LUCE-ILE


 



UN FAIT DIVERS 

Je ne connaissais pas ce gamin de onze ans 
Qui vient d’être frappé par un fou du volant ; 
Il roulait à vélo sur la route asphaltée 
Quand un camion blanc est venu le happer. 

Le chauffeur éméché a manqué son virage 
Et perdu le contrôle durant le dérapage ; 
De plein fouet, l’enfant est tué sur le coup, 
Sur la chaussée, son sang se disperse partout. 

Je ne sais pas qui sont ses amis, ses parents, 
Et j’ai appris son nom simplement en lisant 
Ce matin mon journal… alors pourquoi ces mots 
Font monter malgré moi dans mon coeur ces sanglots? 





Les beaux jours d'une vie

Je me souviens si bien quand j'avais dix-sept ans!
Le présent trop pressé pour être à notre écoute,
Nous vivions les années sans goûter les printemps,
Demain venait trop vite et poursuivait sa route.

On dégustait l'amour en savourant l'instant,
Les baisers étaient doux et tendre la caresse,
Nos rires aussi beaux que les rayons chantants,
Mais de tous ces moments, j'ai oublié l'adresse.

Il me reste l'album de ces élans du cœur
Et parmi ces photos, un seul fil conducteur;
S'assemblent sous les yeux de mon âme ravie 

Les plaisirs partagés qui gardent leurs attraits.
Quand même un peu de gris couvrira les portraits,
On ne peut regretter les beaux jours d'une vie.



LA NUIT

Je suis là, percevant les élans de la nuit,
Elle qui n'est point seule et ne connaît l'ennui,
On voit tout son éclat quand la lune l'éclaire,
Dès que brille l'étoile en son ventre stellaire.

Elle dort tout le jour, vous l'aurez deviné,
Dans un lit doux et clair sans nous montrer son nez.
Je la laisse bercer ma fatigue, ma crainte;
Oui, quand parait la nuit, la clarté s'est éteinte. 

On croirait ce moment endormi sous les cieux;
Bien sur, l'obscurité a le souffle audacieux
Et sa vie bat si fort même au cour de l'opaque.

Chers ténèbres obscurs, comme flotte une barque,
Reposant sous la voûte, encre noire insomniaque,
J'entends battre les cours de ce soir ennuyeux.

 

SOUVENIRS D'AUTOMNE


Vois le vent comme il souffle et je sens la chaleur
D'un bon feu de foyer. J'ai vu ta porte ouverte
Mais je n'ai pas osé, il était passé l'heure.
Déjà le chien dormait sur un lit d'herbe verte.

Aujourd'hui mieux qu'hier, je suis de bonne humeur,
J'irai flâner encor vers la ferme déserte,
En traversant le pont qui mène à ta demeure,
Je reverrai les fleurs que tu m'avais offertes

Et le vieux banc de bois qui garde nos secrets.
Toi, tu le sais si bien qu'il restera discret,
Qu'il ne dira jamais ce que cachait ton cour.

Si j'entends le piano par la baie entrouverte,
Je saurai qu'il me faut porter ma peine ailleurs,
Tu conserves la clé de l'accès à ton cour.





Vingt fois sur le métier, je referai l'ouvrage! 
S'il me faut versifier comme le dit l'adage
Je recommencerai le travail exigeant.
À chaque fois tisser les mots intelligents.

Les beaux esprits dit-on, entre eux ils se rencontrent
Mais jamais rien ne dit si par un malencontre
Leur si belle harmonie résistera au temps,
Car l'hirondelle à son nid vient toujours au printemps ! 

Et pour la poésie, honni soit qui mal y pense
En tout bien tout honneur les poèmes de France
Ou ceux de ma patrie ouvrent les horizons,
Font le bonheur des uns tout au long des saisons.

