmer dans les ravins et les hommes surgir de la terre si pauvre, de la mine creuse, de la poulie fatiguée, du bureau ou des tables les plus vétustes; écoute-les: bourgeons prêts à éclore, lentement ils s'arrêtent à nouveau, et les voici, les hommes étincelles du brasier.       

             L'heure est venue de reprendre la marche interrompue qui était partie de Tinta.       

             Pointe ton doigt pour tirer des balles de lumière, humecte de salive la paume de ta main pour réchauffer la culasse de métal ou de bois.       

             En dehors et au dedans de cette nation ressuscitée, dans d'obscures officines où Areche (1) porte un uniforme ou un complet en gabardine, les dents des brutes abêties par l'argent s'entrechoquent: leur terreur et leur débacle commencent.       

             Déjà Cuzco et Amaru, Tupac, Tumbes, Tacna et Belén, Iberia et Moho murmurent, prêts à bouillonner avec Le Salvador et le Nicaragua.       

             Ecoute, frère, les trompes résonnent comme des décharges de grêlons d'argent.      

            Les voilà!

 

(1)Chef militaire espagnol qui lutta victorieusement au XVIIIe siècle contre Tupac Amaru II et le fit périr écartelé par quatre chevaux.  

 

 PALABRAS PARA MILLONES DE TUPACS AMARUS VIVOS EN MEDIO DE CABALLOS

  

            Hoy, Octubre, se queda mudo el tiempo un instante para escuchar los ecos de los Amarus.

             Son doscientos años rechiflando los cascos de los caballos pisoteando los gritos en medio de plazas y montañas.

             Tras nuestras venas, en doscientas burbujas, estalla resplandeciendo, la voz del hijo más dulce y nuevo y vivo. Del hombre cobrizo Túpac de ojos duramente-negros-cariñosos, reuniendo las miradas de 18 millones de hombres aniquilados y renacidos hoy día otra vez, con los nervios tensados, en este país repleto de árboles, sierras y pocas autopistas.

             Acá por fin, el mar de piedras levantando las manos en las calles de cemento, en medio de pancartas y banderolas coloreadas.

             Ni los herrados cascos de aviones con dientes ametralladores, ni los vientres hinchados de miles de caballos inflados como neumáticos en las orugas de las tanquetas, pueden acallar la palabra de los rebeldes de Tungasuca.

             Óyelo, hermano. El tiempo, en Octubre Perú, se ha congelado un instante, para ver cómo se desbarrancaran 1os caballos y cómo emergen de la tierra muy pobre, de la mina ahuecada, de la polea cansada, del escritorio o mesa más descascarados, óyelos, cómo, cogollos, lentamente se paran de  nuevo, ahora ya, los hombres chispas en fogata

 Llegó la hora de reiniciar el camino cortado y empezado en Tinta.

 Afila tu dedo índice para disparar la luz, échale saliva a la palma de la mano para calentar la culata de metal o madera.

 Afuera y dentro de esta nación rediviva, en oficinas oscuras de Areche uniformado o vestido de terno gabardino, le castañueletean los dientes a los caballos estupidizados por la monedas, empezando su terror y desbandada.

             Ya Cuzco y Amaru y Túpac y Tumbes y Tacna y Belén, Iberia y Moho, gorgorean para hervir con El Salvador o  Nicaragua.

 Oyelo, hermano, están resonando los pututos como descarga de granizos de plata.

 

¡Ya!

 

 

LUMIERE DANS LES FERS

  

Paroles pour les détenus,emprisonnés                                                                                                                                                                                                                            pour avoir fait la Liberté.   

 

            Nous savons, frère, que l'air là-bas est en train de pourrir: que le soleil devient carré, jaune d'oeuf sale; le visage encravaté du corpulent gardien de prison est parcouru de tics; et, incorporelle, la dure grimace verte du ministre de la Justice crache sus tous.   

                         Ouvrant des failles dans des milliers de murs, cernes de ciment, l'exaspération affole, assomme, dans la palpitation constante de mitrailleuses étrangères aux mains de gardes aux chemises brunes.    

