Charly Lellouche

 

 




L'ISOLE 

Mais que veux- tu de moi ? Je ne suis rien qu'une ombre ; 
Qu'on ne me compte pas, je ne suis pas du nombre, 
Un paria de plus, à peine un vagabond, 
Nuée parmi les nues, perdu, à l'abandon. 

Que cherches-tu ainsi, je ne sais si j'existe, 
Qui suis-je à ce bas monde, un nom sur une liste, 
Les siècles sont passés et tant d'individus, 
Un quidam, un de plus, ignoré et reclus. 

Tout seul et isolé, sans jamais de compagne, 
Je ne sais que l'oubli, bien pire que le bagne, 
Même les animaux ont parfois un ami, 
Moi vois-tu je suis seul, pas même un ennemi. 

Y a-t-il plus profond que le fond de mon âme ? 
Nul ne prendra le temps de connaître mon drame. 
Je ne suis qu'un passant, un inconnu à nu 
il y a des gagnants, en naissant j'ai perdu. 

12 Octobre 2004 


 

 


 
Avec le cri des cormorans

Avec des châteaux en Espagne,
Des forêts de mâts de cocagne, 
Millions d'oiseaux en migration,
Et puis le cri des cormorans.
 
Avec des rivières en crues,
Des rives englouties, disparues,
En mer  des bateaux par le fond,
Et sourd le cri des cormorans.
 
Avec le vent qui tourbillonne,
La pluie, le tonnerre qui tonne,
Des  marins courant sur le pont,
Toujours le cri des cormorans.
 
Avec des montagnes de vagues,
De l'eau qui s'abat en cascades,
Des  corps mourant dans l'océan,
Et seul le cri des cormorans.
 
21 Septembre 2004

 

 

 

 


Guerrier de l'autre rive 

Cavalier de la mort, contre qui tu t'acharnes ? 
Pourquoi ce goût du sang et pourquoi tant de hargnes ? 
L' esprit est-il en paix quand le corps est en guerre ? 
Qu'as-tu fait du pays et que t'a fait la terre ? 

Guerrier de l'autre rive, ici tu pouvais naître, 
J'aurais été ton frère et nul esclave ou maître. 
Pourquoi cette frontière, aux contours si abstraits, 
Te fait-elle cruel, défigurant mes traits ? 

Qui de nous a raison aux bruits des cavalcades ? 
Qui de nous périra au pied des palissades ? 
L'avenir incertain va décimer les corps, 
Jusqu'à ce que les rois décident de nos sorts. 

Si un jour toi et moi atteignons le bel âge, 
Quand l'horloge des ans aura tourné sa page, 
Tant de braves sous terre et tant de disparus, 
Nous serons bien fourbus, héros, mais rien de plus. 

Mai ? au 15 Juillet 2004 

 

 

 

 

 

Voudrais-tu, s'il te plait, convoler en mes nuits, 
Petit paon qui parfois vient troubler mes ennuis,
Tu es ce papillon qui,  dès le soir volette,
Pour venir papoter tel une midinette.

Tu  tournes sans arrêt dans le flot lumineux,
Ma lampe de chevet tu en as fait  tes feux,
Pour qu'enfin je contemple, aux éclats de ta robe,
Tes  peintures de roux et que ton jaune enrobe(1).

Tu te cognes parfois aux  bords de l'abat-jour,
Je sais que tu le fais quand je lis, me fait sourd. 
À tes charmes alors, bien sur je m'intéresse
Et tu te fais frivole et  d'aile me caresse.

Mais le sommeil arrive et la lampe s'éteint,
Je  te sais dépitée et, traçant ton chemin,
Tu sors par la fenêtre et tu t'en  vas, coquine,
Voir un autre poète à l'âme qui butine.

30 Juillet  2004

 

 

 

 

 

Serment d'infidélité 

Je te fais le serment toujours et à jamais, 
Devant les policiers, les juges et préfets, 
Je te le signerai devant tous les notaires, 
Et j'irai dire oui devant Messieurs les maires. 

Je produirai les faits, des amis à témoins, 
Je prendrai arguments de nos plus et nos moins, 
Je ferai comparaître amantes et maîtresses, 
J'amènerai aussi les plus fourbes traîtresses. 

Je prendrai contre moi d'infâmes procureurs, 
Un avocat vénal plaidera mes horreurs, 
Je veux que tu me crois sans nulle autre querelle, 
J'avoue et te le jure, oui je suis infidèle. 

5 Juillet 2004 





Paris a une drôle de dégaine, 
Un génie en est parti, 
Peu à peu la scène s'égraine, 
Reggiani s'en est enfui. 

Paris fait une drôle de tête, 
Et on l'a peint en gris, 
Il s'en est allé le poète, 
C'était hier vendredi. 

Paris perd ses champs de batailles, 
Que "Les loups"(1) ont envahi, 
Lui il dénonçait les canailles, 
Entrant par Issy ou Ivry. 

Paris a perdu son rebelle, 
Il a chanté Moustaki, 
Que sa "Liberté" était belle, 
Et que la mort lui ravit. 

Paris, il t'a lu cette lettre, 
Qu'avait chanté Mouloudji, 
"Le déserteur" anti-guerre, 
Que Boris Vian a écrit. 

Paris tu pleuras la défaite, 
Du "Petit garçon"(2) transi, 
Sa mère partie en conquête, 
Et la maison sous la pluie. 

Paris, tu as gardé tes larmes, 
À "La femme dans son lit"(3), 
Malgré parfois tes sarcasmes, 
Ils s'unissaient dans la nuit. 

Paris qu'il a mis en bouteille, 
Il t'aimait plus qu'une amie, 
Et le voilà qui sommeille, 
Reggiani s'est endormi. 

24 Juillet 2004 

 

 

 

 

 

 

Écriture

J 'ai eu beau écumer les vagues et les ondes, 
Parcourir les éthers, les astres et leurs mondes, 
M'abreuver d'oasis dans les sables déserts, 
Rien ne m'évade autant que d'écrire des vers. 

J'ai eu beau dans les cieux décrocher les nuages, 
Braver toutes les mers, fouler autant de plages, 
Défier tant les vents, les laves d'un volcan, 
Rien ne m'attise autant qu'une page océan. 

J'ai eu beau découvrir en de nombreux voyages, 
Des villes ou pays, les vestiges des âges, 
Des paysages verts, tant de sceaux et de signes, 
Qu'y a-t-il de plus beau que le défi des lignes. 

02.06.2004


 

 

 

France je vais partir

France je vais partir, pourtant si tu savais 
Comme j'aime tes parcs, tes villes, tes villages, 
La verdure des champs et l'odeur de tes prés, 
Chacun de tes trésors en tous tes paysages. 

France je t'ai aimée, au delà des parcours, 
Comme on aime une femme et respecte sa mère, 
Pourtant je vais partir, en profonds désamours ; 
Face à l'indifférence en nos cris de colère. 

