Jean-Louis Latsague

 




 

 


L’axiome de Gaïa

J’ai pleuré la montagne et ses flancs éventrés,
Plaies de pierres blanchâtres et de gravas douteux.
Les chamois sont heureux, se poursuivant à deux
Mais fuient les veines creuses et l’herbe desséchée.

Vaines lamentations sur les plages souillées,
Plastiques et pétrole cassent mon rêve bleu.
Faute aux politiciens et financiers véreux.
Où sont les coquillages et le sable mouillé ?

Là où se posent les yeux, les déchets sont légions
Et le vent baladeur apporte des poisons.
Gaïa, la belle bleue ne se reconnaît plus.

Nourrissant de ses flancs les serpents qui la tuent,
Elle agonisera, bientôt ne pourra plus
Supporter les humains que déchoit le destin.

24 Janvier 2006

Libre de tous droits au bénéfice de la Journée Mondiale de la POESIE
au FESTIVAL MONDIAL de la TERRE 2006







Petit conte délire rendu à son extrémité

A la première réunion, retrouvailles d'après l'exploit, toutes à terre assises en rond, ça papotait gaiement. Demi pointes en blanc, pulls noués sur les reins, on tirait des plans sur la comète. Non non, le restaurant ne s'appelle pas La Comète, même si ce nom donne envie de découvrir quelque chose de nouveau. J'ai toujours eu cette impression.
Il ne faut pas partir trop tôt, ni à l'envers. Sais-tu où tu vas ? J'ai tellement tourné en rond que j'ai perdu le nord. Même sa fille ne s'y retrouvait plus. Elle avait casé le cheval à coups de chevilles. J'avais bien compris qu'elle ne faisait pas comme elle voulait. Le choix n'était pas compliqué, le feu ou la fuite. Fuite en avant, c'était trop simple, autant se lâcher dans le vide mais point de profit, ça passe trop vite. Trop vite, le vide ?
Alors il restait la musique, et danser, jouer le compte et se compter enjouée. Jouer la danse, l'enjouée, danser la joue rose et enjouée. Joie de danser, pas besoin de se caser le cheval ou de se lâcher dans le vide. Sur l'élan, elles repartaient à l'assaut d'un autre exploit, nourries de la joie de danser le feu de la vie.

11-05-2005

NDLA : juste après le gala, impressions de la "technique" à l'écoute du ballet qui se retrouve … C'est ma tendresse à moi, les voir évoluer sur les parquets séculaires, yeux de biches et voix d'enfants, belles à tomber par terre, petits oiseaux survolant la vie commune. Chaque jour différent, tantôt ici et parfois loin, pour la joie des spectateurs qui payent parfois fort cher le droit de vibrer avec elles. C'est cette intimité de la beauté qui se fond dans chaque geste, chaque regard, qui s'affine et se révèle dans l'effort de perfection, cette beauté qui remue le plus profond de ma vie. Peindre et sculpter, écrire des poèmes et "faire la technique" pour les galas, c'est plus qu'une joie, c'est Joie pure. Telle est ma vie.

 

 



Après l’été 

Les fruits se sont donné, tomber n’est pas périr.
Après l’été, bêtes aux champs, gibiers y fouillent.
Les chiens s’affolent, au vent la truffe mouille.
Châtaignes aux chemins hésitent à s’ouvrir.

Après l’été, les grands troupeaux vont revenir
Aux arbres malheureux qu’octobre dépouille.
J’offrirai les couleurs, d’ocres et de rouille.
Automne flamboyant, mourir et reverdir.

Le temps ne compte plus, il ne fait que passer.
Aux ruisseaux chantonnants, les enfants ont dressé
Des moulins ; derrière eux, refermons les barrières.

Les charbonniers aux bois, sonnant les prières
Des arbres abattus, y font clairières.
Profitez bien avant que l’hiver soit méchant.

19 juillet 2005



 




Pour une fois, pas de recherche alambiquée, pas d’alexandrins … juste une plainte intérieure, une douleur féminine.


Demain

Demain, derrière ma porte, restera ta main,
Trace indélébile, écho persistant, dernier lien.
Dormir lovée dans cette envie, ensevelie de caresses.
Ce soir, les yeux écarquillés, je rêve encore de toi.