             Tranchets, fourchettes, vieux chiffons, poinçons, matraques, garrots,"bourreaux" (1),  assiettes, radios,coca, bibles, revues, kérozène, alcool à brûler, pâte de cocaïne, T.V., messes, crachats, rires, crasse, eaux-de-vie, gobelets en fer émaillé, valium, aspirine, lames de rasoir, morceaux de chair, bouts d'os, flocons de cerveaux: le tout, en une confusion planifiée, grave, cynique, vous est livré journellement.    

             Et les détenus de droit commun hurlent, fauves au cuir tailladé, quand ceux qui sont devenus fous se barbouillent la face d'excréments.  

 

            MAIS VOUS, DANS TOUT CELA, ILS VEULENT VOUS DETRUIRE, CES NAIFS!

       Frères, je sais qu'un air serein face à la bestialité, et la joie, malgré tout, et, toujours, l'éspérance, font perler la sueur à leur visage.    

             Et je suis fier de vous comme un homme dont les cheveux recommencent à pousser.    

             Et je garde l'espoir, malgré les morts vivants et ceux qui agonisent ici, par les rues et dans les champs d'où on les avait chassés.     

             Des voix secrètes nous annoncent sans arrêt que vous ne cédez pas un pouce de terrain au désespoir que l'on veut vous inoculer.    

             Et je me console, un moment, parce qu'ici dans son palais le président de  cette république tremble en anglais, et que le premier ministre (cette maigre et phénicienne bête nord-américaine) et les généraux commandants des forces armées et de la police, et le ministre de l'énergie (cette anguleuse et céruléenne bête nord-américaine) bavent tous de terreur lorsqu'ils sentent que notre feu progresse, irrésistible, dans nos veines.    

             Continuez la résistance! Ici nous ne vous oublions pas. Nous n'oublions rien ni personne. Continuez un moment encore. Car les pas se rejoignent; on dégage les voies pour qu'enfin le peuple commence à faire flamber la juste poudre qui réduira en fumée et en cendres ces jours de fureur.

  (1) "Bourreaux", dans l'original "verduguillos" (petits bourreaux): sorte de limes cylindriques ou triangulaires le long desquelles on ménage une gouttière, et qu'on met à oxyder dans l'urine et les excréments. Cette arme très pénétrante, utilisée pour la lutte à mort, laisse une blessure minuscule qui ne saigne pas et cicatrise rapidement, mais peut suffire à déclencher une gangrène, en particulier au ventre.

  

 

LUZ ENGRILLETADA

  

Palabras para los Presos, presos por hacer la Libertad.

 

Sabemos, hermanos, que allá se está pudriendo el aire; cuadrado el sol, yema mugrienta, se hace; titila el rostro encorbatado del carnoso alcaide; e incorpórea la dura mueca verde del ministro de justicia escupe sobre todos.

 Miles de paredes, ojeras de cemento, cuarteando la desesperación, enloquece, embrutece con la palpitación constante de ametralladoras extranjeras en manos de guardias brunos.

 Chairas, tenedores, andrajos, punzones, "tontos'', garrotes, verduguillos, platos, radios, coca, biblias, revistas, kerosene, ron de quemar, pasta básica, T.V., misas, esputos, risas, roña, aguardientes, jarros, bencedrinas, “mejorales”, "guillettes"; pedazos de carne, trozos de huesos, grumos de cerebros: en revoltijo planificado, serio, cínico, les entregan a diario.

 Y los encarcelados comunes aúllan fieras con las pieles partidas cuando los enloquecidos se ensucian !os rostros de excremento .

 ¡Y A USTEDES EN MEDIO LES QUIEREN DES- TRUIR LOS ILUSOS!.

 Hermanos, yo sé que la serenidad ante el bestialismo, la alegría, a pesar, y la esperanza, siempre, les perla el rostro.

 Y me siento orgulloso de ustedes como un hombre al que de nuevo le nace el cabello.

 Y estoy animoso a pesar de los muertos encerrados  y a pesar de los agonizantes acá en las calles y los campos de donde les sacaron.

