VALERIE GONZALEZ

 

 

LE DORMEUR SUR LE FIL 

Toutes les nuits je m'endors au bord d'une falaise escarpée 
Dans un lit de sable livré aux vents 
Au bon vouloir du temps, 
J'ai dans les bras un goéland qui me tient chaud 
Au bord des lèvres un peu de sang séché 
Dans les yeux un estuaire d'eau salée 
Qui se prend pour la mer. 
J'envie ceux qui savent dire non 
Et dormir tout simplement 
S'abandonner à la terre mère et plonger 
Dans le noir poisseux de l'oubli 
Comme un poisson. 
Mais ce froid installé au fond de ma couche 
Ce goût amer dans ma bouche 
C'est le sang des mots que j'ai tué 
Le dégoût de la mort mille fois frôlée 
Les nuits où vous dormez, 
Je me perds le long de mes falaises imaginaires. 
Ainsi de croissants en lunes 
Du j'en ai marre la vie en passant par l'espoir 
Je me ballade sur l'horizon figé de la vie 
Et tel le rêveur funambule 
L'équilibriste en herbe 
Je capitule et fais mon tour de piste 
Je frôle la chute libre.





Lutte vaine

Lutte et vaine désespérance 
Toute la vie naître 
Et lutter contre 
Le premier choc ophtalmique 
Le tout premier cri 
Seul éclairage de nos nuits 
Soleil noir de Narcisse 
Magnitude condescendante 
Qui berce nos dérives 
Matérialisation enfantine 
Du mal et du vice 
Ma vie se dévisse 
Toi tu me regardes partir 
Dans l'étrange espace vide 
Que tu inventes 
Quand l'espace entre nous 
N'est plus suffisant 
Pourtant bien avant d'étouffer 
Mes cris sous l'oreiller 
Moi j'ai été oiseau et j'ai été le vent 
Et même 
Quand je n'étais plus rien 
J'étais l'infinité 
J'ai été l'enfant et dans ces moments là 
Moi je laissais mes mots se casser les dents 
Sur les pourquoi et les comment 
Simplement 
En pensée et en vrai 
Je volais, je le jure 
Vers là où tu n'iras jamais.






ODE A LA VIE 

Au regard de l'ordinaire qui s'affiche sur le blanc cassé des jours 
Qui passent et qui trépassent 

Aux souvenirs vivants des secondes mortes qui cognent le cour 
Et martèlent en tête 

Au tam-tam assourdissant du temps qui compose notre oraison funèbre 

Au présent salvateur qui gomme le tout mais ne tombe jamais 
Dans l'excès de l'oubli 

A l'instant qui fait passerelle entre nous aujourd'hui et notre devenir 

A la suite incongrue des heures perdues dans le désordre béant de nos fuites 

A ce qui a été et qui ne sera plus 

Aux années révolues 
Aux siècles à venir 

A l'amour 

A l'inconnue suprême 
A la mort que l'on accuse à tort 

A cette force en nous qui ne jure que par " demain est un nouveau jour " 

Au meilleur et au pire qu'il nous reste à vivre 

A l'amour à la vie 

Au regard de l'ordinaire qui s'affiche sur la réalité colorée 
De notre Père le monde 

Aux destinées diverses de tous nos frères 
Les hommes.