Ce lieu est amical! C'est une vieille branche
Accueillant les oiseaux qui volent en nos nuits blanches.
Une main sur le cour, ce forum est ouvert
Au grand bonheur d'écrire, à la rime à l'envers !














J'AI VOULU PARTIR
 
 

Se sont fanées les fleurs et j'ai voulu partir,

Déjà l'été indien me faisait pressentir

Qu'il valait mieux quitter; j'ai marché vers la porte.

Aurais-je dû rester la jonquille étant morte?

 

J'ai bien enfoui la clef dans un buisson de houx

Et cela sans regret car le laurier jaloux

Dormait depuis deux jours, tout proche des boutures

Du géranium couché dans les combles obscures.

 

J'étais sur le perron, un pied dans l'escalier,

Le deuxième hésitant à quitter le pallier,

Le lilas de l'été enlisé dans l'argile

Restait indifférent à la scène tranquille.

 

Qu'importait les raisons car déjà je partais;

Il suffisait d'un pas, cette fois j'y étais.

Jamais plus se faner dans mes mains le pétale

Ni le voir engourdi par la neige hivernale.

 

Ô belle hémérocalle apeurée dans mon champ,

Je ne veux plus souffrir du frimas si méchant

Assassinant ton cœur puis meurtrissant tes teintes

Et je regrette aussi l'odeur de mes jacinthes.

 

Violette sauvage, as-tu voulu mourir?

Je ne vois plus du tout ton feuillage s'offrir

À l'iris pétillant de mon regard sensible,

Ton squelette est ici en ce boisé paisible.

 

Je vous écris d'auprès du foyer, en sursis.

Nul n'est point éternellement à la merci

Du temps cruel, intolérant et inflexible,

L'hiver aura sa fin et tout reste possible.

 

 

Les jours de mon enfance

 

Aux trop chaudes journées des mois de mon enfance,

Je courrais au ruisseau chantant, près du boisé.

Aussitôt dénudée, en toute indifférence,

Je goûtais ce plaisir qui savait me griser. 

 

Et d'un galet à l'autre, en petites enjambées,

Je goûtais la chaleur de mon jeune horizon,

Le soleil asséchait les gouttes dérobées

Au ru rafraîchissant de la belle saison.

 

Puis venait le repos à l'ombre du pommier

Je glissais dans un rêve écoutant le fermier

Qui coupait le foin d'août à l'agréable odeur.

 

Quelle douce chaleur je garde de l'enfance !

J'emplissais mon panier des joies de l'existence

Et j'y puise aujourd'hui encor de sa fraîcheur.

 


J'allais pour m'endormir jusqu'à la baie ouverte

Pour les voir s'amuser sur la voûte des cieux.

Brillantes par millions et chacune déserte

Tous ces mignons bougeoirs émerveillaient mes yeux.


Puis j'ai quitté ce cadre, y laissant mon enfance,

Et un nouveau décor s'est ouvert sur le soir.

Le ciel a conservé son éclatant silence

Mais l'étoile n'est plus le lumignon du noir.

 

Il suffit d'un effort puis de fermer la porte

Sur les pièces vidées quand le tison est froid.

Il suffit d'un adieu pour laisser l'ombre morte,

Qui donc pourrait douter d'un ciel au bout du doigt ?

 

La marmaille en voiture… il faut tourner les pages.

L'ennui est sur les murs quand partent les tableaux,

L'échelle du grenier fait de rondins sauvages

Ne pointait plus Véga.  À jamais tout est clos.

 

M'éloignant de la mer et de ma maison grise

Du pommier où j'allais pour y bercer mon cœur

Et du foin qui sent bon, j'ai fermé ma valise

Sur ces premiers émois pour m'assoupir ailleurs.

 

Engourdie de sommeil la cité d'or scintille

Par delà le grand pont qui mène à Montréal,

Je ne saisissais pas que tout ce qui pétille,

Qui brille ou qui endort ne peut être une étoile.