 Continuas voces secretas nos avisan que no dan un centímetro cuadrado de espacio a la desesperación que quieren inocularles.                               

 Y me contento, un rato, porque acá en los palacios el presidente de esta república tiembla en inglés, y el primer ministro (esa flaca y fenicia bestia norteamericana), y los comandantes generales de las fuerzas armadas y policiales, y el ministro de energía (esa angulosa y cerúlea bestia norteamericana); babean todos de terror al sentir que nuestro Fuego se esparce incontenible a través de nuestras venas.

 ¡Seguid la resistencia! que acá no  les olvidamos. A nada y a nadie olvidamos. ¡Seguid por un  momento más! que se unen los pasos, que se limpian recodos para que al fin pueblo empiece a arder la justa pólvora que hará humo y ceniza estos días de furia.

 

 
PORTRAIT DE LA PASSANTE

 

 Jamais je n'ai su son nom:

                         ses cheveux étaient secs

                         et dorés, ils frottaient sa pommette gercée

                         par la soif

                         et l'insomnie de jours saturés de morphine.

Elle traînait ses socques sur le gazon vert

                        de Berkeley

                        et son sexe renflé

                        transparaissait sous les grimaces

                        du lainage élimé.

       Paupières rouges.

       Des yeux pâles. Scruter sans voir.

       Son anglais râclait

       des baves d'angoisse.

 

Elle passa comme passèrent

               des visages mités taillés dans du carton

et se perdit parmi

                la foule hululante qui murmurait des plaintes.

 

Maladroite lesbienne aux aisselles rosées:

                               elle s'enfonça comme une pierre dans  la boue

                               parmi la foule

                               de San Francisco.

 

Jamais je n'ai osé demander ou imaginer son nom.

                                                                   

                                                     Sinaloa, janvier 80.

 

 

 

RETRATO DE LA MUJER TRANSEUNTE

 

 Jamás su nombre supe:

               tenía el pelo seco

               y dorado frotándole el pómulo agrietado

               por la sed

               y el insomnio de días repletos de morfina.

Sus chanclos arrastraba sobre el pasto verdísimo

                    de Berkeley

                    y su sexo inflado

                    en transparente y raído

                    sayal haciendo muecas.

       Párpados rojos.

       Ojos pálidos. Otear sin ver.

       Su inglés raspaba

       babas de angustia.

 

Pasó como pasaron

        apolillados rostros cortados en cartón

y se perdió en medio

                 del gentío ululante, murmurando quejidos.

 

Torpe lesbiana de rosadas axilas:

                       Se hundió como una piedra en barro

                       entre el gentío

                       de San Francisco.

 

Jamás me atreví a preguntar o imaginar su nombre.

 

  

                                                               Sinaloa, Enero 80.

 

  

LA JUIVE DE LONG BEACH

  

C'était à peine un épi de fumée somnolent

             aux lèvres éteintes sous la cendre verte,

mais son ombre était couleur de rubis

et elle avait un nom qui rappelait les cris

des fleuves desséchés.

    Je m'en souviens, je me rappelle

    le chant de la juive immobile

    aux grands seins tristes

    et aux mains brillantes

    qui pétrissait son angoisse sereine.

 

                                                             Elle chantait.

Pendant ce temps, dans un murmure de sperme et de verre

le matin se levait lentement sur Long Beach

et dans des maisons solitaires, grumeleuses, des cous rouges

s'endormaient sur des oreillers synthétiques;

une voix de nickel et de paille

sortait de sa bouche;

elle sentait la chair tendre-dure

des milliers de morts, leurs milliers de douleurs désespérées,

la couleur des peaux criblées de trous

et l'étouffement

des poumons dans le gaz létal. Juive...

 

Au dehors, les rues ramplies de lumière et d'air mousseux

se frottaient au brouillard

brisant les milliers de vitres rutilantes.

Gratte-ciels sans nuages assiégés par le vent.

( Fleuves oranges de voitures figées

sur les rails des autoroutes ultrarapides ).

Sa voix était de nickel et de paille et son chant aiguisé, je répète,

             de fil de fer incandescent

             qui brûlait le palais.