LA MER ET LA VIE 

J'ai vécu sous les vents immobile 
Un peu comme à Ostende fragile 
Enfant je me rappelle chevaux sauvages 
Qui couraient sur les pages de mes cahiers terribles 
Ils avaient tous la rage mais pas la bave des chevaux rares. 
Plus tard de mon bateau j'ai jeté l'encre lourde 
Dans le bleu azuré de la mer à l'endroit même où dorment les palourdes 
J'ai pensé que l'eau froide et les vagues réveilleraient en moi ce qu'il y a de beau 
Mais ma bouteille est vide mes mots ont pris le large. 
Je suis seule dans ce bel univers à diriger ma barque 
Je suis seule et comme vous j'espère au plus vite accoster sur mon île 
Car je sais tôt ou tard que tout doit disparaître 
Le sel des mots d'amour 
Les ailes dans le dos des gentils troubadours 
Je sais que la mer fait à l'occasion pour ses enfants fragiles 
Office de cimetière. 
Dis-moi-toi Océan où s'en vont les marins quand ils s'en vont si loin qu'on ne les revoie plus 
Où s'en vont les pêcheurs quand les rivières salées taries au fond des yeux cessent de les bercer 
Et nous, où irons-nous voyageurs éperdus 
Quand nous aurons fini dans le cour de puiser ce petit d'amour 
Dont nous avons besoin pour se lever matin et vivre au jour le jour. 
La mer est plus que tout une servitude 
Il faut lutter toujours et pour en revenir bien ranger dans sa nasse toutes ses certitudes, 
La vie elle 
Est une histoire d'amour qui coule plus vite que l'eau vive 
Il faut lutter toujours contre le temps cruel et pour la vivre bien 
Ou du moins pas trop mal noyer les jours malades dans un verre d'amitié. 
La mer, la vie, l'envie de vivre et les regrets amers 
Face à ce grand mystère agir comme les grands marins 
Libre d'être profondément soi-même un jour arracher les amarres 
S'en aller vivre sa vie, celle qu'on s'est choisie.





URGENCE

Dans les ghettos, cités, favelas et autres bidonvilles 
Pour l'ami sans-abri qui se terre et oublie dans ses nuits 
Le goût âpre de son vin déjà piqué par le froid et la vie, 
Dans le chaud dérisoire des prisons de l'hiver 
Qu'elles soient HLM ou bien demeures de maître 
Toutes les maisons ont quelque chose à dire. 
Je n'ai rien oublié ni les tâches au plafond ni la couleur des murs 
Cette maison prés des étoiles où je m'en revenais souvent 
Cet endroit là me fait du mal tellement je l'ai aimé avant, 
Il n'y avait pas de cheminée juste un grand canapé où l'on se blottissait 
Hier peut-être une vague idée du bonheur 
Aujourd'hui une boule de chagrin qui fait dérailler ma voix quand elle s'en va par là... 
Quelle importance de poser son cul sur un fauteuil Louis-Philippe 
Ou sur un banc dur et glacé qui pince la lune des mômes dans les jardins publics 
Je pense qu'i va falloir laisser la pluie laver l'amertume qui colle à nos trottoirs 
Je sens qu'il va falloir laisser grandir en nous ce sentiment d'urgence 
Et changer d'amour pour penser autrement. 
Regarde autour de toi petit homme, tous les royaumes se ressemblent 
L'unique appartient au ciel et le ciel est mon royaume qu'il y ait un Dieu ou pas 
Parce qu'il est un toit offert à tous. 
Pour apaiser nos yeux rien ne vaut le bleu immobile et la mouvance des nuages 
C'est l'Enfance qui crève l'écran les nuages, l'Enfance qui saute au plafond 
Normalement pour tous les petits enfants le présent est facile à vivre 
Puissance suprême de l'ange, même dans un silence à couper au couteau 
Mais l'après est bien pire que les rires dans le dos pour tous les marmots 
Que l'on n'a pas suffisamment nourris de l'émotion et de la magie des mots. 
C'est pourquoi bien souvent lors de nos singulières promenades endimanchées 
Des hommes vieux avec des yeux mouillés d'enfant nous regardent passer 
Ceux-là ont dans la tête autre chose que les rêves éphémères des nantis de l'espoir 
Il manque à leur vie l'essentiel 
Un ciel à mettre dans leur tête, une maison prés des étoiles où se sentir chez eux. 
Et pire encore, sans même chercher à nous dire quelque chose, 
Ils s'imposent à nos yeux de privilégiés comme le terrifiant reflet 
Du déclin de notre propre humanité. 






