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Nathanaëlle Janed

 

   

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Au royaume des algues

Ce soir tel Narcisse, notre  ami Pierrot
Sur un pont du Grand Parc, se pencha un peu trop.
D'un coup, il tomba dans l'ornemental bassin.
Alors, sous les nénuphars roses pour son bien,
Une sirène l'entoura d'une bulle d'air
Et l'entraîna de cet étang jusqu'à la mer.
Les eaux communiquent sous la terre, cela,
Pierrot le découvrit dans ce périple-là.
Avec confiance, il suivit la sirène.
Ce qu'il vit le remplit d'une joie extrême.
Il fût, à l'abri dans sa bulle étanche,
Invité dans des châteaux d'écume blanche
Cernés de jardins coralliens où les concerts
Et les bals sont permanents, en cet univers,
Tous les gens sont joyeux, tout y est bleu et blond,
Les perles roulent sur le sable des grands fonds.
Sur la musique, des bancs de poissons dansent.
Ils vont, ils viennent et nagent en cadence.
De son voyage, Pierrot remonta un présent :
Un coquillage nacré aux reflets d'argent
Et le souvenir orange d'étoiles belles,
Mais ô combien différentes de toutes celles
Qu'il côtoie, la nuit, dans l'immensité du ciel
Autour de la Lune et ses reflets de miel.







Du soir au matin

Sours de la Lune si claire
Et du Soleil rutilant,
Chacune a quasiment l'air
D'une jonquille au Printemps.
Pures blondes aux reflets d'or
De cuivre ou de platine,
Elles arrivent tour à tour
A la fête de citrine,
Et, du début, étincellent
Jusqu'à la fin du Bal.
Courtisanes éternelles
D'un Palais Boréal,
Elles dansent jusqu'au matin,
Éprises de coquetterie,
Car la Nuit leur appartient,
A jamais, pour toute la vie.
L'une baille discrètement,
C'est peut-être la plus dorée.
L'autre s'étire lentement,
C'est elle la plus argentée.
Alors les joyaux du ciel coiffent leurs cheveux.
Lorsque l'Aube déploie son lumineux voile,
Leur présence s'effiloche peu à peu.
Ainsi, jusqu'au Soir, s'endorment les Étoiles.






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        Un mandarin en manteau de soie rouge, coiffé d’un chapeau mexicain, boit du thé citron assis dans une pirogue poussée par la force gracieuse d’un gondolier qui chante un blues en polonais sur un canal bordé de tulipes et de palmiers devant une Tour Eiffel illuminée en plein cœur des neiges sous un soleil de plomb…

       

        Il s’agit simplement là de quelques échos d’une même planète mélangés dans le cornet d’un jeu de dés que j’ai lancés sur un tapis rouge dans la pampa argentine.

 

        Je rejoue ?

 

 











Farandole

C'est Carnaval ! Mais pas celui de Venise.
Car aujourd'hui la Nature se déguise
En miel, en cuivre, en ambre, or et rouge.
Les feuilles valsent, tournent, roulent et bougent.
Saveurs de raisin, de châtaignes et de pommes.
La musique est celle du Vent de l'Automne.
Vers quelle contrée vous éclipsez-vous ainsi,
Ô ardentes feuilles pourpres et cramoisies ?
Danser ! Disent-elles en suivant la rafale.
Le singulier tramway qui les emmène au Bal,
Là-haut, dans un château, sur une nue ouatée.
Hèle Zéphyr, avec nous il va t'inviter !
J'appelle le Vent qui aussitôt m'entraîne
Au Bal fastueux du Château de ces Reines.
Là où les feuilles se transforment en femmes.
Dès leur prompte arrivée, on les acclame
Car leurs somptueuses robes aux lignes pures
Gardent les tons de leurs automnales parures.
Zéphyr, le lendemain, ici m'a ramenée,
Mais les feuilles-femmes sont au Bal à jamais !







Fée des glaces

Accroupie sur le rivage d'un lac gelé,
Elle joue là, en ce miroir improvisé,
Des reflets de sa tiare de glace claire,
Véritable parure d'eau de lumière.
Des cristaux d'argent brodent sa tenue pâle,
Neige en dentelle pour reine hivernale.
La lueur irisée d'une perle fine,
Blanche comme la soie de Chine,
Rend son cou plus rayonnant que la lune.
Ce fut le cadeau d'une sirène brune
Qui la remonta des grands fonds de l'océan.
Ce soir, les violons répètent un air dansant
Autour des fontaines de givre, pour le bal,
Le palais est paré de fleurs nivéales,
Car viendront des amis du Pays Suomi.
Le décor, à la ronde, jusqu'à l'infini,
Se dessine en harmonies de bleu et blanc,
De banquises sculptées en icebergs géants.
Quand, sur la mer, le soleil darde son éclat,
La beauté scintille en ce royaume-là.
Car sa lumière à elle, son aurore,
Demeure celle de l'Étoile Polaire.
Depuis des milliers d'années, elle vit au Nord,
Dans les nuées, bien au-dessus de la Terre.