 

A L'OMBRE DU MOULIN 

Parfois quand il fait doux sur l'avoine et le blé 
Je me rends au moulin sommeillant près des pierres; 
C'est un lieu de repos d'où je vois défiler 
Le passé d'un meunier, survivant de la guerre. 

Mes pas résonnent sourds sur le plancher de bois, 
Reste une vieille meule encore bien vivante; 
Elle a moulu la vie tant de grains à la fois 
Qu'elle semble sourire aux pensées qui me hantent. 

J'ai l'envie tout à coup de me rendre au ruisseau 
Pour entendre son chant frayer entre les roches; 
Je vois le papillon quitter son arbrisseau, 
Un caillou vient gîter tout au fond de ma poche. 

Il avait dû planter juste au bout de son champ 
Une poignée de glands devenus de beaux chênes; 
Un bourgeon chaque année quand naissaient les enfants, 
Aujourd'hui la forêt en compte une centaine. 

Je vois la fin du jour glisser près du vieux pont, 
Ses planches ont perdu ce qui fait la jeunesse 
Mais je crois qu'il aimait voir voler les jupons 
Quand le son du violon entendait les promesses. 

La tranquillité s'étend sur l'horizon muet, 
C'est un instant de paix, un quiet paysage, 
Il ne me dira rien de ses tendres secrets, 
Mais il est un témoin à l'ombre du nuage. 

Tour à tour, le ciel pur cède sa place au gris, 
Le soir change l'aspect des êtres et des choses, 
De même la pensée se transforme en esprit 
Car ainsi est la vie. Au jour, la nuit s'oppose. 

Une peine en mon cour vient soudain m'écraser; 
Comme l'eau du pays qui caresse la rose, 
Quand la pluie du tonneau rend fragile à briser 
Une goutte de trop, il se peut qu'il explose. 

Je n'espère même plus un lever de soleil 
J'en oublie tout espoir. Mon âme indifférente 
Voit le vide dès l'aube; le couchant est pareil 
Insensible est mon cour tant ma joie est fuyante. 

Mais pourtant, j'ai aimé le dernier des printemps 
Ses rayons étaient chauds et sa brise rieuse; 
Trop ivre et trop pressé, s'est envolé ce temps 
Sans pouvoir retenir sa voix mélodieuse. 

J'ai pleuré, accusant l'injustice des cieux 
De ces cruels éclairs qui m'accablent sans cesse, 
Puis j'ai vu sur le chêne un rayon capricieux, 
J'ai pensé au trésor qu'est la vie, sa richesse. 

Chaque chêne a un nom, un coeur, une maison 
Il suffirait parfois que d'un peu de tendresse 
Pour que du fond des bois, vienne la guérison; 
Rêves! Aux quatre vents... dispersez ma détresse ! 

Lui tournant le dos, j'ai enfin dit adieu 
À ce beau mois de mai, à l'amour qui s'envole. 
Je revois la beauté du soleil radieux, 
La douceur de l'été m'apaise et me console. 
.. 
Les souvenirs donnent des ailes à mon cour, 
Faudrait-il au bonheur être aussi luciole? 

juillet 2003 


.. JE NE VEUX PLUS ...

Je ne veux plus que tu t'en ailles
Même si c'est pour revenir,
Ton absence est une muraille
Où se heurtent mes souvenirs.

Je ne veux plus que tu désertes
Par le chemin qui mène aux champs,
Mais je sens que la prairie verte
Sait te charmer mieux que mon chant.

Je ne veux plus voir que tu montes
Vers la montagne qui t'appelle ;
Chaque printemps, le temps des fontes
Elle t'enjôle et t'ensorcelle.

Je ne veux plus que tu me quittes
Pour retourner à ton enfance
Et chaque fois que tu médites
Je sais où ira ton silence.

Je ne veux plus, mais tu t'élances
Quand l'oiseau chante au fond des bois ;
Je ne dis rien mais ta présence
Est le plus chaleureux des toits.

