Jocelyne LECUIVRE 

 

 

 

 

 

Bouquet ensorcelant, vapeur qui m'enrubanne
En rose serpentin allant s'étiolant,
Le souffle passionné des sauvages savanes,
Glisse, avec délice, dans le flux de mon sang.
Oui, par quelques gorgées de ce doux élixir,
Pétillant dans mes yeux, rougissant à mes lèvres,
Tambourine mon corps de vagues de désir
Et nourrit mon antre d'un chaud trésor d'orfèvre.
Laissant choir, sans regret, mon manteau d'embarras,
Dans l'oubli d'un rêve qu'en cet instant je cueille,
Légère et frivole, lentement je te bois,
Avec délectation mes sens à vif t'accueillent.
De volubiles fées me prêtent leur aisance
Me déliant la langue en de joyeux palabres,
Ôtant mes entraves de tristes convenances,
Que s'éveille mon âme à l'aurore cinabre.
Ah! Qu'il me plaît vraiment, d'être une essence vierge,
De me donner à vous, sans peur et sans complexe.
Mon coeur se dilatant, je quitte enfin la berge.
Pourquoi ne puis-je, sobre, aimer d'un tel réflexe ?
Pour sûr, modérément, avec grande prudence,
Du secret de Bacchus je resterai éprise.
Mais laissez-moi ce soir, si les flonflons s'élancent,
Rire au ciel étoilé lorsque l'alcool me grise.

1 Août 2004







 Si la terre est lourde

Quand la terre colle, si lourde à mes souliers,
Quand la pluie me poursuit en clapotis sonore,
Que tardent le silence et la fin du boulier,
Regardez-moi m'enfuir, à l'envers du décor.
Chevaucher Pégase pour un pays magique,
Où l'horizon se meurt, dans un nid de lumière,
Par delà mes soucis, mes morsures cyniques,
Me perdre dans la lande, oublier la frontière.
Et croire simplement, d'une candeur profonde,
A la vie des anges, à l'amour qui transcende,
Aux belles légendes qui se moquent du monde.
Poser mon coeur blessé, danser dans la lavande.
N'être plus qu'un corps nu, libre de toutes entraves,
Sans tabou, sans pudeur, que celle de l'espoir,
Que personne ne juge, ne mesure ou déprave,
L'accueillant humblement, dans la douceur d'un soir.
N'avoir rien a prouver mais bien plus à donner,
Que chaque sourire portera ma prière.
Si la terre est lourde, je fermerai les yeux,
J'irai dans les limbes, caresser l'éphémère...

23 Septembre2004








Pour la dernière fois

Si nous pouvions, parfois, déposer sur le monde,
Un regard neuf et pur mais riche d'expérience.
Nous laisser infuser par l'ondée vagabonde,
D'une fraîche beauté, d'une douce présence.
Un instant oublier tout ce qui nous dessèche,
Obscurcit notre éveil et alourdit nos pas.
Ce dur carcan serré à notre coeur revêche,
Pour l'empêcher de battre au rythme de la joie.
S 'émerveiller de tout ce qui palpite et tremble,
Baigner dans le soleil qui ne brûle jamais,
Se savoir si petit, mais bien l'unique exemple,
D'une empreinte d'amour qu'on ne peut effacer.
Retrouver la grâce d'une aurore nouvelle
Et se laisser guider par cette force immense,
Qui nous ouvre les bras et soudain nous révèle,
Donnant sens à nos vie, donnant vie à nos sens.
Si nous pouvions parfois, être nous, sans bémol,
Comme si le chemin s'arrêtait déjà là.
Se donner à l'autre, dans un ultime envol,
Toucher un autre corps pour la dernière fois.

14 Novembre 2004








 L'empreinte de nos mains

De nos routes croisées, de nos bras qui se tendent,
Aux parfums des secrets où les âmes se content,
Dans un intime don, par les mots, se répandent,
Mais que restera t-il du « nous » en fin de compte ?
De ce qui nous construit à la clarté d'un autre,
Aux gouttes des rosées où se trempent nos lèvres,
Dans cet espoir d'un tout, dont nous serions l'apôtre,
Mais pour quels souvenirs tremblons-nous donc de fièvre ?
De cet instant unique où notre esprit se noie,
D'un sentiment certain, au brassage des êtres,
Couleur de terre et ciel que l'horizon déploie,
Mais pour quelle fusion nos destins s'enchevêtrent ?
Du plus simple abandon, au charme d'un appel
Qui tisse de sa voix le fil de notre vie,
Dans un écho sans fin, l'image se rappelle,
Mais quel sera l'écrit pour signer nos survies ?
Quand la nuée épaisse engloutit nos partages
Et que nous restons seuls, devant la certitude,
Du début à la fin, qu'aucun de ces visages
Ne peut nous délivrer de notre solitude.
Surnage dans l'espace, un dernier soubresaut
Qui nous fait croire encore au pouvoir de l'humain,
Des rayons de lumière accrochés au faisceau
De nos élans de coeur ... l'empreinte de nos mains...

