LAURANNE

 

 

 

Histoire d’ils 

Pandémonium  

À Nicolas

La bascule

La cavale

Vagues

Le jardin

 

   

Les mots de mise

Peau-aime  

À Gilles

Un jour je le dirai

La vitre pleure à la fenêtre

Derrière tes paupières

   
Ballade
Pandémonium

 

Ah voilà !

L'artiste va écrire un livret de poèmes... Ils ne sont pas écrits.  

Mais ainsi elle va accepter le réinvestissement de ses sens en des lieux illogiques, des beautés troubles et sombres qui la bouleversent.

  C'est qu'elle a autre chose à faire, l'artiste !

  Oui. Elle va recomposer sa mémoire des tessons qui gisent à ses pieds, construire un monument nouveau à cet hallucinant bordel qui l'étreint, un temple à l'auteur de ses émois illogiques qui corrompent sa vision, un autel où sacrifier officiellement ses velléités d'ascèse déjà pulvérisées, un Panthéon pour son pandémonium !

L'œuvre précédente est close; et la fleur éclose à nouveau, béante pour l'abeille.

Trouver le mot. Juste le mot juste.

Ce serait déjà un bel ouvrage. LE mot. Le MOT.

L'artiste se plonge dans ses yeux aussi profond qu'elle peut, s'y noie, s'y meurt, s'y pleut.

Les siens ? lesquels ?  
L'écueil.  
Ses yeux.  

Souillac, et dans le noir, 4 novembre 2003


 

 


La bascule  

Après des années de rien  
Tes pas se sont perdus  
Au bout de ce chemin  
Où mon cœur t'a reçu  

Moi je passais par là  
fait toujours ce qu'il veut  
ce cœur que je n'ose pas  
regarder entre deux yeux  

M'a échappé des mains  
pour courir à tes côtés  
Comme un enfant d'humain  
tu l'as apprivoisé  

Au bout du long chemin
Je vous ai vu danser
Vous êtes partis au loin
Et m'avez oubliée  

Au bout du long chemin  
Je vous ai vu danser  
Vous êtes partis au loin  
Et m'avez oubliée

Si tu retrouves le chemin  
Avant de te sauver  
regardes dans tes mains  
Mon cœur y est caché  

Je ne te demande rien  
Que de le réchauffer  
D'en prendre très grand soin  
Et de lui pardonner

 

 

Moi je passais par là  
fait toujours ce qu'il veut
ce cœur que je n'ose pas  
regarder entre deux yeux  
   
Si je n'ai pas su le garder  
Il n'a pas su m'aimer  
Dans tes bras s'est jeté  
mon cœur abandonné  

Au bout du long chemin  
Je vous ai vu danser  
Vous êtes partis au loin  
Et m'avez oubliée

Au bout du long chemin  
Je vous ai vu danser  
Vous êtes partis au loin  
Et m'avez oubliée  

Souillac,  octobre 2003


 

 

 

La Cavale

La cavale arrive et je ne l'entends pas
Sautent les chevaux au ciel détonnant  
La chevauchée me renverse de son pas  
Sous l'ombre brûlante je reste, ô mon amant !  

Mais quel est ce bruit qui réveille l'onde ?
Et l'arbre endormi et le cri des oiseaux ?  
J'ai à l'âme une lueur qui m'inonde  
Que rien ne trouble que les pas des chevaux  

Et le vent des buissons se fait tornade
Et l'envol se fait départ et défaite  
J'ai peur des îles comme des manades  
Et des chevaux fous qui s'entêtent 

Pourquoi leurs sabots passent-ils  
En ces chemins tus et bouleversés  
J'ai trop d'amour sur ma main, mon île,  
et trop de chant pour ne pas traverser  

L'empreinte sur mon corps, ô se sait !
Et l'émoi me poursuit comme tatouage  
C'est mon cœur que tu caressais  
Mon amant, mon amour, les mots trompent la page