Hurler aux vents


AH! La déveine et l'état de mes veines
Pauvres estuaires taris
Rivières en crues
Cruches pleines

Pleine de rien ma vie me rattrape et m'attrape le bras

Bras de mer se prenant pour la mer
Bras de fer avec un plus grand que moi
Main tenant un verre et le renverse

Maintenant à peine se déverse l'eau contenue dans la cruche

Je crache dedans
Je hurle aux vents
J'arrache le firmament qui colle à mes yeux
J'enveloppe le tout dans du papier journal

Et j'y fous le feu !

Plus ardue est la chute plus je m'accroche
A l'idée de vie la mort omniprésente
Comme une ombre penchée
Un frisson qui parcourt l'échine
Quelqu'un vous frôle on ne sait pas qui

Mais cela suffit....

Pensées libres résistent à l'appel du vide

Penser à rire et à écrire

Vivre surtout sans dégoût ni mépris de la vie
Même pas à cent pour cent même pas heureux comme je l'entends

Mais jouer le jeu qui consiste à rester vivant
Contre carré le sort qui dit:"y'a maldonne"
Pour rompre le charme maléfique

Choisir ses armes

Boire à l'unique source qui jamais ne tarit

Les larmes et la parole

Drôle de hasard qui n'existe pas me prendre ma force
C'est allé loin chercher

Eh l'autre...

Maintenant aller chercher ce qui me reste d'humain
Demain peut-être j'écrirai de ma main

Pour l'instant je hurle aux vents. 

 

 



Les mots


J'ai fait un rêve: une pluie révolutionnaire 
Cumulo-nimbus fiévreux et en colère ébrouant leurs éclairs 
Expectorant leurs glaires 
Comme si le ciel n'en pouvait plus de contenir nos rêves, 
La preuve est faîte les nues aussi en crèvent de stocker nos chimères 
Les mots aussi en meurent de se taire 
Les mots que l'on enterre avec les morts dans les cimetières 
Les mots que l'on déterre avec la hache de guerre 
Les mots qui tuent aussi sûrement qu'une arme les mots tabous 
Les mots totems les mots sacrés les mots qui à usage de faux 
Servent les dictatures laissent des courbatures 
Les mots irrévérencieux qui font baisser les yeux 
Les mots circonstanciés vocabulaire d'huissiers 
Les mots bâtards qu'on dit pour ne rien dire 
Les mots qu'on laisse crever à l'ombre de nos doutes 
Dans la prison dorée de notre intimité 
Les mots qui malgré tout résistent au scandale et au foutre 
De la censure morale 
Véritable colonne vertébrale... 
Plus que mes yeux qui ne voient rien ils nomment l'ineffable 
L'invisible lien entre eux et moi c'est cette faculté 
A imager l'abstrait imaginer qu'ils sont l'unique clef 
A ouvrir les portes derrière lesquelles vous et moi 
Rêvons du réel ces mots se gagnent 
Ils ne se donnent pas 
Pour les attirer, il faut être sujet de soi et sujet de l'humanité 
Esclave et roi à la fois soumis et révolté 
Se rêver se vouloir toujours renouveler se souvenir et se projeter 
Tout garder l'amour et puis la haine la peine et puis la joie 
Se laisser guider par la vie enfin croire suffisamment en soi 
Pour pouvoir croire en elle 
Et se laisser croire que c'est normal que ça fait partie de la vie d'avoir mal 
Des cordes au cou voilà ce que sont les silences 
Ainsi se balancent les pendus au rythme de leurs non-dits... 
Lassés de se faire croire que c'est normal 
Que ça fait partie de la vie d'avoir mal.