3 Janvier 2005








 Dis-moi...

Dis-moi...

Mais quelle est donc la source, aux remous torturés,
Le tumulte en ton sein, qui fait naître l'ivresse ?
Quelles sont les douleurs, en tes mots délivrés,
Qui ont pu modeler tes fiévreuses détresses ?
Au cours de quelle errance as-tu touché l'humain,
Dans toute sa noblesse et froide cruauté ?
Le mystère profond, qui coule de ses mains,
Imbibe ton regard de sang et de beauté.
Au fond de quel abîme, as-tu déjà sombré,
Pour qu' autant de lumière éclate dans ton souffle
Et nous livre le vrai, simplement célébré,
En écho à ta voix que la pudeur camoufle ?
Dis-moi, par quelle vie peut-on ainsi comprendre
De l'autre, les secrets, aux reflets des miroirs,
Et faire de son verbe, un semis à épandre,
Que la nuit voit germer d'un audacieux espoir ?
De ces fragilités, dont tu construis ta force,
Je viendrai me nourrir et y puiser, un peu.
Par ce qui se diffuse, au delà de l'écorce,
Grandir à travers toi, comme brindille en feu.

25 Janvier 2005








 A l'aurore glacée

En ce matin d'hiver, blottie au chaud du lit,
A l'abri d'un rempart de paisible douceur,
Je respire le temps, souvenirs accomplis,
Par les volets ouverts sur un décor blancheur.
Et mes pensées s'en vont, au bord d'un autre jour,
Proche ou lointain demain, à l'aurore glacée,
Celui qui me prendra, ma vie et mes amours,
Et fera de mon nom, un morceau de passé.
Quand mes mains n'auront plus la force de s'ouvrir,
De mon corps douloureux, je fuirai l'esclavage.
Il n'en restera rien, qu'un drap pour le couvrir,
Et l' âme au rendez-vous sur de troublants rivages.
Ma bouche muselée de mots qui n'ont plus cours,
Simple flamme étouffée, résignation sereine,
Je laisserai la nuit, où tout devient si lourd,
M'engloutir en ses flots, faire de moi sa reine.
Oui, s'il m'était donné de m'éteindre en ce lieu,
Que mon regard se perde au sommet du grand pin,
Tableau de ma fenêtre, encadré merveilleux,
Où la branche givrée, au pur azur, s'étreint...

20 Février 2005








 Intime voyage


Las, un jour me laissa en cette étendue vide,
Pour des bras de silence et des larmes de nuit
Et je crus à jamais ne plus goûter, avide,
La douceur des nectars qui détrompent l'ennui.
Perdue dans ce décor grisonnant d'infortune
Où l'horizon s'estompe en vagues déchirées,
Je m'en allais chercher les reflets de la lune
Comme ultime prière à ma paix lacérée.
Car pour trouver dans l'ombre un abri si infâme
Qu'il siérait justement à ma pénible errance,
Je n'étais plus que vieille et je couvrais mon âme
D'un voile de tristesse au deuil de l'insouciance.
Résolument soumise au cruel abandon,
Du tribut de ma flamme en voeu de solitude,
A en devenir cendre, à en perdre le don,
Des sourires semés au vent des plénitudes.
Quand je vis s'accrocher, en dentelles sauvages,
Les brides d'un poème à la magie des lieux,
La brume m'invita à l'intime voyage
Dessinant l'avenir aux contours d'un aveu.

27 Novembre 2005








 Doux coeur de femme

Fillette d'Afrique que la lame mutile,
A jamais terrifiée, en ton sein, crucifiée;
Étouffant dans le sang le doux plaisir nubile,
Coutume barbare, en tes pleurs, excisée.
Femme Afghane voilée, grillage de prison
Où ton esprit s'éteint frustré de liberté,
Quand ton regard se perd par delà l'horizon,
Emmurant tes rêves, de burka bâillonnée.
Belle du Pakistan que l'acide dévore.
Toi qui ne veux offrir ta jeunesse volée,
Brûlent dans la haine, les charmes de ton corps,
Te laissant déchirée, l'âme vitriolée.
Mignon bébé de chine, oublié dans le froid,
Tu ne seras l'enfant entouré d'attention.
Ils prient que la mort t'emporte dans ses bras,
Lavant le déshonneur de n'être née garçon.
Slave déracinée, cognée de poings rageurs,
Esclave sexuel, objet à consommer,
Écrasée, violée, tu te vends dans la peur,
Crachant sur le trottoir toute ta dignité.
Ce soir mes mots saignent, pour toi, ma soeur blessée,
Piétinée, humiliée par des êtres infâmes,
Condamnée sans raison à errer délaissée,
Toi dont le seul péché ...est ton doux coeur de femme.