Je ne veux plus sentir ce vide
Qu'au fond de moi je sens grandir ;
Tu sais que mon cour est avide,
Qu'il bat d'un unique désir.

Je ne veux plus attendre encore
Tes mains caressant mes cheveux;
La nuit soupire après l'aurore
Tandis que tu oublies mes vœux.

Je ne veux plus mais j'y renonce,
Tu peux partir si tu reviens
Et j'attendrai que tu prononces
Tous ces mots qui me font du bien.

... Je ne veux plus ... Je ne veux plus ...
Je ne voudrais jamais te dire
Qu'un jour "si tu meurs, je te tue"...
Je ne veux plus mais je soupire.

18 juillet 2003



JE SAIS...

Je sais que si je pose
Quand se pointe la nuit
Mes épines de rose
Sur ton solide appui
L'épaule où je repose
M'offrira son abri.

Je sais combien sensibles
Sont tes veines où ton sang
Transporte l'invisible
De ce que ton cœur sent;
La montagne impassible
A toujours deux versants:

Un côté est à l'ombre
Mais l'autre est au soleil
C'est trop clair ou trop sombre
Jamais rien n'est pareil
L'étoile et la pénombre
S'effacent au réveil.

Je sais la douce étreinte
Et toute la douceur
L'harmonie en les teintes
Du regard de ton cœur;
Tu connais la complainte
Plaisant à mon bonheur.

Tu sais si bien la souche
De mes secrets désirs;
Le baiser de ta bouche
Sur la mienne est plaisir
Et ta main sur ma couche
Glisse et me fait languir.

Oui, je sais que si j'ose
T'ouvrir avant la nuit
Les mots dont tu disposes
Longtemps passé minuit
Sur mes paupières closes
En chasseront l'ennui.

Mai 2003 



VIENS ...                               

Viens, pose ta main sur mon cœur,
Sens comme il vibre à cette étreinte.
Du bout de tes doigts enchanteurs
Fait disparaître toute crainte.

Et si tu glisses vers mon sein,
Si tu ressens malgré la soie
L'agitation quand tu le ceins,
Reste un peu et berce ma joie.

Peut-être que ton doux regard
Viendra sur mes courbes jalouses,
Ta chaleur frôlant au hasard
S'attache à mon corps et l'épouse.

Ton murmure sait imiter
L'oiseau amoureux qui roucoule,
Ce chant au goût d'éternité
Autour de mes hanches s'enroule.

Même s'il y a sous les cieux
Une infinie volée d'étoiles,
Une brûle au fond de tes yeux
Quand soudain coulisse mon voile.

Sur la carotide du cou
Ton souffle soupire et frissonne,
Ce zéphyr tendre, même un peu fou 
M'enlace et moi, je m'abandonne.

Tandis que je sens m'envahir
Ta tendresse, mon corps s'enchaîne 
À la voile de ton désir ;
Toi seul réconforte ma peine.

mai 2003


À travers les courants et les nombreux récifs
De la farouche mer, se faufile la chaîne
D'un récit au sang clair. Retenus captifs,
Les yeux des flots gourmands ont retenu la scène.

La mort toujours à bord, l'esquif tangue et gémit
Sous le poids des horreurs, le morbus se propage;
Les marins épargnés par cette épidémie
Conduiront à bon port le restant d'équipage.

Pour avoir survécu par quelque étrange hasard
Les premiers habitants établissent leur gîte 
Sur les bords du fleuve. Si la neige et blizzards 
Gèlent l'extérieur, dans l'âtre un feu crépite.

Ce n'est pas Caboto, ni Cartier, son suivant
Ni même les Vikings qui en furent la souche;
Il fallut au pays tous les sanglots du vent,
L'ardeur des habitants, pour qu'un jour, il accouche.