Terre de liberté où on vient agresser, 
Quand on porte à son cou six branches d'une étoile, 
Et la fraternité ? Quand on vient insulter 
Un gosse en son école, en respectant le voile. 

Ma France je m'en vais, pourtant j'écris en vers 
Et j'ai fait du théâtre en langue de Molière, 
Tu le sais en ton cœur, ta toile d'univers, 
Je l'ai peinte en mes mots et gravée sur ma pierre. 

France je vais partir, et toi tu le sais bien 
Comme j'aime Paris que j'ai mis en mes lignes, 
En chaque coin de rue j'y ai tissé un lien, 
Ses places, monuments , Montmartre et ses vignes. 

Pourtant je vais partir pour un nouvel exil, 
Mais c'est bien le dernier, vers ma Terre Promise ; 
Tu sais, ne t'en fais pas je garderai ce fil, 
Qui reste au fond de soi quand on se dépayse. 

23 Avril 2004 

 

 

 

 

Portrait : ils dansaient

La musique était belle, en sonorités slaves, 
C'était au changement, station Châtelet, 
Les instruments portaient et les voix étaient graves, 
Alors, comme attiré, je me suis approché. 

La foule des badauds avait repris leurs hymnes, 
Les quatre musiciens étaient en contrebas, 
Et je les vis danser, ils en étaient sublimes, 
Un couple de touristes égrainait quelques pas. 

Emportés par le rythme, en envolées graciles, 
Ils en virevoltaient, de vrais professionnels, 
Ils riaient à tue-tête, heureux et très habiles, 
Le spectacle était là, en instants éternels. 

C'était comme fusion des danseurs et l'orchestre, 
Et on ne savait plus où porter le regard, 
On avait l'impression d'une scène rupestre, 
Que j'aime ces portraits que m'offre le hasard. 

5 Avril 2004 

 

 

 

 

 


Être une clope

J'aimerais être une clope dans le fond de tes poches,
Quand, ta main me cherchant, en chaleur de ton corps,
Tu me fasses ainsi naître et qu'à moi tu t'accroches,
Serrée entre tes doigts, en tes plus beaux accords.

J'aimerais être une clope et vivre entre tes lèvres, 
En baisers sensuels et si voluptueux,
Car, si jamais un jour du tabac tu te sèvres,
Qu'au moins je garde en moi la brume de tes yeux.

J'aimerai être clope en mégots que tu jettes
Et mourir à tes pieds, de toi me consumer,
Le dernier du paquet d'ultimes cigarettes,
Portant en inscription " Fumer va te tuer ".

 

 

 

Dis - moi ...

Dis-moi qu'on est accros, redis que je te manque,
Dis-moi que tous les deux nous sommes inconscients,
Redis que notre histoire est comme cette jonque
En notre mer de Chine et ses extrêmes orients.

Dis-moi que l'on s'enchaîne, esclaves en galères,
Redis que je t'entraîne où jamais tu n'allais,
Paradis et Enfer, à perdre nos repères,
Redis-moi qu'en ce jour tu m'ouvres tes palais.

Barrières ou interdits ne sont que des chimères,
Dis-moi que c'est trop long d'attendre une journée,
Redis-moi s'il te plait, qu'au venin des vipères,
Je suis ton antidote, qu'avec-moi tu es née.

Dis-moi. non ne dis rien, juste soyons silences
Redis-moi tes caresses qui n'ont besoin de mots,
Tous ces effleurements qui sont nos indécences,
Dis-moi encore une fois que nous sommes accros.

7 Mars 2003

 

 

 

 



Manque d'inspiration

Imaginez qu'un jour votre plume se taise,
Que l'encre soit tarie, que la flamme soit braise.
Imaginez les blancs en votre cahier mort,
Le regard dans le vide et comme un coup du sort.

Imaginez la nuit et pas trace de muse,
Plus rien qui vous inspire aucun mot qui ne fuse.
Imaginez de voir des autres les écrits
Et en vous que du morne ou à peine du gris.

Imaginez vos yeux posés sur votre page
Pas un son, pas un bruit ni même un cri de rage.
Imaginez la vie sans plus de calembours,
Ni jalousie, ni haine et fades désamours.

Imaginez le lac sans plus rien qui vous marque,
Pas de cygne qui danse au tracé d'une barque.
Imaginez la rose embaumant le matin,
Et vous qui l'ignorez et elle en son dédain.

Imaginez qu'un jour, au réveil d'un rêve,
Vous recherchiez en vain que le soleil se lève.
Imaginez enfin, avant qu'il ne soit tard,
Que vous soyez muet, vous qui étiez bavard.

23 Décembre 2002

 

 

 

 

 

Offerte 

Le poète a volé tes battements de cœur
Puis il a effeuillé tes pétales de fleurs,
Fracassé les barrières et toutes tes limites
Et tu as succombé au rythme de ses rites.

Il a su t'entraîner dans la magie des mots
Et, comme le seigneur réclamant son écot,
Ton pagne a fait glisser au marché des esclaves,
Tu t'es offerte à lui, défaisant tes entraves.

Cette complicité, au charme raffiné,
Est comme un tourbillon de ton corps raviné,
Tu t'es faite abandon en notre soir d'orage,
Mais surtout promets-moi de ne pas être sage.

On dit qu'aux battements d'ailes du papillon,
Un tremblement de terre embrase le Japon,
Tes tremblements de fièvre au brasier de ton cœur,
T'on faite ce volcan qui sait être impudeur.

18 Décembre 2002 

 

 

 

 

 

Pour Rien 

Vendez moi du rien faire avec du sert à rien,
Un panier de paresse à me faire du bien,
Ajoutez-y du vent, des pensées vagabondes,
Cet espèce d'envol faisant le tour du monde.

J'achète tous les trous et les sans-intérêts,
Soldez-moi donc les vides avec vos à-peu-près.
Vous ne manquez pas d'air, mettez-en plus d'une once;
Vous allez bien m'offrir vos parterres de ronces ?

Je prendrais, s'il vous plait "le troisième gratuit",
Des rayons de soleil et un soupçon de nuit.
Voulez-vous me donner un bonjour ou sourire ?
Alors je les rendrais en mes parfums de myrrhe.

Ça vous coûte si peu, merci des compliments,
Le clown en son habit vit d'applaudissements,
Allez, tendez la main à celui qui trébuche,
Et si vous le voulez, aux pauvres de Coluche.

9 Décembre 2002 

 

 

 

 

 

Cours de la Méduse 

D'abord qui ne connaît cet animal des mers
Un brin gélatineux, translucide et pervers,
Il vous ferait l'aimer en ses formes d'ombrelles,
S'il n'offrait tentacules et brûlures charnelles.

Il est bien sûr aussi un célèbre tableau
Attribué au Louvre au peintre Géricault,
D'un bateau qui sombra, "Radeau de la Méduse",
Seuls quinze en réchappèrent à être ici nos muses.

Qui d'entre nous un jour ne fut paralysé
Sans autre mouvement et comme médusé,
Évènement soudain et qui nous interpelle
Une peur, terreur ou mauvaise nouvelle.