Eteinte, elle vibrait dans son étrange chant

                  ( en vie comme une fleur

                  coupée au bord d'un vase ), les yeux tout emplis d'ombre,

                  faisant naître des mots

                  de sa gorge blanche,

                  et pétrissant des siècles

                  comme un pollen de fer

                  sur sa blessure rouge.

 

Elle se tenait là.

                      Des tissus aux parfums endormis

                      couvraient ses hanches:

                      couverte de silence

                      lorsque la nuit

                      mastiquait la fruste géométrie

                      de caoutchoucs passés par le feu.

 

                                                           Long Beach, décembre 79.

 

 

LA JUDIA DE LONG BEACH

 

 ra apenas una espiga de humo adormecido

      con labios apagados en ceniza verde,

pero tenía una sombra de color de rubí

y un apellido cuyo sonido recordaba los gritos

de los ríos secados.

         Ya la recuerdo. Yo recuerdo

         el canto de la inmóvil judía

         de grandes pechos tristes

   y manos brillantes

   estrujando su angustia serena.

 

Cantaba .

Mientras con murmullo de esperma y vidrio

lenta rayaba la madrugada en Long Beach

y en casas solitarias grumosas, cuellos rojos

adormecían las almohadas sintéticas;

una voz de níquel y paja

de su boca salía

sintiendo la carne tierna-dura

de los miles de muertos, sus penas desesperadas,

el  color de las pieles agujereadas

y los ahogos

de los pulmones de los gases letales. Judía...

 

Fuera, las calles repletadas de luz y aire espumoso

frotaban la neblina

cascando los miles de vidrios rutilantes.

Rascacielos sin nubes cercados por el viento.

(Rios naranja de carros helados

en los carriles de las autopistas de gran velocidad).

Ella tenía la voz de níquel y paja y el canto afilado, repito,

      de incandescente alambre

      quemando el paladar.

Apagada, vibraba en su extraño canto

               (viva como una flor

               cortada en el florero) con los ojos repletos de sombra                                                                                                                                                                                                         pariendo palabras

               su garganta blanca,

               estrujando siglos

               como un polen de hierro

               sobre la herida roja.

 

Allí estuvo.

                Trapos de olores dormidos

                le cubrían las caderas,

                cubierta de silencio

                cuando la noche

                masticaba la geometría torpe

                de cauchos chamuscados.

 

                                                                             Long Beach, Diciembre 79.

 

 EGENDE DU CHILCAL

  

             Au Chilcal, les lents oiseaux, les chiscos, battent des ailes parmi les épines, fuyant les frondes et les plombs. Et le Chilcal, poussière de feuilles, poussière de plumes et poussière d'eau séchée, regarde indifférent mourir les chiscos.   

             Tous les oiseaux s'enfuient en poussant de grands cris et  ne trouvent pas l'ombre d'un mangal pour y cacher leurs nids.   

             Elle est terrible la soif qui dessèche la langue du moindre lézard, et les oiseaux  sentent leurs rêves flamber comme une blessure.   

             -Chilcal, pourquoi permets-tu que tes fils les traquent ainsi?  

             -Tais-toi, les temps n'ont pas encore changé. Mais lorsque le fruit mûrira, mes oiseaux auront pris des forces. Leurs plumes deviendront de cuivre, couleur de cuivre. Reprenant leurs chansons, ils sortiront de leur retraite, tous ensemble, comme une impénétrable tourmente de feuilles. Alors et seulement alors les chasseurs seront chassés, ( et eux, enfin, les poursuivants ) et toutes leurs armes brisées, et leur souffle pestilentiel  éparpillé dans les insterstices du sable.    

 

            Chilcal, Chilcal, rire de pierre, sache attendre.

 

  

 

   LEYENDA DEL CHILCAL

 

            En El Chilcal, los lentos pájaros chiscos parpadean en medio de la espina huyendo de las hondas y los perdigones Y  El Chical, polvo de hojas y polvo de plumas y polvo de agua secada, mira indiferente la muerte de los chiscos.