Echo de ce regard, l’ombre de tes cils sur ma joue,
Résiste ma peur de vieillir toute seule, toi parti trop tôt.
J’ai vu mes rides, pas très grosses, et le miroir me saute au visage
Comme la misère qui me creuse le cœur.

Seule, je reste seule avec ma vie d’habitudes.
Chagrin lancinant, effrayant de l’impasse entrevue.
Je ferme les yeux lentement, cherchant le calme.
Au ciel du lit, parfum de rêve, persiste ta présence.



Emile Nelligan, ma passion

Beauté n'est jamais si belle que partagée.
D'un piano pleurant l'émotion esseulée,
Emile est mort ; c'est vrai, mais de ce poids léger
Nous admirons encor campagnes enneigées.

Et que restera-t-il quand nous serons partis
Qui ravive l’éclat des souvenirs enfouis ?
Un gros bourgeon gommeux, l’écureuil qui sourit,
Le joyau d’un glaçon transcendé par la pluie.

Fantôme, où t’en vas tu ? C’est ici qu’est la vie
Eternelle et jolie, sans rupture de saisons
Et sans doute ou remords ; pas de terminaison
Aux bleus du firmament, aux confins d’infini.

08 Mars 2005, hommage au plus grand des Canadiens





 

Etoiles

Comme un écrin profond pour cacher des joyaux,
Le ciel est recouvert de nuées amassées.
Mais pour vous consoler, un arc-en ciel tressé
Dit les astres cachés aux coeurs purs et loyaux.

24 Septembre 2004






La peur d'avoir peur

Je n'ai plus peur d'avoir peur
Bien qu'il arrive que j’aie la trouille.
Finalement, c'est rassurant car le sachant,
Je goûte la saveur d'un instant
Entre ma trouille d'avoir peur et moi
L’humain qui vit sa trouille.
Je choisis de pouvoir agir
Sans déclic de machine a peur,
Automatisme du "petit moi"
Elle se fout de savoir pourquoi,
Du moment que j'ai la trouille
Sans véritable raison,
Se réjouit de ma déraison.
Il suffit d'en avoir les couilles,
je n'ai plus peur d'avoir peur.

02 Septembre 2004

 



 

Femme-fleur

Avec ses beaux yeux clairs, elle m’avait aguiché, 
Avec son corps d’enfant, son corps de femme-fleur 
Hante mes souvenirs, frisson d’une senteur. 
Maintenant je suis seul, mais toujours entiché.

Les souvenirs trop doux dans mon cœur sont fichés. 
J’ai appris à souffrir ce que les pires heures 
M’infligeaient au silence et privaient du bonheur. 
C’est ce que je croyais pour toujours affiché.

Pourtant j’en ai pleuré mais n’ai plus de courroux, 
Rien ne peut effacer les souvenirs trop doux 
Conservés au grimoire qui rend la vie si riche.

Maintenant je suis seul, mais rien qui ne triche 
Ne subsiste en mon cœur, ou mon cœur est en friche. 
Je connais ce regard et savoure son prix.

24 Juin 2004

 

 


Ici & maintenant

Si je parle du temps, c'est qu'il n'est déjà plus ;
Tel une goutte d'eau cherchant son origine,
Oubliant que la mer lui sert de trampoline,
S'évapore au soleil, omettant qu'il a plu.

Le temps n'existe pas, il ne fait que passer.
Tous les mots prononcés ne sont pas des miroirs,
Ils génèrent énergie du futur, un espoir.
Ici & maintenant, on ne peut s'en passer.

Ennemis des langues locales - de tout langage articulé - 
Certains se voient déjà dans un monde en anglais,
Et tranchent sans regret leurs racines natales 
En évoquant la langue des ordinateurs ... 

Moi le mien sait parler plein de langues vivantes.
L'anglais, c'est pour quand il se plante : 
C'est le langage des erreurs. Fatal Error !

24 Aout 2004

 

 


Si d'aventure, vous sortiez du jardin avec une impression pénible de n'avoir pas fait grand-chose, c'est sans importance. Il n'y a pas que le potager qui produise, les fruits à ramasser, les haricots qui envahissent tout. Il y a la présence, silence et sourire pour ce qui vit. Et le jardinier qui ne s'écoute pas oublie trop souvent que sans sa propre préparation, tout peut arriver ...