La déesse Athéna, dans la mythologie,
Jalouse de Méduse, effet de sa magie,
Affubla cette monstre au regard pétrifiant,
D'une tête effroyable aux cheveux de serpents.

Moi je veux bien, un jour, que le hasard amène
Les yeux ensorceleurs d'une jolie sirène,
Si elle porte ombrelle au fil de mon radeau,
J'en ferais aquarelle et que brûle ma peau.


Un jour vous vieillirez et viendront les ridelles, 
Votre beauté d'alors contée sur les margelles 
Sera une autre histoire, sera d'un autre éveil, 
Votre voix éraillée guettera vos sommeils. 

Comblée par le passé, lorsque vous serez lasse, 
Vous Vieillirez


Vous foulerez les prés de tout le temps qui passe, 
Vos souvenirs parfois vont vous faire défaut, 
Vous mêlerez en vain le vrai avec le faux. 

Vous aurez, j'en suis sûr nombreuse descendance 
Mais ils ne viendront plus en votre décadence; 
L'aïeule décatie et qu'afflige le soir, 
Les enfants d'aujourd'hui ne viennent plus les voir. 

Quand, tout autour de vous, vous verrez que l'on plombe 
Une à une les dalles d'êtres couchés en tombe, 
Vous ne compterez plus vos adieux ni vos pleurs, 
Vous n'irez même plus leur apporter vos fleurs. 

Sans plus de compagnon lorsque vous serez seule, 
Vous attendrez la nuit quand vous brise la meule 
Qui, petit à petit, broie vos os de douleur, 
Vous vivante aujourd'hui mais qui déjà se meurt. 

19 Novembre 2002 

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Rêves d'évasion

Au dessus des nuages et de tous les courroux,
Comme une onde infinie aux flots du ciel azur,
Alors que sur la terre un monde est à genoux,
Je me laisse voguer en l'éther le plus pur.

Bruissement des eaux claires en mes torrents sauvages,
Ombres et lumières mêlées, lueurs ou crépuscules,
La glèbe où je suis né, aujourd'hui n'a plus d'âge,
Le temps s'est estompé en vol de libellules.

Silence assourdissant, sans nul frémissement,
Souffle d'air caresses comme un enfant qui joue,
Une feuille d'automne en étourdissement,
Tourbillonne taquine et effleure ma joue.

L'écorce d'un mélèze un peu comme une peau,
Me couvre d'une armure abri de la froidure,
Évasion ultime, exaltation du beau,
Mon âme se délasse aux plis de la nature.

14 Novembre 2002

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Lion au crépuscule

Fier sur son piédestal et comme imperturbable,
Le seigneur de la jungle un regard vers le ciel,
Voit décliner le jour, comme coule le sable.
L'astre d'or s'en va mais lui semble éternel.

La patte nonchalante accrochée au rocher,
L'une et l'autre sculptés dans le même granit,
Crinière dont le feu s'est mêlée au brasier,
Le Roi Lion est noble et culmine au zénith.

S'il fallait donner corps au mot sérénité,
Qui mieux que lui sur terre en donnerait l'image ?
Et s'il fallait un règne aux murs de nos cités,
Il serait le modèle au plus sage des mages.
28 Octobre 2002 
Note : sur un tableau de Maryline BARD, 
découvert sur le site Les Poètes

 

 

 

 

 

Quand la nature gronde

 C'est un magma infâme en laves de ruisseau,
Il brûle en son brasier jusqu'au dernier roseau.
La nature alentour s'est faite meurtrière,
Qui peut donc résister au volcan en colère ?

Même la terre autour, apeurée est tremblante,
Complice ou victime elle s'ouvre béante,
Emportant en son sein des tonnes de gravats,
Là où l'enfant vivait, là où l'homme rêva.

Une école écrasée et des mères en pleurs,
Là un homme est sauvé, là un gosse se meurt,
Désespoir et attente, et ce cri qui me hante,
Un père sauveteur, devenu fou, qui chante.

Le spectacle est dantesque en ses feux de fournaise,
Et plus rien ne résiste en ce monde de glaise.
Quand les morts seront morts, au retour des oiseaux,
On vendra des photos, on peindra des tableaux.

La bouche du Vésuve se referme et s'apaise,
Elle ne gronde plus, ne crache plus ses braises.
Le monde a oublié; de Pompéi en ruines,
Il reste une légende et repoussent les vignes.

29 Octobre 2002

 

 

 

 A l'encre de ma plume

   
Comme un marin navigue, fier sur son voilier,  
Avec le vent du large pour unique geôlier,  
Comme un rebelle en fuite laisse la société  
Parcourant les chemins pour vivre en liberté,

Comme un pur sang sauvage ne connaît nul maître  
Depuis qu'on l'a vu naître et jusqu'à disparaître.  
Je veux dire mes mots sans chaînes, ni entraves,  
Pour d'aucune contrainte n'être jamais l'esclave.

Comme naît le diamant dans le cœur de la terre,  
Pour le faire parure en ce monde de verre,  
Comme déclame un texte, l'acteur sur les planches,  
Pour nous faire croire aux rêves, tours sortis de sa manche,

Comme une drogue enivre celui qui désespère,  
Forgeant là dans sa tête un nouvel univers,  
Je veux dire de mes doigts que ce monde est malices,  
Rideau de la nature et d'illusions factices.

Comme une main d'orfèvre cisèle feuilles d'or,  
Pour en faire joyaux aux éclats de nos corps,  
Comme un vieil artisan qui burine son bois  
Pour que naisse l'objet qui portent sceau des rois,

Comme senteurs de pain au four des boulangers,  
Exhalent les matins à l'heure des bergers.  
Je veux tremper ma plume à l'encre la plus pure  
Pour pouvoir graver les mots de cette épure.

27 Janvier 2002

 

 

 

 


A ma fille Audrey, Peine d’amour

Combien de larmes, combien de peines,
Combien de rires qu'on a éteint,
Combien de nuits, combien de haines.
Combien de plaintes et de chagrins.

Ne pas montrer, image qu'on donne,
Sourire aux autres même le cœur gros,
Pour oublier, pour qu'on pardonne,
Seule dans la vie sans un seul mot.

Et pourquoi ce sort qui s'acharne,
Pourquoi ces souffrances aux meilleurs.
Où sont les rêves qu'on incarne,
Rien que des chutes, rien que des pleurs.

Tu es mon amour mon enfant,
Tu es ma vie, tu es mon âme,
Tu joues les fortes, tu te défends…
Mais non tu craques pour une flamme.

Donne moi la main, je te promets
Tu vas trouver cette étincelle
Qui va rallumer tes brasiers,
Tu es ma douce, tu es ma belle.

Toi ma princesse toi mon oubli,
Une heure de toi c'est mon royaume,
Je vis tes peines et tes soucis,
Tu es attachante petite môme.

On va s'en sortir, tu vas voir,
Personne ne va briser nos liens.
On va en rire, tu vas t'asseoir…
Juste réfléchir qu'ça mène à rien.

