RICHARD GUILLERMIC

 

 

 

 
A cœur perdu


Un matin, on se retrouve assis
Derrière la porte des urgences...
On sait bien que tout n'est pas fini,
Mais on redoute ce qui commence...

Laisse le vent souffler, laisse le temps passer.
Bâillonne ton cœur et arrête de penser.

Prends le jour comme il vient, sans aucune inquiétude,
Reste au présent : l'avenir est incertitude.
Ce qui est fait est fait, tu n'y peux revenir :
Le passé est passé, à quoi bon réfléchir ?

Arrache de toi tout ce qui est espérance,
Vas ton chemin, sage et bardé d'indifférence :
Laisse le vent souffler, laisse le temps passer,
Bâillonne ton cœur et arrête de penser.

Regarde la mer et laisse passer ta rage,
Regarde la mer. Elle est forte, elle est sauvage.

                           ...........

Ronde 

1.

Excusez - moi si je suis noir
Ce soir,
Excusez donc un amoureux
Heureux :

Hier j'ai dansé avec elle,
Si belle,
Hier, j'ai touché sa frimousse
Si douce !

Toute petite entre mes bras,
Je crois
L'avoir serrée contre mon corps
Trop fort.

Je n'ai jamais connu pareille
Merveille :
Instants trop courts, instants suprêmes...
Je l'aime...

2.

Excusez moi si je suis noir
Ce soi
Je dois la chasser de mon cœur !
J' ai peur !

Car tout autour de moi s'écroule...
J'me soûle
Pour oublier son beau visage.
J'enrage 

D'avoir été berné, trompé,
Dupé !
Je ne reverrai plus ses yeux !
Adieux...

3.

Excusez moi si je suis noir
Ce soir,
Je trouve que ce vin fripon
Est bon !

J ' ai oublié toute ma peine,
Ma haine,
Afin d' apprendre le sourire,
Et rire...

                 ...........


Éclaircie

Tu es venue comme un rayon de soleil.
Je broyais du noir et j'étais pessimiste.
J'étais amer, tu m'as fait goûter le miel :
Et je constate que ma vie n'est plus triste...

Égoïste, je ne pensais qu'à mon sort,
Je croyais que j'avais gâché ma jeunesse,
Tu es venue et je reconnais mes tords,
Mais surtout, n'abuse pas de ma faiblesse.

J'avais froid mais tu m'as réchauffé le cœur,
J'avais peur, tu m'as redonné l'espérance,
Je pleurais, et tu as su sécher mes pleurs,
Tu m'as apporté la joie, la confiance.

                     ...........


Ballade de l' amoureux

J' aime le vent sur mon visage,
J' aime le ciel quand il est bleu,
Et j ' aime aussi ses lourds nuages
Quand il tonne fort et qu'il pleut;
J' aime la pluie dans mes cheveux
Et le grand vent qui les rend fous,
L' eau ruisselant devant mes yeux,
Mais je t' aime par dessus tout.

J' aime la mer un jour d'orage
Qui se lance à l'assaut des cieux,
J' aime tant les vagues en rage,
Ces tourbillons tumultueux
Fouettant le roc tout écumeux.
J' aime la mer dans son courroux
Qui hurle son cri fabuleux,
Mais je t' aime par dessus tout.

J' aime les flots quand ils sont sages
Étincelants sous le ciel bleu,
Et j 'aime faire un long voyage
Sur un voilier silencieux.
J' aime le calme merveilleux
D'un cormoran, par dessus nous,
Et ce pêcheur, seul et heureux,
Mais je t'aime par dessus tout.

La mer peut rejoindre les cieux,
Le vent peut être sec ou doux,
De cela je me soucie peu 
Car je t'aime par dessus tout.

                ...........

Toi aussi

(villanelle)

Oui, toi aussi on te prendra
Et tu ne pourras rien dire
Quand un beau jour tu aimeras.

Ce jour tu lui tendras les bras
Et il goûtera ton sourire.
Oui, toi aussi on te prendra !

Moi, je resterai tout seul, là,
Je ne pourrai pas te maudire
Quand un beau jour tu aimeras.

Et tu feras ce qu'il voudra,
Puis tu oublieras de m'écrire...
Oui, toi aussi on te prendra.

Enfin, ton cœur se donnera,
Alors je te ferai bien rire
Quand un beau jour tu aimeras.

Oui, je sais, quelqu'un viendra
Prendre ton cœur et ton sourire,
Je le sais, tu me laisseras
Et je ne pourrai rien dire.