Mais au cœur de ces gens vêtus de pauvreté
Il s'y trouvait toujours un soutien, une force.
Aucun de ces héros n'aurait pu regretter
Car l'espoir faisait d'eux ce qu'est l'arbre et l'écorce.

Les sillons de la terre ensemencés de grains
Ont formé un levain faisant lever la pâte;
Le blé de ses champs a nourri de ses mains
Les douzaines d'enfants qui sont nés à la hâte.

C'est ainsi qu'est formé le drapeau canadien;
L'un français, l'autre anglais, la lutte est sans clémence,
Attaquant les tribus, décimant les indiens 
On a vu s'établir une Nouvelle France.

La devise aussitôt devient "Je me souviens…
Que je suis né dessous le lys de la France
Mais qu'aussi j'ai grandi sous la rose carmin"
Et nos jours ont fleuri au milieu des nuances.

Pour construire un pays, il faut joindre les mains
Les remplir de courage, disperser les semailles.
Dans le nid des amants, jailliront des demains
Qui viendront recouvrir le cri de leurs entrailles.

Cimetières, vos morts ont forgé mon pays
En travaillant son sol pour chercher la richesse.
Ils auraient bien voulu enterrer les fusils
Pour que paraisse autour un monde sans détresse.

Mars 2003 




HORIZON CHAMPÊTRE 

Tout au bout du chemin, une simple chaumière 
Est si bien camouflée qu'on ne peut l'entrevoir 
À moins d'être guidé par la douce lumière 
Qui perce entre les pins à l'approche du soir. 

Tranquillement perchée sur sa haute colline 
C'est son toit de chaume qui se pose au regard 
Sous les traits dépouillés d'une intime chaumine; 
Ce rustique palais est logé à l'écart. 

Pas même un paysan pour troubler cette scène, 
Juste quelques moutons pour donner au tableau 
Une touche de paix. Pourtant une âme humaine 
Rôde sur ces vallons, écoutant les bouleaux. 

Pour entendre l'écho de ce fidèle oracle 
Suffit de l'entourer comme s'il était un cœur 
Et placer en sa main lui servant d'habitacle 
La foi dans un demain où s'aimeront les fleurs. 

...........


HÂLO 

La lueur du falot, furole suppliante, 
Les ombres la suivront jusqu'au seuil du logis. 
Tout le foin bottelé sur les buttes mouvantes 
Frémissait tendrement sous le vent de la nuit. 

Un bouquet bien lié de lierre sauvage 
Débordait de son sac aux attaches de cuir 
Et son livre usagé témoignait du voyage; 
C'est pour mieux respirer qu'elle avait dû venir. 

La montagne embrassait de ses vastes épaules 
La violence du monde et son souffle malsain. 
Elle offrait en passant le parfum qui nous frôle 
Pour combler les désirs d'une vie en son sein. 

Ce n'était qu'un relais, un retour à l'aurore 
Pour lisser un instant tous ses traits soucieux 
Mais elle en aspirait par chacune des pores 
Le goût doux et sucré d'un envers radieux. 

...........


BRASIER 

C'était plus qu'un plaisir dont elle avait l'adresse 
Elle sentait les attraits, en humait la saveur. 
L'abri nu de son val la comblait de tendresse… 
Mais elle avait un lit un peu seul et rêveur. 

La porte refermée, elle attisait la flamme 
Et brûlait ses soupirs dans l'âtre du foyer 
Croyant qu'il est aisé pour le cœur qu'on affame 
De ne croire les vœux qu'on essaie d'oublier. 

Les paupières baissées pour questionner son âme 
Elle sentait bien qu'un feu lui brûlerait son corps 
Sitôt que souffleraient les tisons qui enflamment. 
Les rêves sont-ils fous de s'endormir encor? 

Les mirages s'ennuient quand ils viennent à l'aube 
Un songe fait la nuit, son ciel est illusion. 
Les jours sont utopie si les étoiles y rôdent 
On peut voir le soleil sans croire à l'évasion. 