 

 

 

 

 

 


 Au revoir les enfants

Le clown dessous son masque a figé son sourire,
Il ne reviendra plus faire pleurer de rire,
Il laisse son habit accroché à ce mur,
Là vous pourrez y lire rayures et ratures.

Vous n'aviez pas bien vu, plaquées contre son dos,
Il vous cachait ses ailes, quand tombait le rideau,
Pour s'envoler bien loin, vers d'autres paysages.
Il se fait troubadour, vagabond du voyage.

Vous, enfants de la balle, qui êtes les poètes,
Vous le retrouverez, à faire d'autres conquêtes,
Dans d'autres cieux sans doute, levez un peu les yeux,
Vous le verrez mirage ou nuage "plus vieux".

On m'a dit que parfois le silence est "fée d'or",
Il s'en ira chercher s'il reste un mirador,
Et, s'il trouve enfermée la reine vérité,
Alors, en chevalier, il va la libérer. (il criera "liberté".) 

Ne dites mot, voyez, son dernier tour de piste,
Le clown fait un signe et s'il est un peu triste,
Vous ne le saurez pas, il tombe et caracole,
Acclamez de bon cœur, il aime qu'on rigole.
  
Au revoir les enfants…

2 juin 2002  

 

 

 

Châteaux de la Loire


Châteaux dont les murailles renferment les entrailles,  
D’un passé mémorial, ils sont là, centenaires,  
Se mirent dans le fleuve qui a vu les batailles  
De mille champs alentour, témoins de tant de guerres.

Majestueux ils trônent, insondables vertiges  
De ces fêtes de cour dont ils recèlent encore  
Les chants, les cris, les rires… leurs pierres sont les vestiges,  
De tant de confidences, murmures des corps a corps.

Grilles et pont-levis, donjons, chemins de ronde,  
Tours qui s’élancent fières pour défier le ciel,  
Histoires d’un moyen âge, heures de gloire, temps de fronde  
Les ères s’entrechoquent en instants irréels.

Souverains et seigneurs, jongleurs et troubadours,  
Intrigues se mêlant aux coins de leurs couloirs,  
Farandoles, fredaines, gens du peuple, gens de cour,  
Les générations passent sur des siècles de mémoire.

Là fiers et immuables, ces châteaux de la Loire  
Viennent défier le temps, un peu comme une armure,  
Ils sont beaux, impassibles, ils content aussi l’Histoire  
Mais gardent leurs secrets derrière chaque mur.

 1999  

 

 

 


Diablesse, Raphaëlle

Diablesse née d’un monde d'où viennent les étoiles,  
Des yeux nés d’un ailleurs, presque aux confins du ciel,  
Des graines de rousseur qui emplissent la toile  
Du maître qui t’a peinte, tu es belle Raphaëlle.

Cheveux longs qui s’ébrouent, encadrant ton visage,  
Dessinée au pinceau, un peu comme une épure,  
Tu te lèves et l’espace devient ton paysage  
Et l’enfant se fait femme, diable que tu es pure !

Raphaëlle s’il fallait que j’invente tes sources,  
Elles seraient d’ailleurs et viendraient d’un étrange.  
Qui t’a faite mystères ? Si j’arrêtais la course  
Des astres qui te hantent, sûr que tu serais ange.

Tu es belle à croquer, star d’un bout d’univers  
Il suffit que tu danses et la piste s’éveille.  
On ne voit que lumière, celle de tes yeux verts,  
Aurais-je donc trouvé la huitième merveille ?

Et ton corps suit le rythme de la musique fauve,  
Déhanchements sauvages, syncopés et subtils,  
Vers toi tous ces visages se tournent et tu te sauves  
Pour t’en aller cacher d’un battement de cils.

Il manquait une ligne, le dessin de ta bouche  
Un  peu comme une rive, méandre d’un ruisseau  
Qui coule sur tes lèvres par toutes petites touches  
Diablesse Raphaëlle, je viens goûter ton eau.

 Juin 2001  

 

 

 

 

 

Enfants du divorce

F aire souffrir un enfant lui enlever l'amour 
Bien trop souvent du père que l'on rend troubadour. 
Mères des temps d'alors vous vous saviez garder 
Dans vos grandes pudeurs vos hommes au foyer. 

Ils sont là, ils attendent, leurs yeux sont plus qu'inquiets. 
Que vous ont-ils donc fait, ils veulent être protégés, 
Oisillons hors du nid, l'aigle s'en est allé, 
Que la maison est vide, il manque un être aimé. 

Il fait froid c'est l'hiver, les vitres sont glacées. 
Il est nuit c'est l'été, mais les rêves sont fanés. 
Où est passée l'enfance qui était insouciance ?
Et les rires disparus… quand la vie est errance. 

Trimbalés sur les routes, recherche d’un foyer, 
Tiraillés par les doutes, par les amis trompés, 
Moyens dilapidés et les jouets cassés, 
Plus un point de repère, père et mère déchirés. 

L’école n’est plus refuge en plus du déluge, 
Ils sont montrés du doigt, pour les autres, transfuges. 
La rue est le seul lieu où ils sont anonymes, 
Enfants de divorcés, seuls, ils côtoient l’abîme. 

Ils n'ont rien demandé, voulaient un bol de lait, 
Une histoire, juste un conte, vous parents s'il vous plaît 
Ne tuez plus l'amour qui les faisait grandir 
Arrêtez de brûler leur terre, à vous haïr.
 
 
 
 
 
Femme des sables

Elle aime tant les dunes qui se donnent à la mer, 
Assise au creux des sables et les cheveux au vent,
Quand les flots se fracassent sur les roches côtières, 
Elle aime à revêtir une robe océan. 

Les lèvres qui s'humectent de leurs embruns de sel, 
Ses yeux de ce gris vert, aux couleurs des vagues, 
Tant que l'on pourrait croire qu'elles se mêlent en elle, 
Amantes et amies, comme au doigt, une bague. 

Qu'arrivent les beaux jours, en cette mer du nord, 
Quand le sable s'échauffe, elle se laisse alanguir, 
Elle se love en ce coin, du rivage, tout au bord, 
Il n'y a pas grand monde, air iodé de plaisir. 

Elle est allée chercher les océans de sable, 
Aux confins des déserts pour comparer l'extase, 
Et elle a retrouvé, griserie ineffable, 
Ce goût de l'infini où l'on fait table rase. 

Elle cherche la tendresse, au fond elle est enfant, 
Même si elle est femme, elle qui peint ses passions, 
Quand elle vous murmure, sa voix n'a que dix ans, 
Mais quand elle se donne, ses cris sont déraisons. 

28 Avril 2002
 
 
 

Fragrances en Résonances

Ballade nonchalante au fil des rayonnages,  
Ici boites d’encens, là des copeaux de bois,  
Pur savon de Marseille, quelques fins cotonnages,  
Vases en forme d’amphores, tissus aux fils de soie.