Qu'importe l'amour, qu'importe les mots  
Je suis à tes pieds comme oiselle naïve  
Et ne veux rien que ton chant sur ma peau  
Et ta voix me brûle comme chaux vive  

Souillac, octobre 2003

 

 

 

 

 


Vagues  

Et comme vingt vagues au-dessus de la mer
Reviennent les chevaux  
Source d'ombre et de lumière  
Leurs yeux si grands à travers la nuit
Étoiles sur le lit  
Vagues sur les vagues  
Ils reviennent en bataille aux nuages  
Cris nocturnes des rêves bousculés  
Silence  
la nuit appartient aux chevaux  
Même s'ils s'échappent toujours  
Caressée par le souffle brûlant de leurs naseaux  
Debout couchée je vole immobile sous leurs sabots  
Assaillent et reviennent et défont et renouent  
Les chevaux de la nuit s'ivres de moiteur  
Et s'affaissent repus aux pieds des idoles  
Jamais mes pieds ne seront une stèle  
Et jamais ils ne s'arrêtent  

Mais j'aime l'odeur de leur peau qui me gifle  
L'empreinte de leurs sabots sur mes reins dénoués  

Effacent comme marée la trace des flots  
Comme vent sur la dune le sable envolé  

En paix les chevaux hument leurs crinières  
Et me mangent le cœur
 

Souillac, le 27 octobre 2003

 

 

 

 


Le jardin  

J'en ai beaucoup des roses, et du lis et du jasmin
D'étales et d'à peine écloses au bord de mon chemin  
J'ai des feuillus sombres et des buissons ardents  
De la vigne en liesse, du chèvrefeuille d'argent

Mais ils s'en vont toujours avec la même  
Les passants joyeux derrière le grillage  
C'est ma rose en bouton, la blanche qu'ils aiment  
Qu'ils cueillent en riant de leurs doigts volages  

Et s'en vont chantant d'avoir dans leur paume
Comme un petit oiseau blanc ce téton mort d'amour  
Et comme s'éloignent et reviennent les hommes  
Je songe à ma rose qui ne verra pas le jour

Toulouse, le 14 novembre 2003, 4 heures du matin

   

 

 

 

(Nous ne ferons plus l’amour. Tu n’aimes pas ce mot.)

Les mots de mise  
Chaque mot la blesse.  
les mots, c'est ce qui lui reste. Le territoire qu'elle s'est attribuée.  
Quand elle ne peint pas, l'artiste écrit sur l'œuvre des autres.  
Pas la sienne, ô non !  
Ou bien, elle écrit sur ce vide qui l'étreint.  
Mise en mots, démise des maux.  

Justement, aujourd'hui, elle est restée prisonnière.  
Des mots.  
Hantée de toute part.  
Dire "je t'aime".  
Ajouter "beaucoup" pour dire qu'on ne sait pas où l'amour s'arrête, c'est tricher.  
"Beaucoup", c'est peu. Ce n'est rien. Ce n'est plus l'amour.  
Est-ce mentir que d'être simple ?  

Et on lui écrit qu'elle ne sait pas lire.  

L'écrivaine se relit.  
L'écrivaine relie ses morceaux.  
Les morceaux de sa vie.  

D'artiste.  

Sans doute qu'elle ne sait pas peindre non plus.  

Peut-être même qu'elle n'existe pas.  

La femme cherche ses mots.  

L'artiste cherche un sens à sa vie. Quelque part enfouie sous les strates des mots, les couches de peinture.  

Serait-il donc possible qu'un homme soit tout cela ?

Ne pas tenir compte des autres. Elle ne sait pas lire. Ouiche !
Elle sait juste écrire...  
Peut-être.  
Écrire "je t'aime".  
Je t'aime beaucoup.  
Je t'aime tant. Je t'aime tellement. Je t'aime ? 

Les mots de l'un, les mots de l'autre.
Les mots des autres.  
Les mots.  

Rabaisser tout son univers à cet appel des sens.  
Le sens de sa vie.  
Quelle direction ?  

Les mots.  