Mars 2003
...........

Tête à Tête

Comme il fait bon parfois quand le soir s'attarde
D'échanger longuement avec l'âtre et son feu.
Un mélange savant de deux bleus qui bavardent;
L'un ardoise du ciel, l'autre océan soyeux.

Je pose le regard sur tes vives paillettes
Et j'envie à ta flamme son miroir sémillant.
Au milieu des éclats d'étincelles muettes
Je vois que ton cœur est resté pétillant.

À sentir ton ardeur et ta belle éloquence
Je retiens tes propos; ils sont aussi brûlants
Que ta braise embrasée en ce lieu de silence.
Il me tente soudain de toucher tes élans.

Puis j'entends la rumeur; ta chaleur va s'éteindre
Le froid étouffera chacun de tes tisons
J'aurai beau te souffler, essayer de t'étreindre
Tu seras engourdi, tes ailes en prison.


Tu es l'heure que j'aime et j'écoute ton âme
Mais celle qui résonne au milieu des lueurs
C'est la mienne agitée se mêlant à tes flammes;
Et toujours un peu bleue est la flambée du cœur.

février 2003



LE VASE

 

Sur un coin de la table au verni effacé

Un vieux vase dort, l'anse fêlée n'est plus

Tout à fait solide mais la brèche n'est rien,

J'ai scellé l'interstice et le bord ne fuit plus.

 

C'est un pot fragile, son modèle est ancien

Et sa forme élancée rappelle l'innocence

D'un tableau sans bouquet ou d'un champ sans le sien,

Il est rempli d'ennui, vidé de son essence.

 

D'une terre d'argile en des mains façonné

Peu à peu préparé pour recevoir les fleurs

Sauvages des jardins que l'on a délaissés

De même les pensées de toutes les couleurs.

 

Il était le témoin tout autant de naissances

Que de tristes chagrins ou même d'abandons

En ses pores de glaise on retrouve l'absence

Tant d'espoirs et  d'aveux que de touchants pardons

 

J'ai pris dedans mes mains ce bout d'humanité

L'écoutant me confier un peu de son histoire

Soudain j'ai eu envie d'un peu d'infinité…

D'une larme, humecter ce drôle d'auditoire.

 

Mais je l'ai reposé sur sa dentelle usée

Tout près de la fenêtre où il aime flâner

Je l'ai même garni de fleurs apprivoisées

Puis j'ai tourné le dos, c'est assez de traîner!

 

Janvier 2003

                     ...........


J'ai marché sur son dos
À l'instant où la lune
Dépose son radeau
Sur l'immobile dune.
 
J'ai laissé sur sa peau
La trace d'une empreinte
Sur ce lisse repos
S'étale mon étreinte
 
Quand gémissait son corps
Mes pieds sur ses hanches
J'effleurais ses accords
En foulant l'herbe blanche
 
Son front, comme un étang
A des sillons tenaces
Les rameaux,  s'arc-boutant
Sont tapissés de glace
 
J'ai marché sur son dos
Vous raconte ma plume
J'abaisse le rideau
C'était un soir de brume.
 
Janvier 2003

LE VASE

Sur un coin de la table au verni effacé
Un vieux vase dort, l'anse fêlée n'est plus
Tout à fait solide mais la brèche n'est rien,
J'ai scellé l'interstice et le bord ne fuit plus.

C'est un pot fragile, son modèle est ancien
Et sa forme élancée rappelle l'innocence
D'un tableau sans bouquet ou d'un champ sans le sien,
Il est rempli d'ennui, vidé de son essence.

D'une terre d'argile en des mains façonné
Peu à peu préparé pour recevoir les fleurs
Sauvages des jardins que l'on a délaissés
De même les pensées de toutes les couleurs.