Des allées de lumière, quelques recoins diaphanes,  
Une musique douce qui vous prend, vous escorte,  
Objets qui vous regardent, fleurs jetées qui se fanent,  
Caverne du massage, cuivre aux poignées de portes.

Recueil sur le yoga, là le «Livre du plaisir»,  
L’œil glisse sur les pages, c’est beau, plein de mots tendres.  
La main se tend, caresse ces objets du désir,  
S’y mêlent «Relaxation» et «Comment se détendre».

Les textes se dénudent et que s’offrent les corps,  
Effeuillages d’amants de feuillets en feuillages,  
Etreintes animales, folies de leurs accords,  
Leurs amours sont frivoles et leurs mains si peu sages.

Racines des objets, ils ont tous une histoire,  
Façonnés par les doigts d’artisans authentiques,  
Ils sont beaux, on retrouve les sources du terroir,  
Là où naissent les légendes, comme d’une Grèce antique.

Ici le bois est noble, outils de bricolage,  
Encaustiques mêlés à des flacons de cire,  
Des laques pour patine, vernis en rayonnage,  
On s’arrête un instant, une brosse à reluire.

Les êtres déambulent, rêveurs en promenade,  
A qui ne cherche rien et qui trouve abondances,  
Nous sommes à Bercy, village né d’une aubade.  
Une antre du bien-être… l’âme entre en Résonances.  

 

 

 

 

Groupie de cent sonnets
 Elle lit mes poèmes, les airs de mes chansons,
Combien j'ai mis de vers, quelles sont mes passions,
Elle retient en moi les mots qui font la rime,
Si j'ai dit vérité ou si là je me grime.

Elle sait quand je pars, où j'habite à Paris,
Vous donnera le chiffre, nombre de mes écrits.
Elle pourra créer le fan club du monde
Et bien sûr en parler à cent lieues à la ronde.

Comment la reconnaître, il suffit de l'entendre,
Elle va retrouver les braises sous les cendres,
Dit ce qu'elle préfère, ce texte qui la touche,
Si la vous contrariez, elle fait fine bouche.

Et bien sûr mieux que vous, elle saura vous dire
Ce qui est le meilleur et ce qui est le pire.
Elle vous offre tout et son corps et son cœur,
Elle y mêle son âme et en oubliera l'heure.

Mais comment la chercher ? C'est elle qui vous trouve,
Elle sait protéger, vous défend comme une louve,
Vous pouvez être fou, rêveur et troubadour,
Vous serez le meilleur des coqs de basse-cour.

 Le 16 juin 2002

Qu'on ne me fasse nul "procès d'intention", je sais que "roupie de sansonnet" 
veut dire chose de peu d'importance. La groupie que je dessine est très sympa, 
j'ai juste joué sur les mots. 

 

 

 

 

 

 

Il me reste ton livre

  Les pages sont jaunies et les feuilles tannées,
L'écriture parfois est un peu effacée.
La couverture ancienne, tu l'avais protégée,
Pellicule légère, cellophane fatigué.

Ce matin là j'ai pris en mes mains ta relique,
Ouvert, papa ton livre, bien sûr c'était magique.
Toi, tous les jours du monde, tu faisais ta prière,
Serrant entre tes doigts ta source de lumière.

Les miens l'ont feuilleté, l'ai porté à mes lèvres.
Comme un parfum vanille s'en exhale, je me lève,
Mon index se pose sur ces mêmes passages
Où tu glissais le tien pour en tourner les pages.

Et je me suis assis en la même supplique
Où toi tu exaltais le Créateur Unique.
Ton "Ecoute Israël, l'Eternel ton D-ieu,
L'Eternel est Un"(1) s'est mêlé en mes yeux.


On les ferme en ces mots récités au réveil,
Avant de s'endormir, en son dernier sommeil.
Bien des enfants, des mères sont "partis" en son souffle,
On en a fait des braises, juste gardé leurs moufles.

Matins, je me souviens, avant que de finir,
Tu venais vers maman, tous les jours la bénir.
Tu tendais ce joyau vers elle comme un brasier,
Empreinte de sa foi, elle posait un baiser.

Papa ne t'en fais pas, ton livre est ton témoin,
Là, dans mes souvenirs où que j'aille très loin.
Tu as toujours prié pour nous tous, pour chacun,
Moi j'ai pris le relais et je n'oublie aucun.

 

28 Novembre 2001


Note : (1) Cette phrase est le crédo du peuple Juif, phrase centrale de sa prière.  
Elle est récitée, les yeux fermés, 3 fois par jour, au réveil, le soir et avant de s'endormir.
En hébreu : "Chéma Israël, A-donaï Elohénou, A-donaï Ehad".
Le mourant la récite en son dernier souffle ou son fils aîné, ou quiconque est présent, s'il n'a pu la dire avant de mourir.
Les juifs, croyants ou pas, la récitaient en entrant dans les chambres à gaz, sur les bûchers de l'inquisition chrétienne, en chaque persécution…
Ce credo de l'Unicité est bien sûr une des oppositions flagrantes avec la trinité, credo du christianisme.  

 

 

 

 


Je te trouverai (Chanson)

  Qui que tu sois, je t'attendrai,  
Où que tu sois, je trouverai …   
Je trouverai.

Que tu sois celle que j'ai cherchée,  
Ça, je le sais, je te trouverai ..
Je te trouverai.  

Rien qu'à tes yeux, je le saurai,  
Si malicieux à en rêver…  
J'en ai rêvé.  

J'apprendrai à te dessiner,  
Moi sous les traits d'un illettré …  
D'un illettré.

J'inventerai ta voie lactée,  
Si sur la terre tu n'existais …  
Tu n'existais  

Je m'en irai dans tes forêts  
Si on disait que tu es fée ...  
Que tu es fée.

Aux royaumes les plus reculés,  
Même si j'étais palefrenier,  
Je chercherai.

Où que je sois tu m'attendais,  
Qui que je sois, tu le savais …  
Tu le savais.

19 Mai 2002  

 

 

 


Le Patriarche


Un visage de bonté, tanné par le soleil,
Moustache déjà blanche qui descend vers la terre,
Un sourire où les rides burinent chaque éveil,
Le Patriarche vit son siècle et ses mystères.

Imposant dans son frac, en ses rives sereines,
Appuyé sur sa canne qui fait partie de l'être,
Il est comme immortel, sa pose est souveraine,
Ses yeux pleins de malice, personne n'est son maître.

S'asseoir à ses côté, être sur la photo
Qu'enfants, petits enfants se passeront demain,
On dira "mon ancêtre, voyez comme il est beau,
A côté, c'est mon père, celui qui tient sa main".

Il sera toujours là, en son regard intense,
Qui pourra l'oublier ? L'image en nous se grave,
Son âme vagabonde remplit le ciel immense,
Éternelle présence, à jamais qui nous brave.


20 Mai 2002


Texte écrit en voyant une exposition de photographies
de 1920, montrant des négociants en vin, avec leurs employés
autour (nouveau Bercy de Paris 12ème).
Se sont mêlés en moi, le visage doux et beau de l'un d'eux,
un vieux négociant, et celui de mon père.