20 Septembre 2004







 Le désespéré

Noyé au tumulte d'un monde tournant fou,
Emporté malgré lui, à la noire spirale,
Il se fond aux ombres qui vont à pas de loup,
Du même regard vide au même mot banal.
L'indifférence a peint un triste maquillage,
Sur ces visages gris que le crachin délave,
Mais il marche, transi, dans le boueux sillage,
Monotone et sombre, que le brouillard enclave.
Son esprit pétrifié ne se lamente plus,
La révolte vaine leur a rendue ses armes,
Il n'est rien qu'un corps qui oublie qu'il a plu,
Sans aucun réconfort même celui des larmes.
La solitude tremble au sein de ses entrailles,
Maîtresse en ces lieux d'une fierté macabre,
Seul rempart vivant, des maux qui l'assaillent.
Il s'éteint lentement aux feux des candélabres.
Si par l'interstice d'un funeste hasard,
Un souvenir trop doux essaie de l'éveiller,
La douleur est si vive, lui brûlant la mémoire,
Que l' ultime force... sera pour l'arracher...

11 Octobre 2004







 Si tes pas...

Si tes pas s'enlisent dans la boue du chemin,
Trébuchant, épuisé, aux ornières du doute,
Te heurtant aux cailloux, retiens-toi à ma main,
Fais de moi ton bâton, je connais cette route.
Si ton regard se perd à l' horizon lépreux,
Labyrinthe obscurcit de tes rêves brûlés,
Cendres désabusées, retiens-toi à mes yeux,
Fais de moi ton étoile, je connais ta nuitée.
Si ta confiance s'éteint, blessée par les ragots
Des langues de vipère sifflant l'injure blême,
Distillant leur venin, retiens-toi à mes mots,
Fais de moi ton poème, je connais l'anathème.
Si ton corps se fane d'avoir oublié l'eau,
Des charnelles étreintes, aux parfums si sucrés,
Les plaisirs exaltés, retiens-toi à ma peau,
Fais de moi ton ruisseau, je connais les baisers.
Et si ton coeur se meurt de ne savoir aimer,
Perclus de trop de peur, de sang et de malheur,
Si tu as foi en moi, retiens-toi à ma paix,
Oh! oui je t'en supplie, retiens-toi à mon coeur

30 Juillet 2004







 Pietà ...

Dans la vieille chapelle aux murs gris, lézardés,
La madone de plâtre a un visage d'ange.
Elle tient la dépouille de son fils supplicié,
La souffrance du monde, au creux de ses mains blanches.
Sur le banc de pierre, j'ai déposé ma vie
Voilée de silence et de trouble nuée.
Bercé de quiétude, le temps semble endormi.
Mes deux mains sont vides et mon coeur dénudé.
De ma petitesse, simple grain de poussière,
Je suis là, sans question, ni aucune requête.
Sachant que la clarté, n'est pas pour cette terre,
Mais pour le grand partage à l'amour exégète.
Me laissant enlacer par le puissant mystère,
De ce don le plus pur, j'accueille la chaleur.
Délestée de mon joug, aux larmes d'une mère,
Où mes yeux se noient de toute la douceur.
Dans la vieille chapelle aux parfums des bougies,
J'ai laissé ceux que j'aime aux bras de la Pietà,
Qu'ils trouvent leur chemin, l'étoile dans leur nuit.
Tendrement, j'ai aussi ...confié cet homme là...

17 Octobre 2004







 Noble loi

Laisse mouiller ta peine aux larmes de tes mots
Pour recueillir la lune en rais de rêves pâles,
Dans un couchant brumeux noyé au fil de l'eau,
S'est perdu le reflet de ton miroir d'opale.
Laisse glisser le froid tout au bout de tes mains,
Avant qu'il ne se fige aux brindilles d'espoir
Et n'enferme en ton sein, l'hiver et son chagrin,
En flocons de regret sur des souvenirs noirs.
Laisse mourir la haine aux portes de ton coeur,
Elle a pour seul bagage un âcre goût d'échec.
Efface la colère, oublie même ta peur,
Ce chemin la ne va qu'au désert le plus sec.
Laisse pleuvoir le temps en lente déchirure,
Il détient le pouvoir de changer les visages
Et même d'effacer les traces des morsures
Pour trouver le secret de l'étoile des sages.
Laisse venir à toi celui qui saura lire
Le bleu de ton silence à celui d'un regard
Et se fondre à la nuit par le don du sourire
Pour éclairer l'auror' de ton nouveau départ.
Et laisse dans ta vie toute place à l'amour
Car il n'y a de loi plus noble, ni plus belle,
Aucune autre raison de voir naître le jour
Que ce coeur qui se donne à celui qui l'appelle.

21 Août 2005

 

 

 


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