La pluie a suspendu son pleur immodéré
Mais un doute subsiste à propos de la suite.

Il pleut
A petits coups
Sur le dos des ruisseaux
Qui vont bondissant vers la mer
Longtemps

Le devoir d'une averse ne tient qu'à peu de choses,
Mais il est capital pour la survie des roses.

Retient
Toute l'eau
Qui te coulait des yeux
Pour m'irriguer le fond du cour.
Il pleut

A moins d'être aveuglé, tout me pousse à oser.
Il va pleuvoir encore et j'apprends à nager.

21 mai 2003

 

 

Une histoire de polypode

Tous tes bras qui sont là
Servent-ils à la fois ?
Si oui, quelle joie ...

On peut imaginer
Tous ces bras-là croises,
Attendant le dîner.

Non, c'est trop peu, que ça ;
Alors, toutes mes mains a plat,
Je te caresse ou tu voudras.

A la fois tout et rien,
Que ça ferait du bien !
Mais ils ne sont pas miens 

Hein ? Un assemblage de mains, multiples et joignables, pour faire une énorme main qui pourrait caresser partout a la fois ! Ma foi ... on peut toujours essayer ; ça n'engage que toit, celui des toutes ces mains jointes pour protéger, pour abriter. Quoi encore ?
Peut-être pourrai-je prêter main forte ... dans un gant de velours qui saurait consoler tout à la fois ici et nulle part, tout autour et dedans, ça aussi. Bon, je passe la main, à bientôt. (Mai 2004)




Il reste un rêve d’herbe bleue

Brûler les larmes au fond des yeux
Ou n’avoir qu’un regard pour deux.

Il reste un rêve d'herbe bleue
Rêve à tresser dans tes cheveux.

Inutile de penser pour deux
Nombreux sont ceux qui pensent à nous

Et qui oeuvrent depuis les cieux
Sans obliger d’être à genoux.


Inutiles les mots d’alarme,
Tous les mots à cran d'arrêt

Pourtant je suis toujours prêt
À vouloir boire tes larmes.

Brûler les larmes au fond des yeux
Ou n’avoir qu’un regard pour deux.
Il reste un rêve d'herbe bleue
Rêve à tresser dans tes cheveux.

Aux arcades de notre lit
L'envers soulevé souligne

Belles courbes qui s’alignent.
C’est de toi que j’attends le oui.

Poser mes pieds sur ton plancher
Le souffle court, sens apaisés

Par la douceur d’un long baiser
Sans penser que c’est un pêché.

Brûler les larmes au fond des yeux
Ou n’avoir qu’un regard pour deux.
Il reste un rêve d'herbe bleue
Rêve à tresser dans tes cheveux.

Tous les matins se raccrocher
À l’idée que tout commence
Nos corps collés, rêve d’enfance,
Tous les matins se rapprocher

Le temps qui fuse s’est emballé
Tout va trop vite et je m’use.
À vouloir câliner m’amuse
Mais plus rien ne me fait rêver.


Brûler les larmes au fond des yeux
Ou n’avoir qu’un regard pour deux.
Il reste un rêve d'herbe bleue
Rêve à tresser dans tes cheveux.



06 Aout 2004



Il ne manque ...

Effondré de terreur, il garde les yeux clos, prostré comme un animal réduit dans sa dernière demeure. Le sombre de sa joue, privée de sang soudain, attire une mouche joueuse. Un frisson le parcourt, il n'ose plus bouger, à peine respirer, surtout pas la chasser. Un fond de rumeurs venues du dehors subsiste en vibration, présent comme un bruit coutumier. Il ne manque que si peu de choses pour apaiser sa peur.

Debout devant la porte, elle ne sait plus que faire. L'approcher doucement pour lui parler, à voix basse d'abord, mais elle sait comme il hurlerait à sa venue. Elle attend depuis si longtemps que sa vie reprenne un sens commun. Elle ne comprend plus, et comme lui elle est perdue. La mouche a parcouru tout un territoire, détournant un moment l'attention. Elle sent que quelque chose se passe, elle sait qu'elle pourrait tenter un geste ; idiot, peut-être, mais quelque chose. Il tremble à présent, oubliant tout du monde qui l'entoure, de l'attention lassée de celle qui ne sait plus qu'inventer.