Ecrire à l'auteur : levent1@caramail.com

 

 

 

 

 

 

Le Test Amant

Qu'elle appelle pour dire qu'elle ne sera à l'heure, Qu'il garde son message sans cesse à l'écouter,  
Cette voix qu'il adore, au fil d'un répondeur, Car il veut la saisir, comme pour la garder.

- Dis amant, reste là, encore, ne t'en vas pas !  
- Diamant tes éclats, je les clame en murmures,  
-  Cours amant je t'attends, et je guette tes pas,  
- Couramment je t'étends en mes pages d'écritures.

Ardemment il s'enflamme à lui dire "je t'aime",  
Art d'amant, il dessine ses courbes de ses doigts, Hardiment il la grise en la faisant bohème,  
Hard amant il enfreint les règles et les lois.

- Décide amant de tout, tu sais je t'appartiens,
- Décidément c'est fou, tellement tu es belle,  
- Etonne amant, amour, et couvre moi de liens
- Etonnamment tu noues notre vie de rebelles.

Evidemment furtif, il la vole en partages,  
Et vie d'amants, lascive, entre lui et mari,  
Et vides ces moments où elle a pris le large,  
Envies, damant le pion en leur dément pari.

 8 Mars 2002  

 

 

 

 

Lettre à ma mère

  Maman tu es partie au matin de ta nuit,
Ton corps s'est redressé, belle tu n'es plus voûtée,
Je te sens apaisée, je sais que je t'ennuie
Mais pardon ma maman, parfois je t'ai grondée.

Comme tu étais lasse du poids d'un corps trop lourd
Qui ne t'écoutait plus, toi qui régentais tout,
Tu étais ma reine mère, prés du roi un peu sourd
Qui pendant tant d'années a été ton époux.

Tu connaissais déjà et ta place et tes anges
Dans le jardin d'Eden où tu vas refleurir,
Tu l'a fait tant de fois ce long voyage étrange
Qui mène de la terre jusqu'au monde à venir(1).

Et tu m'as raconté le Temple aux mille feux,
Nourriture céleste et lumière infinie,
Les rabbins d'autrefois aux noms si prestigieux
Qui priaient prés du Mur, à côté du Messie.

Voilà tu es partie, de là-haut tu sais tout,
Ce que j'ai dans le cœur et ce que j'ai perdu,
Car je vous ménageais, je souriais pour vous
Quand j'en avais des larmes à noyer un pendu.

Vous seuls m'avez donné un amour gratuit,
Sans compter mes silences, en veillant mes sommeils.
Maman j'ai dû tricher pour apaiser tes nuits
Quand vous vous inquiétiez, ressentant mes éveils.

Je t'écris ce poème pour te dire "je t'aime",
Je n'ai plus ces matins, tôt lorsque j'étudiais,
Tu venais prés de moi, me demandant le thème
Des versets de la bible que je te commentais.

Maman tu es partie et tes douleurs aussi.
De là-haut où tu es, c'est toi le bouclier.
Intercède pour nous mais n'aies pas de souci,
Papa tous les matins continue de prier.

Août 1999

Note : (1) Environ 10 mois avant qu'elle ne me
quitte, ma mère avait déjà fait un "voyage dans
l'au delà". J'étais là à son réveil et j'ai résumé ce qu'elle m'en a raconté aux paragraphes 3 et 4.

 

 

 


Libre

 
Je n'appartiens à rien et surtout à personne,  
Je vis mes libertés sans attaches ni liens,  
Laissez moi décider de mon heure qui sonne,  
J'aime vivre à mon temps, le plus beau de mes biens.

M'arrêter quand je peux, faire ce que je veux.  
Prenez ce que je donne, ne m'en volez pas plus.  
Alors, si c'est le cas, je m'envole en mes cieux,  
Je disparais, plus rare qu'un ancien papyrus.

Aller où bon me semble et dormir à mes rythmes,  
Me faire noctambule et papillon le jour,  
Ou parfois vagabond, vivant mes paroxysmes,  
Qui pourrait arrêter les flots de mes parcours ?

Et je ne sais jamais ce que sera "après",  
Je ne ferai pas plus, ni projet ni promesse,  
Je laisse l'aventure guider mes "à peu près",  
Et la vie se fait femme, que j'aime sa caresse.

A courir dans ma tête, paresser en lézard,  
Inventer  mes soleils, vivre mes clairs de lune.  
Qui sait me deviner ? Un vrai jeu de hasard,  
Laissez-moi rêvasser, allant de l'autre à l'une.

  15 Juillet 2002

 

 

 

 

 

Menteuse, menteuse ! 

Je le crie au soleil, je le crie dans la rue,
Menteuse, tu es menteuse, tu as tout inventé,
Elle ment l'innocente, joue si bien l'ingénue,
De la plus belle histoire, à l'image frelatée.

Écoutez les murmures, le bruissement des feuilles,
Sont-ils des fariboles ou se font-ils trompeurs ?
La nature si pure sait faire aussi écueils,
Quand gronde la tempête et vient semer ses peurs.

Mais je vais vous le dire, une part des mensonges,
C'était se protéger, garder sa vie privée,
Pour une autre partie, un peu contes, un peu songes,
Quand pourrais-je la croire ? Le monde est dépravé ?

Mais ce dont je suis sûr c'est qu'elle aime à folie,
Elle est prête à braver ses barrières et ses rites
Pour être à mes côtés, et vivre nos envies,
Et elle est malheureuse quand il faut qu'on se quitte.

Menteuse, tu es menteuse, mais qu'importe après tout
C'est partie de ton charme car je t'aime joueuse,
Tu es un souffle d'air, léger et un peu fou,
Mutine et si taquine et si ensorceleuse.

28 Mai 2002

 

 

 

 

 


Obélisque, Place de la Concorde

Quand demain vous viendrez pour visiter Paris, 
Un jour qu'il fait soleil, sans touristes en horde, 
Descendez tout d'abord au métro Tuileries, 
Venez, admirez la, Place de la Concorde. 

Une vision sublime, en ses quatre horizons. 
Grilles d'or sur la gauche, jardins en cœur de scène, 
Assemblée Nationale, en face, après le pont, 
Pour aller vous y rendre, vous traversez la Seine. 

A droite de la place sont les Champs Elysée, 
Et, en vision lointaine, l'Arc de Triomphe trône 
Alors que derrière vous, semblable à l'Assemblée, 
La Madeleine prie, sa cloche carillonne. 

Revenons à la Place où Neptune et Sirènes, 
Encadrés de déesses, les seins nus et dressés, 
Font s'écouler l'eau claire, au cœur de deux fontaines, 
Dont le bronze est vieilli et l'or en liserés. 

Du même bronze et or, splendeurs, huit luminaires 
Vont encadrer les grilles du parc des Tuileries. 
Deux autres sont les portes, en tracés linéaires, 
Des avenues ou quais qui mènent jusqu'ici. 