Il était le témoin tout autant de naissances
Que de tristes chagrins ou même d'abandons
En ses pores de glaise on retrouve l'absence
Tant d'espoirs et d'aveux que de touchants pardons

J'ai pris dedans mes mains ce bout d'humanité
L'écoutant me confier un peu de son histoire
Soudain j'ai eu envie d'un peu d'infinité.
D'une larme, humecter ce drôle d'auditoire.

Mais je l'ai reposé sur sa dentelle usée
Tout près de la fenêtre où il aime flâner
Je l'ai même garni de fleurs apprivoisées
Puis j'ai tourné le dos, c'est assez de traîner!

Janvier 2003

 

Saule dans la tourmente 

Le vent a tant soufflé
Qu'il a plié le saule.
La pluie l'a tourmenté,
Lui a brisé l'épaule.

Autour, l'ouragan frôle,
Sans être désolé,
La perte de contrôle,
Il va tout décimer.

Fixée au toit de tôle,
La gouttière a grincée,
Aucun chat n'y miaule,
La cour est désertée.

La nuit, longue à passer,
Gémissements et pleurs,
La nature, épuisée,
Fait face à la douleur.

Presque déraciné,
C'est un saule pleureur,
Qui vient d'être éventrer,
Qui sous mes yeux, se meurt.

Septembre 2002



Le désert 

La nuit, dans le désert, seule la lune brille
Sans nuage est le ciel, sans poussière d'étoile!
Sur les rocs les plus hauts, cette Belle scintille
D'un éclat radieux que ne couvre aucun voile

Dans le désert, la nuit, le silence est sans bruit
Et l'on sent les soupirs de ces lieux désertés.
C'est un bout d'univers où la vie se blottie
Dans des tiges charnues, au coeur des cactacées .

C'est d'un vide trop plein, un espace de rien,
Le trépas étendu, un néant nu, sableux .
La mort rôde partout, s'infiltre entre les grains...
La nuit, le désert est un abîme sans creux.

Sur cette aride mer où rôde la magie,
où flotte l'inconnu, où flâne le mystère,
L'on se sent si petit, si frêle et démuni
Qu'on croit le paradis ailleurs que sur la terre !

L'inspiration 

Pour composer rimes et vers
Bien sur il faut l'inspiration.
Tous les sujets de l'univers
Sont prisonniers de l'émotion.

Le souffle de cette chaleur
Recouvrant le cœur de la muse
Utilise les mots du cœur
Pour peindre un regard de Méduse.

La science n'est pas la passion
Et ses mots sont sans nulle grâce.
Le talent sans motivation
Est une verve peu loquace.

Et si la beauté d'Apollon
Fait de la plume une déesse,
En rêve, ce bel étalon
Inspire aux vers un peu d'ivresse.

Pour retrouver ces sensations
L'âme du luth, de la mandore
Se mêle à la respiration;
D'un soupir va naître l'aurore. 

Dans l'haleine de cette bise
Dans le reflux de ce frisson
Sur ces instants je vaporise
Mon indécise inspiration.

Octobre 2002

Que reste-il 

Que reste-il des jours où la douce lumière
Éclairait la nature et ses boisés prospères
Sur le même sentier, feuillages rougissants
Recouvrent les vallons où j'allais en flânant

Et parlant aux ruisseaux, assise en solitaire
Pour leur dire à jamais de ma berge de terre
Que d'un feu si brûlant je t'aimais pour toujours
Que mon cour et mon corps te voulaient tour à tour.

Et de tous nos amours cachés dans la bruyère
Sous les nuages flous de la voûte d'antan
Nos vieux corps à cette heure n'ont d'allure si fière

Qu'en nos jeunes années, qu'en nos naïfs printemps
Mais nos lignes de mains en duo s'entrelacent
Du passé, reste encor de s'aimer tendrement.

Décembre 2002
Luce-Ïle : luce_ile@videotron.ca

©Lucille Lavoie



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