La pièce est ravagée, tout est renversé et brisé, il ne manque ... que la main qui saura apaiser cet être enfermé dans sa douleur si dense, son incompréhension épaisse, sa fragilité ultime. Il s'endort à présent, recroquevillé sur lui-même, épuisé. La folie n'existe-t-elle que par la réaction, que par le jugement ?

Il ne manque rien à cet homme cassé de doutes et de terreurs intimes, il est entier dans sa forme, dans sa motricité et dans son expression. Il ne manque qu'un peu de patience, un peu de silence. Juste un petit peu, si peu que tout pourrait basculer dans une normalité régénératrice pour lui. Les autres n'ont plus de solution, hors la camisole chimique. Rien ne peut arriver maintenant, il dort à poings serrés, avec un masque de dureté sublime de force. Il se bat, il se bat jusque dans son rêve. Je l'ai attirée au dehors très doucement, comme on guide un enfant somnambule.

Sans réaction, elle s'abandonne à l'abri de mes bras serrés autour de sa taille, sa tête bascule lentement sur mon épaule. Sans forces, elle tient debout par miracle, inondée de sueur froide qui perle en gouttes fines sur sa tempe et dans son cou. Il ne manque qu'un peu de beauté pour adoucir sa vie, un peu de calme et de clarté. 

Au fond de ses yeux, le désarroi voile l'étincelle qui rend le regard inimitable. Ses paupières rougies contrastent avec la petite larme d'abandon qui suit le sillon de sa joue. Rien. Elle ne vit pas, en état d'économie pour ne pas sombrer dans le coma, refuge ultime. J'ai tire la porte derrière nous, laissant le capharnaüm abrité des regards trop curieux. Mon collègue la couche sur un brancard léger et moi je cherche mon souffle profondément. Un gendarme monte l'escalier sans précaution, réveillant des échos de bois grinçant et de chocs sourds, de pas pesants.

Il ne manque plus que cela, il est temps de sortir d'ici, de voir la pluie qui brille sur le pavé, de sentir l'odeur acre des échappements, de remplir mes yeux du rouge rassurant de mon engin d'intervention. Je pose mon casque sur le siège, décidé à respirer par force s'il le faut ; dans le bac de portière, il reste un paquet de cigarettes. J'en prends une, cherchant un passant qui fume, car je n'ai ni briquet ni allumettes. Normal pour un pompier qu'il ne manque que le feu, après l'avoir vécu et combattu. C'est l'incohérence des choses devenues indispensables, recherchées juste au moment où plus personne ne peut vous les donner. Il ne manque qu'un passant fumeur et peu pressé.

Extrait de "La brume des envies" mars 2001, souvenirs personnels de ma jeunesse active.





Je suis l’oiseau

Si loin que porte le regard, l’air tremble des rumeurs que la terre porte en elle. Point de repos, la vie est là, tapie ou triomphante, et le vent se pare des atours que les oiseaux lui donne. Inconscients ou téméraires ? Qui saurait dire ce que font les oiseaux, lancés dans des poursuites qui rien ne justifie ...
A la porte des rêves, brûle une lampe sourde pour guider les âmes perdues, celles qui errent de chemin de prières en pardons de pierres ouvragées. Parfois un pauvre diable de passant, malgré son gros pull de laine rêche, sent sur sa peau le souffle de pénitence. Il hâte le pas, parfois se retourne mais jamais il ne voit quoi que ce soit. Gardes toi de percevoir si peu que ce soit ces présences que nul ne voudrait croiser. Tous les livres des secrets ont déjà dit cela, mais je sais comme c’est difficile à l’Homme de se souvenir.
Il perd la mémoire, parfois volontairement, et plus souvent de manière inconsciente. Grand confort de ne rien savoir, paix fabriquée de petits mensonges intérieurs. Je vous le dis, passants qui ne veulent rien savoir, un jour vous verrez et vous aurez bien plus qu’une petite sueur froide. Et quand descend la nuit, sœur de terreurs et de silences muselés, il ne reste qu’un petit fanal tremblotant. C’est heureux pour les curieux qui seraient en quête d’exploit.
Je ne suis pas tombé sur la tête, il y a toujours eu des gens plus fous que d’autres, de ceux qui provoquent les catastrophes, qui vont chercher les coups et qui se rient de la mort. Parmi ceux-là, quelques uns sont des anges qui se promènent parmi les humains, mais ils ont des lacets rouges à leurs bottes, des pompons à leur bonnet et des sourires que rien ne peut éteindre. Dans les rêves des autres, il reste des incompréhensions, des interrogations, des envies, des essais inassouvis. Car pour autant que vous poursuiviez un de vos rêves, ne lâchez jamais la première idée, le premier jet.
C’est celui du souffle créatif, c’est celui de l’invention loufoque dont tout le monde, parmi les gens qu’on reconnaît sensés, dit que c’est un fiasco en embryon, une catastrophe à brève échéance. Si vous conservez votre cap, si vous tenez la main de votre ange, vous réussirez, l’Histoire prouve la vérité de mes mots.
Aussi loin que porte le regard, il y a ceux qui hésitent toute leur vie et les autres. Comme pour les lampes sourdes, deux possibilités : allumé ou éteint. Les allumés continuent le chemin, les autres rentrent dans le rang des pauvres passants qui sentent le frisson des choses éternelles mais qui ne peuvent y accéder.
Je vois ceux qui dorment, roulés dans leurs peurs et leurs refus. Je les pousse parfois sur le pas de la porte des rêves mais ils n’ouvrent pas les yeux du cœur, ils crient qu’on les assassine. Je suis l’oiseau du savoir et de la patience, vêtu de noir, perché sur les croix qui bornent les chemins.