Allons nous promener aux pieds des hiéroglyphes 
De la fière Obélisque et qui défie les cieux, 
Elle est venue d'Égypte, elle en porte la griffe, 
Qui peut l'imaginer en dehors de ces lieux ? 

Nous allons prendre ensemble notre pierre de Rosaire, 
Et déchiffrer les mots en chacune des faces. 
Ils sont gravés ici depuis des millénaires, 
Et nous offrent leurs signes comme l'on entre en grâce. 

Les écrits du passé, déjà décomposé, 
Je m'en vais vous les dire, mais allez-vous me croire ? 
Entrez dans la légende, ce soir je vais oser, 
Champollion a menti, voilà la vraie histoire. 

Il vous suffit de lire tous les signes à l'envers, 
C'est en Alexandrins qu'un amant inconnu, 
Là, vous allez rêver, avait gravé en vers 
Son amour éternel à sa belle ingénue. 

16 août 2002

 

 

 

 



Portrait d'une indécise

Les quelques gouttes d'eau que je puise à sa source
Sont un peu les joyaux que je cherche en ma course.
Les brins de blé mûris, en flots de ses cheveux
Encadrent son visage comme écrin de ses yeux.

La neige la plus pure fond au soleil ardent
Mais n'a pas la blancheur et l'éclat de ses dents.
Une lueur diaphane, comme un peu irréelle,
Irradie son visage, c'est l'aura de son ciel.

Le dessin de ses lèvres, je vais en faire don,
C'est une courbe étrange, arc de Cupidon.
L'arête de son nez, à peine perceptible,
Lui vient de son passé, une histoire indicible.

Mais son regard fuit, dans son bleu gris étrange,
Elle ne sait vous fixer, timidité d'un ange ?
Ou peut être est ce un diable qui vous cache la flamme,
Que vous pourriez y lire comme on livre son âme.

Elle dit oui puis non, elle approche puis recule,
Ne sait si elle doit puis ose sans scrupule,
Dit qu'elle va partir mais si je la retiens,
Elle donne sa main puis déchire les liens.

Puis, si je luis dis pars, c'est pour la retenir.
Et, restant indécise, cherchant son devenir,
Elle prend décisions puis elle est dérision.
Juste une faible femme, forte en sa déraison.


26 juin 2002

 
 
 
 
Qu'en est il de ces légendes ? (Chanson)

  Qu'en est il de la légende des trois capitaines,  
Qu'en est il de ces trois hommes qui ont pris la mer,  
On m'a parlé d'une blonde que les trois ils aimèrent,  
Qu'en est il de cette histoire, serait-elle que fredaine ?

Qu'en est il de cette légende, dites moi capitaine,  
Que la belle pour ces trois hommes qui étaient comme frères,  
Voulait qu'autour du monde ils se départagèrent  
Est-il vrai que l'on raconte qu'ils se prirent en haine ?

Qu'en est-il de la légende du premier capitaine,  
On m'a dit que son navire, coulé par un iceberg,  
Hanterait toutes les eaux des deux hémisphères,  
Qu'en est il de ce conte que l'on dit aux fontaines ?

 Qu'en est il de la légende du second capitaine,  
On raconte que les tempêtes son vaisseau le brisèrent,  
Que jamais son équipage on ne revit à terre,  
Est il vrai qu'ils ont sombré près des côtes africaines ?

Qu'en est il de ces légendes dites moi capitaine,  
Mais pourquoi vous enivrer à vider tous ces verres,  
Alors c'était donc vrai que c'étaient vos deux frères,  
Et que vous les pleurez sur votre mât de misaine.

Qu'en est-il de la légende, des secrets où tu baignes,  
Que la houle a dévoilés, toi qui sais la mer,  
On dit parmi tes vagues, bien sûr éphémères,  
Que la belle s'était moquée… et elle serait sirène.

 2 Février 2002


 

 

 

 

 

Rafle du Vel d'Hiver, 16 Juillet 1942

"On convoque mon père au commissariat,  
Et il ne revient pas, où est son étoile jaune ?"  
En ce matin d'été les juifs sont parias,  
Et on vient les chercher, morts vivants, moins qu'une aune.

A l'aube de ce jour, en ce seize juillet,  
Année quarante deux, on frappe violemment  
La porte de Rachel, plus fort qu'accoutumé;  
Elle n'est lors qu'une enfant, elle vient d'avoir huit ans.

Elle me dit aujourd'hui, elle seule rescapée,  
Elle en a soixante huit, quand on frappe à sa porte,  
Ou qu'on sonne trop fort, elle est comme figée,  
Elle garde souvenir qu'un gendarme l'emporte :

"Les policiers, français, pénètrent en ma maison,  
Ma mère est rudoyée pour prendre un balluchon.  
Et nous voilà traînés, Paris nous est prison,  
En longue files, à pieds, que ça me paraît long !.

"Une marche macabre jusqu'à la rue Boyer,  
Point de rassemblement en un vieux cinéma.  
Que de nombreux enfants et de mères effarées !  
Les sièges en sont ôtés, on nous entasse là".

Ce sera le début d'humains comme des bêtes,  
Que l'on réquisitionne d'être juste nés juifs,  
Rafle du Vel d'Hiver qui reste dans ma tête,  
On a brûlé des êtres, on en a fait du suif.

"Alors qu'ils m'emportaient les policiers ont dit,  
A ma mère affligée que c'était la concierge  
Qui avait dénoncé. L'appartement requis,  
Pour cette femme laide et qui brûlait des cierges".  

Concours rapide (site coin du poète), sur le thème "réquisitionnée " du 15 Juillet 2002. Note : Coïncidence des mots (du jeu) et des dates, histoire vraie que  j'ai écouté ce 15 juillet sur une radio, par Rachel, 68 ans.
Il y a 60 ans, jour pour jour, avait lieu, le 16 juillet 1942 la "Rafle du Vel d'Hiv". 76.000 juifs français, sur 320.000 furent déportés, notamment à Auschwitz.

   

 

 

 

 

Seins de femmes (chanson)  

Juste un grain de beauté, en naissance des seins,
La touche que l'artiste a posé à dessein,
Cette gorge profonde, je m'y plonge à plaisir,
A cent lieues à la ronde, d'elle naît mon désir.

Blancheur de la peau, éclat de porcelaine
Et tellement plus doux que les touchers de laine.
Ces formes qui m'affolent, sculptées de mes deux mains
Et moi qui batifole jusqu'à mes lendemains.

Vertiges où je me perds, j'en trace les parcours,
Insolences dressées, naissance des amours,
Rondeurs où je m'arrime et pour qui je compose
Tous ces rondeaux de rimes lorsque femme elle pose.

Que seraient ses épaules si ses bras en ruisseau,
Comme branches de saules, naissant des arbrisseaux,
Ne mettaient en valeur la splendeur de ses seins,
Que ma bouche d'acteur trace comme un dessin.