 Todos los pájaros escapan lanzando alaridos y no encuentran la sombra de un mangal para ocultar sus nidos.

 Es maldita la sed que hace secar la lengua de toda lagartija y los pájaros sienten arder como una herida sus sueños.

 -Chilcal, ¿por qué dejas así que a tus hijos acosen ? Di.

 -No hables: todavía no ha mudado el tiempo. Para cuando la fruta se sazone, mis aves serán fuertes.De cobre harán sus plumas,de su color. Cantando nuevamente saldrán de lo oculto, juntados todos, como una impenetrable tormenta de hojas. Entonces y sólo entonces los cazadores serán cazados (al fin, perseguidores) y todas sus armas rotas y sus alientos apestados dispersos en los resquicios de la arena.

 

Chilcal, Chilcal: risa de piedra; sabe esperar.

 

 

 

EGENDE DE NARIHUALA

 

            A Narihualá les fumées endormies sous la terre molle et rouge s'épaississent pour attendre des siècles durant la pluie qui adoucirait les tibias et les crânes du temps des pyramides d'argile. Les os veulent être argile, poudre couleur de chaux afin que pousse l'herbe. Les  squelettes qui rient veulent être poudre nourricière et oublier à jamais les couteaux d'or des prêtres emplumés et des monarques endiamantés aux yeux farouches et au teint sombre. Mais la pluie ne vient pas et la paix des morts se fait craquement de terre cuite et poussière de plumes d'oiseaux de mer. La nuit, Narihualá est une peau de tambour jamais déchirée par le vent, mais bien par les lueurs clignotantes du noir firmament. Narihualá, Narihualá. Oublie le temps des lacs que le sel irisait et les roseaux chanteurs où dansaient les cris des canards verts et noirs, assourdissant les dieux d'obsidienne et les brasiers sous la lune. Narihualá, Narihualá. Eternelles sont les heures millénaires où nul ne lave le sel qui bouche les pores de ton sol. Narihualá. Dors. Tout est passé et rien ne reviendra.    

           

            Ailleurs, un autre  royaume fait bruire une puissance de moteurs pour mourir à son tour, et pour qu'enfin tes os, Narihualá, puissent fleurir.

 

 

 

  LEYENDA DE NARIHUALA

 

 En Narihualá se espesan los humos dormidos bajo la tierra fofa y roja esperando siglos lluvia que suavice las tibias y cráneos del tiempo de las pirámides de barro. Quieren los huesos ser barro, polvo calizo para que nazca la yerba; las osamentas reílonas quieren ser polvo nutricio y olvidarse para siempre jamás de los cuchillos de oro de los sacerdotes emplumados y de los monarcas enjoyados de ojos fieros y de tez morena. Pero la lluvia no llega y la paz de los muertos se hace crujir de terracota y polvo de plumas de piqueros.Por las noches, Narihualá es témpano de aire jamás rasgado por el viento pero sí por los guiños aceitosos del firmamento negro. Narihualá, Narihualá. Olvida los tiempos de lagos irisados por la sal y las totoras cantadoras en donde bailaban los gritos de patos verdinegros aturdiendo a los dioses de obsidiana y fogatas bajo la luna. Narihualá. Narihualá. Eternas son las hora milenarias que nadie lava la sal de los poros de tus suelos. Na- rihualá. Duerrne ya. Todo ha pasado y jamás volverá.

 

En otro sitio otro reino cruje potencia de motores para morir también, y que por fin tus huesos, Narihualá, puedan florecer.

TLATELOLKO ( 1 )     

  