Et je ricane dans le dos de ceux qui croient savoir, amusé de leur sursaut. Oh oui, j’aime les taquiner, parce que rien ne les fait dévier de leurs certitudes de croyances, de petits mensonges inavoués. Je les sais faillibles, je les provoque, je les excite parfois, mais sans forcer quoi que ce soit. Dame Nature les contraindra quand le moment sera venu.

20 octobre 2004






La blancheur d'une page

Je ne peux te conter ce sud imaginé, 
Mes mots ne pleurent pas cet espoir inventé, 
En lignes diluées sur la page bleutée, 
Lève toi et marche vers ce but deviné. 

Les rues chantent la vie, et les passants pressés 
Vont chemin devant eux, ils rêvent de soleil. 
La pluie brouille tes yeux, regarde bien ce ciel. 
Qui offre ses beautés, des couleurs insensées. 

Que puis-je te donner que tu n'aurais déjà. 
Trouve en toi le chemin qui te fait découvrir 
Ce qui vibre en secret, finissant de s'ouvrir. 
La muse est sur ta main morsure de naja. 

Accepte de souffrir les affres d'écrivain, 
Brûle en toi la passion d'un rêve inassouvi, 
Respire les parfums que nous offre la vie. 
Patience aboutira, pas un effort n'est vain. 

octobre 2003

 