16 Juillet 2002

 

 

 

 

Sirène et capitaine

Quand tu liras ces mots, je serai déjà loin,  
Ce fut, tu sais intense, nul ne vivra nos liens,  
Il faut savoir partir en ce rivage et plage  
Où les milliers de vagues effacent nos passages.

Il restera en nous, pas une déchirure  
Mais un cadeau gagné, joyau de la nature,  
De ces extraits d'amour dont on fait les parfums,  
Embaumant à jamais, éternité sans fin.

 Il nous faudra donc taire la formule promesse,  
Que nous avions créée pour que jamais ne cesse  
L'idylle d'une fée et d'un roi pas très sage,  
"Que si l'un dit partir, l'autre l'appelle en cage".

 Je sais que les colombes, en leurs ailes diaphanes,  
Porteront nos messages sur la toile océane;  
J'irai lire tes lettres, comme sont les cailloux  
Que la reine en chemin sèmera pour son fou.  

Tu y mettras des larmes et des sourires taquins,  
Il y aura des braises qu'en habit d'Arlequin,  
Je porterai peintures, un peu la signature,  
De toi qui sait si bien défier l'écriture.

Nous avons fait chemin et gravi tant de cimes,  
En feuilles parchemin griffonnées de nos rimes.  
Se quitter quand on s'aime est le plus beau des livres.  
Ne m'en veux la sirène, le capitaine est ivre.

 2001  

 

 


Tes yeux lagons
Je m'en irai plonger au lagon de tes yeux, 
Ce bleu qui ensorcelle tous tes fols amoureux. 
Emmène moi au large, à oublier la rive, 
Glisser en tes eaux claires, voguer à ta dérive. 

Je viendrai effleurer chacune de tes vagues, 
A les faire frémir, que ton corps nu divague. 
Je veux goûter le sel, saveur de tes effluves, 
Qui se donnent assoiffées à nos soleils étuves. 

Dénuder tes épaules pour m'y faire noyade, 
Et que, tes seins dressés, tu te fasses naïade. 
Faire glisser tes voiles, celles de mon voilier,
En ton ventre échouer, pour mon ancre arrimer. 

Je m'en irai nager aux eaux de tes lagons, 
Jusqu'à perdre le souffle, au bout des horizons. 
Je ferai frissonner chacun de tes rivages, 
Allongé sur le sable de tes milliers de plages. 

Je m'en irai glisser à dénouer tes drisses, 
Mes ailes d'albatros te caressant, prémices, 
A nos instants de fougue lorsque tu te fais fugue, 
Pour frôler l'infini où mon corps te conjugue.

20 janv. 02
 
 
 
 


Toi Poison préféré

Je boirais à ta coupe si tu a mis tes lèvres,
Et si ce Cyanure va me donner la fièvre,
Sur ta couche allongé, dormir en ta prison,
Et mourir de t'aimer, quel délicieux poison !
Je goûterais tes seins si là est le calice,
Je les ferais frissons dussè-je comme un supplice,
Juste les effleurer de mon souffle fugace,
Me suffit de savoir que tu n'es pas de glace.

Un peu comme émacié, sortant d'une famine,
Même à me consumer si ton feu me lamine,
Je saurais en fumée rejoindre l'au delà,
Pour t'en aller trouver si je ne t'avais pas.

Comme on se désaltère à l'eau d'une oasis,
Abreuvant mon palais, humant tes fleurs de lys,
Moi comme un assoiffé plongeant dans tes abysses,
Je viens me délecter à tes goûts de mélisse.

Il faudra me nourrir à tes restos du cœur,
Et comme un vagabond, j'en oublierai mes peurs,
Pour, dans tes nuits glacées, me coucher sur l'asphalte,
Ou marcher sans arrêt, sans nul repos ni halte.

Toi Poison préféré viens instiller mes veines,
Pénètre en tous mes pores, pour oublier tes peines,
Se tordent mes entrailles de douleurs souffrances,
Si je n'ai su t'offrir mes écrits délivrance.

Janvier 2002
 
 

Vagues au galop
Regardez dans la mer, le galop des chevaux, 
Quand les flots se déchaînent en leurs gouttes de pluie. 
La splendeur de leur forme qui se forge dans l'eau, 
Est cristal de néant, au milieu de la nuit. 

Cavalcade des vagues qui semblent des guerrières 
Prêtes à tous conquérir mais s'échouent sur la grève, 
D'autres armées se lèvent défonçant les barrières, 
Tempête qui mugit, sans nul repos ni trêve.

Spectacle indicible, comme un imaginaire, 
Grondent les éléments et nature en furie, 
La lune paraît frêle, à peine un luminaire,
Paysage de flammes, étrange féerie. 

Tornades nées en bleu, s'effaçant sur le sable, 
Espèces de volutes, dessinant des reflets, 
Au loin le paysage est fait d'insaisissable, 
Rêveries d'infini, dérives en feux follets. 

Janvier ... au 20 mai 2002 

Note : Texte inspiré d'un superbe tableau, "Wild Water's" de Jim Warren, qu'on m'a adressé 
pour les vœux de début d'année. 
Qu'on peut donc traduire en "Mer en furie" selon la peinture. 
J'ai donc transposé le galop des chevaux en celui des vagues et j'en ai inventé la tempête. 
Mais apparemment je n'étais pas loin de l'auteur et de son titre du tableau.

Victor Hugo

Que tu m'emportes le poète ! 
Quand je te lis quand tu m'élèves, 
Jusqu'à ces lueurs désuètes 
De mes aurores les plus brèves. 

J'aime courir en tes chemins, 
Esquisser les pas de tes danses, 
Suivre les lignes de ta main 
Quand tes mots s'écoulent si denses. 

Par tes doigts je parcours l'Empire, 
Les désamours et les conquêtes, 
C'est dans tes yeux que je me mire, 
A lire un siècle de coquettes. 

Tu as nargué un Bonaparte, 
Lui affublant un sobriquet(1), 
Et tu t'es battu pour qu'il parte, 
Louis-Napoléon le roquet. 

Que je t'aime Victor Hugo ! 
Tu me transportes en tes marais, 
En tes chants qui sont le credo 
De tes nuages et marées. 

La mer a grondé sous ta plume, 
Tu as fait souffler l'Aquilon; 
La terre s'est vêtue de brume, 
Tu as tracé tous ses sillons. 

La lune a joué de tes mots, 
Sereine en ses reflets d'argent, 
Et qui n'a surpris les sanglots, 
Parfois tes murmures du vent ? 

Comme tu sais remercier 
Que Dieu t'ait donné des bonheurs, 
Epouse, amante et bouclier 
Qui t'ont protégé en tes heurts. 

Tu as pleuré Léopoldine, 
Les flots te l'ont volée enfant; 
Ton "Contemplations" la dessine 
Comme l'on taille le diamant. 

Tu as su être ce grand-père 
Aimant raconter des histoires 
L'aïeul que tout humain espère 
A jamais garder en mémoire. 


9 Août 2002 
(1) Napoléon le Petit

Ecrire à l'auteur : levent1@caramail.com
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