Et c'est intraduisible.  

Souillac, et sur la toile, le 29 octobre 2003

 

 

 

 

 


Peau-aime 

Et hop, un mot de trop.  
Mot d'étron.  
Mieux vaudrait mentir. Se mentir.  
Le "aime" est un mot piège, et son identité se constitue de chausse-trappes. 
C'est ce qui fait son charme, d'ailleurs, au mot "aime".  
Doucement, tendrement ambigu.
C'est dangereux.
Comme dire "je t'aime" à un enfant.  
C'est dangereux. Mais l'amour, c'est entier, c'est vaste; mais entier, fini et infini.  
Comme un océan. Quand on s'y plonge, on en ignore les rivages.  
Se laisser porter.  
Des fois, on coule.
Faire la planche, ça permet de voir les étoiles. Quand l'eau est tiède, quand la peau s'habitue, tout devient osmose.  
On est dissout dans l'océan ; on est l'océan. 

Sous la Lune, on dérive.  
Les bras en croix. 

L'espace catastrophique, c'est ainsi que les scientifiques désignent cette frontière floue entre nous et dehors. Quand nos 99 % de vide rencontrent 99% de vide...  
Où s'arrête ma peau ? Où commence l'autre ?  
Les molécules se mélangent et c'est la catastrophe.  
Je suis en toi, et tu es en moi.  
Nous sommes traversés.  

Si je touche la pierre, une partie de moi est la pierre.  
Mais la pierre ne répond pas.  

Le mot "aime" est un espace catastrophique.  

Peau-aime.  

Souillac, et ailleurs sur terre. 21 novembre 2003

 

 

 


Un jour, je le dirai

Si j'étais les bras de la nuit  
Si j'étais l'eau sous tes pieds  
Le ciel de tes rêves  
le vent dans les voiles  
le sampang solitaire et la foule en marche  

Si j'étais les mots sur tes lèvres
le sourire de tes yeux  
et la larme qui tombe  

Si j'étais le silence
la pluie sur le lac et le chemin de traverse
les pas maladroits de l'enfant  
et les caresses de sa main  

Si j'étais l'ombre de l'oasis et la datte tombée  
Le sable lent du sablier  
Si j'étais les mots silencieux et la chaleur du feu  

L'attente et le mirage du touareg sur la dune assoupie 

Si j'étais la musique des étoiles
et la planète jumelle et la face cachée de la Lune  

Si j'étais l'ivresse de la pirogue
et le rameur épuisé  
le lagon percé par le nageur  

Si j'étais la toile de l'araignée  
la rosée suspendue et le collier du jour  
le bruit de l'herbe et la chanson de tes pas  

Je le dirais

Souillac, le 20 novembre 2003


 


La vitre 

La vitre pleure à la fenêtre  
Mais les larmes se refusent à ta main  

Derrière ton reflet

Il y a toujours une île
Il y a toujours une autre histoire devant toi  
Derrière ton reflet 

Trace son lent chemin de lumière
Le miroir nu des étoiles  

Si la nuit ne tombait pas sur le lac  
Nul ne te verrait  

Derrière ton reflet 

Laisse moi cueillir à la surface  
Le nénuphar qu'il porte  

Derrière ton reflet  

Les nuits font le jour  
Aux portes des lumières  
 

J'ai ouï d'étranges amours  
aux pieds des sirènes  

Ô retenir le souffle qui passe  
l'invisible araignée brodeuse  
me grimpe sur ma main  
Je suis enchaînée aux fils de la vierge 

Derrière ton reflet  

Souillac, novembre 2003

 

 

 


Derrière tes paupières 

Derrière les paupières
Les étoiles se taisent  
Bruissent leurs robes de feu

Voici venir les oiseaux de la nuit et leurs ailes mouillées  

Et leurs musiques se confondent 

Et se ferment les velours sur les vents de la nuit  
Et les lacs du ciel étalent leurs eaux calmes  

Voiles et tentures, étendez sur les rivages vos vagues
Laissez-moi m'enrouler dans vos cheveux 