Le chant du Hérisson

La nuit commence son travail de noir, de silence et de calme. Quoi que … ce calme apparent cache bien des mystères. Je n’en veux pour preuve qu’un tout petit évènement vécu la semaine dernière.
Ma tasse de thé posée sur le bord du perron, je cherchais mes cigarettes et mon briquet. Je sais, je suis une victime expiatoire de ma maîtresse Nicotine. Avant d’avoir allumé l’objet boutefeu, un mouvement ondulant au ras des maisons, de l’autre côté de la rue, attira mon attention. Madame Martre se dépêchait vers quelque tâche coupable, mais avouons qu’il faut bien des victimes aux prédateurs, se nourrir dans la nature n’est pas toujours chose facile. Donc elle ondulait de son petit trot souple, et la suivant des yeux, je vis une ombre bleue qui remuait drôlement le long du passage à brouettes.
Croyez le ou non, il reste des vestiges bien conservés du temps jadis, celui qui voyait certains outils maintenant disparus. La martre empressée allait sûrement croquer gaillardement l’imprudent si visible, j’en avais les poils dressés sur les bras.
Je n’avais plus envie de fumée, et fourrant en vrac mon attirail dans ma poche, je descendais vers la martre et l’ombre bleue. La bête maligne me vit et coupa court au travers des jardins, plus soucieuse de m’éviter que de rater sa victime. Je continuais vivement, ayant peur que la martre ne revienne, abritée des regards et plus vite que je n’aurais pu parvenir au bout d’ombre bleue qui trottinait dans le soir.
Je m’approchais et je vis, quelle surprise, une maman hérisson accompagnée de ses quatre bébés en file indienne. Je ne les avais pas même soupçonnés. Depuis le pas de ma porte, la distance était trop grande et la nuit déjà bien foncée. D’un seul geste, je saisis la mère et la fourrait dans mon chandail, tiré par le bas pour former une poche. Elle poussa un petit cri rigolo qui devait vouloir dire « qu’on me lâche, laissez moi mes bébés ».
A tour de rôle, je fis la même chose pour chacun des quatre petits, petites boules agitées qui farfouillaient dans mon pull. Eux aussi, ils poussaient de drôles de petits cris, mais plus aigus et assez brefs. Et voilà mes quatre gredins qui se mettaient à chanter, chose peu commune. Reprenant mon chemin, je me dirigeais vers le bas du village.
Juste après le bureau de tabac, le seul commerce qui subsiste ici, je tournais en direction de la rivière et je dépassais ce que la municipalité appelle pompeusement le stade. En contrebas, une grande prairie, bordée de noisetiers sauvages et de quelques chênes séculaires, est close par un bâtiment agricole qui ne sert pas beaucoup. Gros avantage, il est ouvert sur le côté, mais on ne peut entrer qu’en escaladant un tas de bois coupé, empilé pour barrer le passage. Ils seraient bien dans cet enclos, vaste et humide. De l’herbe pour jouer et croquer des limaçons, leur nourriture favorite, la haie de noisetiers au bord de la rivière et le hangar pour s’abriter et inventer des bêtises. Quoi de plus naturel et accueillant …

Je me suis assis dans l’herbe déjà haute, ouvrant la poche formée avec le bas de mon chandail. La mère se précipita vers l’abri des hautes herbes, fit quelques pas saccadés et commença sa chanson. Deux des galopins la suivirent, mais les deux derniers continuaient de fourrager dans mon vêtement. Alors maman hérisson revint sur ses pas et se planta face à moi, modulant une véritable mélopée. Les deux attardés répondirent en cœur mais ne sortant toujours pas de mon abri douillet, la mère s’approcha de moi et mis ses deux pattes sur mon genou. Elle voulait voir ce que faisaient ses deux rejetons.
Le cœur en fête et secoué de rire, je pris les deux têtus sous le ventre pour éviter les petits piquants acérés. Je présentais les bébés manquants à la maman qui les renifla fortement, poussant des grognements de désapprobation. Ils venaient de se prendre une engueulade mémorable mais continuaient à fourgonner autour de moi.
J’ai joué un bon moment avec ce petit monde, oubliant mon pantalon humide, mes chaussures salies, le froid qui tombait et le monde entier. Mes cigarettes écrasées dans le paquet humide, au fond de ma poche, attira l’attention de l’un d’eux. L’odeur devait l’incommoder et il pris ses jambes à son cou, filant dans le chemin tracé par les frères. L’autre resta encore un peu, tournant autour de moi en chantant doucement. Il devait savoir de quel horrible sort je les avais protégés pour me traiter de la sorte. Je suis persuadé que les animaux savent bien plus de choses qu’on ne veut le reconnaître.
Je vous promets d’y retourner bientôt pour vérifier que ma famille de hérissons vit tranquillement. Mais je ne vous dirai pas comment y parvenir, vous leur feriez peur avec vos bruits de voitures, le claquement des portières et vos voix trop fortes.
Ils aiment le silence, et moi leur petite chanson.

06 mai 2004





La lune, imprudemment …

La lumière argentée qui vrille les collines
Ouvre des horizons, des ombres et des abîmes.
En rasant les maisons que le destin domine
La lune, de l’orient perdu, vers l’occident chemine.

Passager clandestin, satellite égaré,
Morphée s’est dévoilée en rêve inachevé.
Bijou, perle moirée dans la nuit étoilée,
La lune, lentement, éclaire les nuées.

Palissant le réel et dominant le ciel,
Apaise les inquiets, transforme d’irréel
Le moindre objet banal et puis le renouvelle.
La lune, imprudemment, me fait pousser des ailes

17 septembre 2005




 

 

 

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Jean-Louis Latsague 

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Le poète est un enfant qui n'en revient pas d'être homme.