XAVIER LE FLOCH

 

 
 
 
 

 

 

Au voleur !

 La poésie ne se vend pas,
Disent les bien-pensants.
Elle n'appartient pas,
Elle s'offre ou se reprend.

Poète, tu caresses des merveilles,
Et t'en nourris l'esprit.
Sur ton visage, le soleil
Peint un rayon d'or et de vie.

La poésie ne se vend pas,
Disent les gens bien au courant.
Ne se marchandent ici-bas,
Que les armes, les larmes et le sang.

Alors poète, tends la main
Dans la rue des commerçants
Pour une obole, un bout de pain,
Et, sois reconnaissant!

 

 

Rocaille

Le soleil se rit
Profusion des sens
Couleurs et essences
De l’homme tout petit
Qui porte un coquillage
A son infirme oreille
Et, raillante merveille,
Entend jouir la plage

 

 

  

Rencontre

 Au coin de la rue
Des animaux dénaturés
Je croisai un être perdu
Ne manquant point d’humanité 

Nous souffrîmes, complices
Quelques anciens supplices
Souvenirs d’une Histoire
Aux heurts sans gloire

 Nous partageâmes, finesse
D’amicales caresses
Et espérâmes en un sourire
L’esquisse d’un avenir 

Mais, nous fûmes censurés
Par deux gardes assermentés
Qui ramenèrent mon gibbon
Au zoo Maurice Papon 

 

 

Fête à fête

 

Fêtes après fêtes, s'annonce un tête à tête,
Les gens disparaissent sans cesse.
Les maux de tête
Les maux de dent
Les parents
Les enfants.
Fêtes après fêtes, s'annonce la défaite,
Le temps passe, les gens trépassent.
Des ulcères aux cancers
Le foie, le Sida
Les voitures
La luxure.
Fêtes après fêtes, tout ceci m'inquiète,
Mais s'il le faut, je continuerai seul…

 

 

 

Jouissance

 

Des millions d'intersections s'agitent devant moi.
Mes mains tremblent, je ne peux parler.
Plus fort que toute drogue, que tout art,
Les couleurs, les sons, les odeurs et les goûts se multiplient.
Des cercles, des losanges, la géométrie reprend vie.
Tous se mélangent, s'accouplent, se confondent.
Et moi, petit axe perdu au milieu de l'univers,
Je crois encore diriger la manœuvre.

                                    

 

 

                                           Un square noir  

 Dans un square sans enfant,
Tombent les toboggans

 

Assis sur un banc rouillé,
Mes yeux fixent mes souliers.
Dans la brise du soir,
J'imagine voler les balançoires.

 

Des femmes ivres délirent,
Des hommes prévoient le pire.
Seul, j'observe ce grand cinéma
Des nuits Champagne et Vodka.

 

Je pense à celle qui, voilà longtemps,
Sur une bouteille a versé son sang.
Elle m'a laissé mes regrets,
Mon désespoir et la mort à aimer.

 

Dans un square désertique,
Claquent les portiques.

 

 

 Sevrage

Allongé sur un lit inconnu,
Dans une chambre d'hôtel aux murs nus,
Mes yeux fixent une ampoule éclatante
D'images diaphanes irradiantes,
Mon bras droit tendu vers le plafond,
Ma main enserrant le court canon,
Mon pouce crispé sur le chien métallique,
Prêt à bander l'arme fatidique
Qui dissoudra les heurts d'une vie
Non encore définie.

 

Je me tords de douleur
Pour dessiner une ébauche de bonheur,
Trahissant mes années pécheresses
Sans un espoir de jeunesse

 

 

 

Epona

 Amazone à corne d’abondance,
Gauloise victorieuse des romains,
Epona, divinité au poulain,
Protège cavaliers, chevaux et semences. 

Égarée dans les labyrinthes du temps,
Réincarnée en bébé écuyer
Dont je suis le dévoué palefrenier,
Elle galope à nouveau dans le vent.

 Mère nourricière,
Déesse plénipotentiaire,
On oublia ton nom ! 

Fée miraculeuse,
Mon Epona rieuse,
Nous te hennissons !

 

 
Incendie criminel

 Eté incendiaire, la garrigue n’est que fumée

Un peu plus disparaît le vert de nos contrées

Un vent absinthe balaie les arbres calcinés

Des vies tortueuses mal esquissées

 

J’ai peur des yeux, j’ai peur du cœur

A 35 ans, ma vie n’est que bonheur

A m’éblouir, petite fille

A m’estourbir, petite esquille

 

Si âgé pour tes six mois

Je serai toujours plus mort que toi

Alors à mon heure anniversaire

Je soigne mes primevères

 

J’encense les incendies criminels

Recherche des flambées passionnelles

Inlassable, je pourchasse jusqu’au deuil

L’arbre nourricier des planches de mon cercueil

 

 

Les fils

  Sur des fils tendus,
Dorment les cervelles lessivées,
Rincées, essorées.

 

Petits cerveaux repus
D'eaux douces,
De savons et de mousses.

 

Sur des fils colorés,
Tressautent dans le vent
Ces circonvolutions de néant.

 

Chairs atrophiées,
Muscles de laine,
Aux couleurs porcelaine.

 

Sur ces fils médiatiques,
Meurent l'intelligence,
L'inné et l'expérience.

 

Paysages pathétiques
D'une humanité décatie
Sur des fils infinis

 

 

L’évadé

 "Je suis libre, libre!"
S'écria-t-il, déchirant les barreaux de sa cage.
"Libre, libre!!!"
Expectorant toute sa rage.
"Je vais aimer le Monde Entier!"
Annonça-t-il, haranguant le vent.
"Le Monde Entier!!!"
Occultant son passé malfaisant.
 
Une balle d'acier trempé sectionna son aorte
A son enterrement, il n'y eut point d'escorte
Mais son cadavre tout sourire
Distillait une liberté à n'en plus finir

.

                                           
Résurrection


Un ange est passé
Les dieux sont tombés sur le cul
Le Monde a explosé
Et personne n'a rien vu 

Deux anges se sont alliés
Les dieux n'ont rien compris
Les hommes s'en sont allés
Et la Terre reprend vie

 

 

xavierlefloch@gmail.com

 

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