Sur les montagnes éteintes chuchotent les espérances  
Laisses venir les chants muets des soleils
Les plumes tombées caressent ta peau et tu cours à la neige  
Comme on attend le jour  

La musique des étoiles s'invente au bout des nuages
Enveloppe tiède des îles qui se tiennent la main  
Courrez en rond au sommet des rêves  
Il sera toujours temps de reprendre les minutes  
Et les secondes  
Les heures se font précieuses  
L'herbe se couche sous les pas de la nuit  
Et nos corps se dénouent sans crainte sous l'étreinte de ses doigts 

Quand nos souffles se confondent et cavalent vers l'aube

Souillac, et derrière nos paupières, novembre 2003

 

 

 

 

 

Ballade 

A son cou je me jette  
Il répond d'un air bête :  
- Attention je t'arrête,  
T'es pas pour moi sœurette  

Quand je me précipite  
Au fond des bras de l'autre  
Celui-là dit : « j’invite  
Mais mon cœur n'est pas nôtre. »  

Refrain 

J’les trouvent beaux comm’ des dieux   
Comme des soleils même  
je les aime tous les deux   
Aucun des deux ne n'aime  

Mais si je vois dans leurs yeux   
Quelque raison d’y croire   
Le moindre début d'aveux   
Fait perdre la mémoire   

- Oublions ces mots doux
Ce moment d'égarement   
"Je t'aime plus que tout"   
Ce sont des mots d'amants...

 

Tous les deux ils m'ont dit   
- Mais surtout n'y crois pas :   
Si je refais ma vie   
Ce n'sera pas avec toi  

A tous les deux j'ai dit  
- Surtout ne t'en fais pas :   
J'ai déjà un ami   
Et je l'aime déjà 

  Refrain

  Mais bon dieu quand j'les vois   
J'ai le cœur qui s'emballe 
Et au creux de leur bras   
Mon cœur crame à chaqu' fois   

Qu'est-ce que j'ai sur la gueule  
Qu'est-ce j'ai dans le cœur   
Qui fait qu'on me voit seule   
Qu'on m'aime en p'tite sœur ?   

Souillac, nulle part ailleurs , 15 novembre 2003  

 

 

 

 

Java pour Bénabar

 A son cou je me jette
Il répond d'un air bête :
- Attention je t'arrête,
T'es pas pour moi sœurette

Quand je me précipite
Au fond des bras de l'autre
Celui-là dit : " j'invite
Mais mon cœur n'est pas nôtre. "

- Oublions ces mots doux
Ce moment d'égarement
"Je t'aime plus que tout"
Ce sont des mots d'amants...

Tous les deux ils m'ont dit
- Mais surtout n'y crois pas :
Si je refais ma vie
Ce n'sera pas avec toi

A tous les deux j'ai dit
- Surtout ne t'en fais pas :
J'ai déjà un ami
Et je l'aime déjà

- Oublions ces mots doux
Ce moment d'égarement
"Je t'aime plus que tout"
Ce sont des mots d'amants...

Mais bon dieu quand j'les vois
J'ai le coeur qui s'emballe
Et au creux de leur bras
Mon coeur crame à chaqu' fois

Qu'est-ce que j'ai sur la gueule
Qu'est-ce j'ai dans le cœur
Qui fait qu'on me voit seule
Qu'on m'aime en p'tite sœur ?

- Oublions ces mots doux
Ce moment d'égarement
"Je t'aime plus que tout"
Ce sont des mots d'amants...

J'les trouvent beaux comm' des dieux
Comme des soleils même
je les aime tous les deux
Aucun des deux ne n'aime

Mais si je vois dans leurs yeux
Quelque raison d'y croire
Le moindre début d'aveux
Fait perdre la mémoire

- Oublions ces mots doux
Ce moment d'égarement
"Je t'aime plus que tout"
Ce sont des mots d'amants...

Souillac, le 26 novembre 2003

 

  

 



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