Et je m' agrippe à toi
Comme le naufragé
S' agrippe à un rocher,
Et je ne comprends pas.
Comme le solitaire
Qui retrouve son frère,
Comme celui qui a faim
S' agrippe à un bout de pain,
Comme le mourant à la vie,
Comme le fou à sa folie,
Comme le malheureux à l'espoir
Et pense qu'il n'est jamais trop tard
Oui ! je m' agrippe à toi
Et ne te lâche pas.
Je te pense partout
Et je te vois en tout
Comme une délivrance.
Tu es mon espérance,
Et lorsque je suis la nuit
Tu es l' étoile qui luit,
Tu es la fleur, je suis la terre,
Je suis feu mais tu es lumière,
Je suis cœur mais toi tu es sang,
Et moi je t'aime, tout simplement

                  ...........

Un jour


Un pauvre jour tu m'avais dit,
Un triste jour, un jour de pluie,
Un jour affreux que je maudis :
"Ne m'aime pas, cela m'ennuie."

Un triste jour, un jour de pluie
J'ai tout gâché, j'ai tout perdu.
"Ne m'aime pas, cela m'ennuie"...
Mais mon amour ne s'est pas tut.

J'ai tout gâché, j'ai tout perdu,
Oui, je le sais ! mais que m'importe !
Car mon amour ne s'est pas tut :
Un jour tu m'ouvriras ta porte.

Oui, je le sais ! mais que m'importe :
Je sais où est le bonheur.
Un jour tu m'ouvriras ta porte,
Un jour j'entrerai dans ton cœur.

Je sais où est le bonheur :
Il est caché sous ton sourire ;
Un jour j'entrerai dans ton cœur,
Tout doucement et sans rien dire.

                     ...........

Le temps


Je ne m'arrange pas avec le temps.
Quand je désire tant qu'il aille vite,
Qu'il court, il se traînasse et il s'étend.
Oh le temps m'obsède, le temps m'irrite !

Quand je voudrais qu'il se repose
Pour savourer un jour ou une nuit,
Il n'y a rien à faire ! il s'y oppose,
Et voilà qu'il s'élance, qu'il fuit.

Mais, quand il me faut aller au supplice,
L'heure est là, qui tourne, inlassablement !
Et l'horloge se joint à sa malice
En sonnant le glas bien sournoisement.

Le temps est assassin de l'espérance,
Il a tué mes amours et mon bonheur
En insistant sur toutes mes souffrances
Et je lui dois cette jeunesse en pleurs.

8-04-1969
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Aimer ou bien être aimé,
Ce n'est pas la même chose :
C'est l'épine, c'est la rose,
Et mon cœur n'est que griffé.



J'aimais une étoile filante,
Or la longue nuit touche à sa fin
Et l'étoile meurt au frais matin.
L'aube s"éveille et un oiseau chante,
L'ombre succombe devant le jour
Et le soleil éteint mon amour.

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La maison en ruine

Ma puissance d'aimer
Est une maison en ruines,
Par la lumière percée ;
Sur elle tombe une triste bruine,
Et souffle, nuit et jour,
Le vent, qui est l ' Amour.

L' Amour qui passe et la traverse
Sans jamais plus s'arrêter,
Comme l'eau de cette averse
Par le toit défoncé.

Mais, les fleurs qui poussent sur les pierres
Ne veulent pas mourir,
Quand le soleil fait des trous de lumière
Sur mes souvenirs...

                 ...........

Si leurs mains avaient été blanches

Auraient - ils vu leurs enfants
Devenir des momies vivantes
Quand la peau dessine l'os,
Auraient - ils vu leurs enfants
Si laids de maigreur
Qu'ils font horreur !
Si leurs mains avaient été blanches ?

Auraient - ils vu leur terre
Imbibée du sang
Écœurée de la chair
De leurs enfants
Et de leurs frères
Si leurs mains avaient été blanches ?

Auraient - ils vu le monde
Faire le sourd et regarder ailleurs,
Mais, cependant être l'arme du crime,
Et puis s'indigner quand tout se termine,
Si leurs mains avaient été blanches ?

Mais leurs mains n'étaient pas blanches...

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Dictature

Il est interdit de souffrir
Physiquement ou moralement.
Il est interdit de mourir 
A ceux qui ont des parents,
Femme ou bien enfants.
Il est interdit de vieillir
A partir de trente ans.
Il est interdit particulièrement
D'être laid ou repoussant.