            Je vais éclater. Ici, criblés de milliers de balles, ici, par centaines, des morts. La pulpe de mes yeux se crispe et une douleur aiguë parcourt mon dos. J'ai envie de cracher au visage de la gaîté pour qu'elle dissimule ses belles carnations devant les langues flasques et assoiffées. Ville de pierre et de mariachis. Oui. J'éclaterai parce qu'il n'est pas digne de s'asseoir pour examiner ses pensées quand par les rues errent des veuves et se promènent des hommes qui zézayent, l'oreille ailleurs et les poches percées. J'ai le bout des cheveux prêt à  éclater. Ils tremblent, noires tripes exaspérées par les colères de l'insomnie. Ici fut le massacre. Là, sur ces dalles, auprès de ces arbres. Comment être en paix lorsque tous les jours les enfants ont le ventre qui gonfle et que leurs yeux assombris s'enfoncent, tout luisants de fièvre faute de la bouchée propice et quotidienne? Ici, ici ils étaient vivants. Non. Il est horrible de sentir que tes dents plient,  et que tu ne peux décoller tes doigts pour te défendre des toiles d'araignées qui s'enfoncent dans ta gorge et te font cracher des obscénités au milieu d'une journée où le soleil répand son huile brillante sur les feuilles vertes tandis que les oiseaux planent leur joie. Hagard, je vois ici le sang lavé, il y a onze ans répandu. Une ombre liquide étrange se coule dans mes veines pour infester mon souffle de hoquets gangrenés. Après avoir usé ses pieds sur cette place, ne plus jamais danser ou ne plus jamais caresser le rictus du vent et toujours sentir, ici, cette envie de fendre au couteau le visage du ciel qui te regarde dans sa fraîcheur d'azur. Dérision! Oh, cendres présentes en moi. Oui, j'éclaterai et je n'ai pas  sur cette terre un coin où abriter les lambeaux de mes nerfs. A chaque pas, assailli par le regard perdu pour toujours de 440 cadavres, à chaque borne une lèvre qui se tord en une grimace ankylosée, ô morts mexicains, à chaque recul une paroi garnie de pointes acérées qui me forcent à avancer vers l'abîme ou vers la lumière que mes yeux vivants remplis de brouillard devront supporter.

 

                                                                                                        Mexico, janvier 1980.

 

  1 ) La place de Tlatelolko est le théâtre le plus connu de la manifestation d'étudiants et des massacres d'étudiants et de paysans de l'été 1968 au Mexique. ( N. d. T. ).

 

   TLATELOLKO

 

 

Voy a estallar. Aquí por millares acribillados, aquí cientos, muertos. Se me crispa la pulpa de los ojos y un filoso dolor transe la espalda. Tengo ganas de escupirle el rostro a la alegría para que no me muestre los bellos carnosos ante la flacidez de las lenguas asedidas. Ciudad de piedra y charros. Sí. Estallaré porque no es noble sentarse a mirar los pensamientos cuando por las calles ambulan viudas y se pasean hombre seseando sus oídos idos y los bolsillos rotos. Tengo a punto de estallar la punta de los pelos que tiemblan negras tripa desesperadas por los cólicos insomnes. Aquí fue la matanza. En y sobre estas lozas, junto a esta arboleda. ¿Cómo estar tranquilo cuando a los niños a diario se les inflan los vientre y los ojos ennegrecidos se hunden abrillantados a falta de bocado oportuno y diario?. Aquí. Aquí estaban vivos. No. Es horrible sentir que se te arruguen los dientes y no puedes despegar los dedos para defenderte por las telarañas que se hunden en tu garganta haciéndote escupir obscenidades en medio de un día en que esparce el sol su brillante aceite sobre las verdes hojas mientras las aves planean su gozo. Sin sentido, aquí veo la sangre lavada hace 11 años derramada. Extraña sombra líquida se cuela entre mis venas gangrenando mi respiro en hipos infestados. Después de raspar los pies en est plaza jamás ya bailar o acariciar el rictus del viento y siempre aquí sentir estas ansias de partir con un cuchillo el rostro de cielo que te mira con su azul y fresco. ¡Burla!. Ah cenizas presentes en mí. Sí. Estallaré y no tengo un rincón en este suelo dónde cobijar los pedazos de mis nervios. A cada paso asaltado por la mirada perdida para siempre de los 440 cadáveres; a cada rincón un labio que se quiebra en mueca anquilosada, oh, muertos mexicanos, a cada recular una pared repleta de puntas aceradas que me obligan a caminar hacia en abismo o la luz que los ojos vivos repletos de neblina deberán soportar.

 

                                    

                                                                       México, enero 1980.

 

 


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