Apogée

Au début d'avril naquit ce charmant bébé
Sous le fier et courageux signe du Bélier.
Puis, ce bourgeon tendre et presque fragile
Déploya une élégance subtile.
Après le frais, vert et euphorique Printemps,
Elle n'était dorénavant plus une enfant.
Belle, noble, distinguée et épanouie,
Tout l'Eté, elle adora Soleil et Pluie
Mais elle attendait le radieux Automne,
La Saison où elle porterait couronne.
Car les feuilles des arbres, comme les roses,
Ont droit au triomphe, à l'apothéose.
Pour la gloire, elle avait embrasé son teint
D'orange, de jaune vif et de rouge carmin
Qui peu à peu devinrent le cuivre et l'or,
Avant de quitter sa branche et, tout d'abord,
S'en détacher d'un coup avec ravissement
Pour s'envoler à jamais avec le Vent.







Atlantis

Derrière la vitre étoilée
Par l'éclat des gouttes de la pluie,
Mon haleine, trois fois l'ai soufflée.
Dans le flou du halo de buée,
J'ai dessiné un petit poisson.
Quelques secondes ont défilé.
Etait-ce l'appel du Grand Large ?
Evaporé, il avait déjà fui.








La chanson d'aquilon

J'aime la musique du Vent d'Hiver,
Celle qui s'échappe des courants d'air.
Hou-hou aux coins des rues, aux coins des bois,
Quel est donc l'Elfe qui crie « cherche-moi ! »,
Joue à cache-cache entre les toits ?
Si je sors, la Pluie l'accompagnera.
Il m'aspergera d'eau ou de poussière,
Cinglera mes cheveux dans l'air polaire.
Je l'ai vu une fois, ce bel homme
Soulever les feuilles de l'Automne.
Il riait fort en les éparpillant,
Il dansait, s'amusait comme l'enfant.
Vois ! La course des nues s'accélère,
Le Vent du Nord reste un mystère.
Je le sais parfois assis sur mon toit.
Il souffle dans une flûte de bois,
Envoie ses rafales d'éther gelé
En arabesques et boucles piquées.






La fine bouche et le gourmand

Elle était exquise Terrienne,
Il était splendide Sélénite.
Incontestable épicurienne,
Elle vivait en noble esthète.
Lui, était un complet néophyte
Envers Arts et plaisirs de la Terre.
Un soir, alors qu'elle guettait la nuit,
Il descendit sur un rayon de Lune.
Le regard bleu de mer l'avait séduit.
De plume, il n'en possédait aucune.
Il ne s'appelait pas l'Ami Pierrot.
Un palais dans la Sérénissime.
Ils s'y retrouvaient le soir, en duo,
Pour de succulents soupers intimes
A la lueur des chandelles dorées,
Sur les violons et les mandolines
Des airs vénitiens des siècles passés.
Plus vite que la météorite,
Il arrivait aux pieds de sa Belle,
Raffinée, généreuse et parfaite,
Qu'il ne quittait pas de ses prunelles
Iridescentes comme sa planète.
Elle l'éveillait à la Poésie,
Aux BEAUX-ARTS sous toutes leurs facettes.
Mais il préférait la pâtisserie.
Puis, il aimait à en perdre la tête
Les courbes idéales de la brune.
Les deux pommes de son décolleté
Lui évoquaient les rondeurs de la Lune,
Troublantes, discrètement suggérées.
Innamorata, la Signorina ?
Non, mais chaque chose vint en son temps !
Elle le fut quand elle présenta
Des viennoiseries sur un plat d'argent.
Voyant l'homme ému tel un enfant
Devant les croissants de Lune au beurre,
Elle fondit comme du chocolat.
Le gourmand devint le gourmet de son cour.







La trêve du confiseur

A la pendule des Saisons sonnait l'Hiver
Comme à travers un voile de tulle fin,
Sous brume légère et pâle lumière,
Je découvrais les tendres contours aériens
D'un feuilleté flou de topiaires et de buis.
Le jardin s'était déguisé en sorbet pastel.
Le décor s'était irisé pendant la nuit.
Un sucre de cristal transformait en caramel
Muret de pierres blondes comme terrasse,
Tous les deux constellés de noix de coco râpée.
Les buissons verts, saupoudrés de sucre glace,
Etaient devenus puits d'amour, soufflés meringués,
Brioches nacrées, babas et desserts d'apparat.
Je piétinais des cassonades lunaires.
Et, bientôt, sur le sentier, je glissais sur l'aplat
D'une fraîche pastille de menthe claire !
Des paillettes de vergeoise ivoirine
Poudroyaient sur les sarments nus du seringa.
Ce prodige, cette pâtisserie fine,
Quel fabuleux génie, quelle fée la créa ?
C'était la splendide et brune sylphide
A la tenue soyeuse et opaline.
Je l'avais suivie dans le matin timide.
Elle venait de la campagne voisine.
Lentement, elle panachait la Nature.
Petit à petit, à la cadence de ses pas,
Elle revêtait les arbres de parures,
De coquetteries de stars pour soirs de gala
Soudain, souriante elle courut vers moi,
Clignant du bleu pervenche de sa prunelle.
Toute cette scintillante merveille. Vois !
Mais chut ! Garde le secret, murmura-t-elle.
C'est de la pure poudre de neige mêlée
De poussière d'Étoiles de la galaxie !
Totalement ivre de bonheur, je l'étais,
Le givre, elle le distribuait ainsi.

   







 

 


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