Sont interdits définitivement :

Les inspecteurs
Les contrôleurs
Les imposeurs
Les censeurs
Les docteurs
Les fraudeurs
Le contre cœur
Le mal de cœur
Et les sans cœur.

Sont révoqués, évidemment :

Les sergents
Les maux de dents
Les lieutenants
Les commandants
Les embêtements
Et les charlatans.

Sont supprimés en général :

Les généraux
Les caporaux
Les maréchaux
Et les idiots.

Sont interdits avec raison :

Les poisons
Les poltrons
Les prisons
Les garnisons
Les laiderons
Et les démangeaisons.

Enfin, tout ce qui n'est pas interdit
Est conseillé ou bien permis.

                    ...........

Exil

Que voulez - vous que je fasse ?
Mon cœur s'est endormi
Et mon âme se traînasse
Dans une longue nuit.

Qui voulez - vous que j' aime ?
Je suis trop fatigué,
Voyez mon visage blême...
Je n' ai plus le cœur gai.

Qui voulez - vous que je pleure ?
L' amour tué est bien mort.
Et d'ailleurs, il n'est plus l'heure
De regagner un port.

Mais où voulez - vous que j'aille ?
J' ai un boulet au pied !
On m'a volé mes tenailles
Avec ma liberté.

Et c'est pourquoi je me traîne,
Sans amour et sans but,
Pleurant souvent sur mes chaînes
Et mon âme au rebut. 

                    ...........


Foncer les yeux fermés
Et rencontrer un mur,
On a beau avoir la tête dure,
Ca fait mal ! je vous le dis !

Monter à l'échelle
Mais rater le dernier barreau
Et, ridicule tomber de si haut,
Ca fait mal ! je vous le dis !

Aller en enfer après le paradis,
Entendre " Non ! " quand on attend " oui ! ",
Ca fait mal ! je vous le dis !

Hier, j'explosais de Bonheur,
Aujourd'hui, c'est fini...
Quelle chute en si peu d'heures !
Je n'ai pas encore pris l'habitude
D'un tel changement d'altitude !

J'ai du mal à respirer...
Vu d'en bas, je ne reconnais rien
Et j'ai froid, nom d'un chien !
Froid ! mal ! et envie de pleurer... 

 1er février 1973 

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Premier baiser

Rêve, rêves vapeurs et brumes
Quand dans un cœur l'amour s'allume ;
Le fer brûle et crie sous l'enclume,
L''espoir pétille et se consume.

Douce et puis amère folie
Qui enlumine un bout de vie
Car la raison enfin se plie
Devant ce cœur qui la supplie.

Et c'est le voyage enchanteur
Où l'on redécouvre les fleurs,
La nuit respire de bonheur
Et le temps a douce saveur...

Rêves pour un simple regard,
Espoir pour un simple sourire,
Soupirs quand il se fait trop tard,
Partir, sans avoir pu rien dire...

Premier baiser, immense ivresse
Et dans la première caresse
Le ciel s'enflamme de tendresse
Et le cœur flamboie d'allégresse ;

Premier baiser et tout chavire,
Les corps, les cœurs très fort s'attirent,
Le ciel tournoie, charmant délire,
Et dans la nuit, la nuit soupire...

Ailleurs, les fenêtres sont closes,
Un homme a des idées moroses,
Les enfants sages se reposent,
Dans le jardin, dort une rose...

                      ...........

L'armoire


Il y a dans une armoire
Ta jupe au près de mon veston;
Pas de quoi faire une histoire
Puisque tu portes mon nom...
Mais c'est la première fois
Qu'ensemble je les vois,
Et je suis émerveillé
De les voir assemblés.

L''armoire est dans une chambre
Que nous avons tapissé,
Et ce mois frais de septembre
M''invite à y rester...

                    ...........


Si leurs mains avaient été blanches

Auraient - ils vu leurs enfants
Devenir des momies vivantes
Quand la peau dessine l'os,
Auraient - ils vu leurs enfants
Si laids de maigreur
Qu'ils font horreur !
Si leurs mains avaient été blanches ?

Auraient - ils vu leur terre
Imbibée du sang
Écœurée de la chair
De leurs enfants
Et de leurs frères
Si leurs mains avaient été blanches ?

Auraient - ils vu le monde
Faire le sourd et regarder ailleurs,
Mais, cependant être l'arme du crime,
Et puis s'indigner quand tout se termine,
Si leurs mains avaient été blanches ?

Mais leurs mains n'étaient pas blanches


Richard Guillermic - Richard.Guillermic@wanadoo.fr