Poésie Nature 

A l'heure où les grillons grignotent du silence 
- Un avion: Trait de peinture dans le ciel 
- Un oiseau: Lettre échappée de l'alphabet 

La peau hésite à dire le mot, frisonne au contact du vent 
Aussi sensible que les cordes d'une lyre 
Les sons ainsi libérés s'accroissent: 

Crapauds coassant sentiments à leurs mies 
Anophélidés jouant de leur trompe comme d'une cornemuse 

Partout où mon regard se pose la magie opère 
A ciel ouvert et sans scalpel 

Thaumaturgie du pire et du meilleur 
Comme dans la vie 
Comme touché en plein cour 

Sous l'écorce c'est encore l'aventure 
Sur l'herbe verte une pincée de brume 
Le verbe s'enrhume 

La prose prend corps là-bas sur les dunes 
Loin de la main qui caresse son chien 
Loin des hommes et de leurs tumultes 

Là où le monde respire.






Poète, dégaine ta plume 

Poète 
Toi qui arpentes les écheveaux de la pensée humaine 
Tu détiens l'arme de l'intellection
Dégaine ta plume et tiens le doigt sur la gâchette 
Ose proclamer tes mots 
Là où le malheur engendre les maux 
C'est ici que l'on a besoin de toi ! 
Ton cour est pur dit-on 
Offre-le en pâture au reste du monde 
Qu'ils se le partagent et en fassent bon usage 
Mets-toi à nu Poète ou revêt les guêtres des clodos 
Descend de ton nuage et arpente les rues 
Vois les sages que l'on assassine 
Pour pas moins que des rimes 
Il est loin le temps de la fleur au fusil 
L'indigence a engendré le manque 
Et le manque à gagner est grand 
Les requins nagent dans les sphères du pouvoir 
Les chiens déclinent toutes responsabilités 
Sort ta rime et ta prose 
Dis-leur-toi à ceux-là 
Qu'ils ont le droit de vivre debout au même titre que les nantis 
Et que les fous, c'est ceux là même qui croient qu'ils ne sont personnes 
Parce qu'ils se contentent d'être des hommes.
Poète sort ta plume et plante tes mots 
Dans la tête des gens ordinaires 
Là où la confiance génère des héros 
C'est pour ça que l'on a besoin de toi ! 
Des mots d'amour Poète 
Pour que ta lumière toujours éclaire et célèbre nos pas 
Puisse-t-elle nous guider sur les sentiers de la guerre 
Contre le chacun pour soi.





Je n'ai pas mal au monde

Je n'ai pas l'âme auréolée 
De quelques actes homériques 
Pas plus de bagages à porter 
Que le cerbère de tous palaces, 
Je suis 
Comme le soleil et la lune 
Je tombe et me relève, 
La nuit 
Je garde les yeux ouverts 
Pour me faire croire que c'est le jour. 
Je n'ai pas l'arme à l'oil 
Qui suinte le métal 
Pas plus d'utopies parodiques 
A soumettre à quelconque phalanstère 
Je n'ai pas mal au monde 
Et ne suis pas de marbre 
Je suis d'ailleurs, 
Là où l'arbre ne plie pas sous l'aquilon 
Dés qu'une lame dessine sur son tronc 
Les liserés d'un cour. 
Je préfère les tatouages du temps 
Aux plagiats des sentiments.



Le Désir


Le désir 

Comme un clin d'oil 

Trou noir où le réel opère 
Avec ses yeux de chat réfute l'illusion 

Cécité du miroir 
Opacité des marques 

Le temps d'un nuage l'orage fait rage 

En ce désert brûlant 
L'envie s'abreuve à l'abreuvoir mirage 

Sur la pierre s'évapore l'attente 

Le corps se raccroche à l'avoir 
La vie 

Je Nous écorché 
Thorax encaissé 

Tant d'espace inhabité 
En ce lieu occupé 

Par le manque pluriel.






Le goût du vivant

La poésie de la rue se rue dans les brancards
La peau aussi tend à l'art qui s'articule 
Autour du désir salutaire
Se plie au rut 
Se livre à la pratique du conciliabule
Brut et épidermique
Le derme des mots caressé par mon style 
Réagit à l'éthique 
Tique à la moindre certitude
Sait feindre la foi unificatrice
En croisant dans le dos les doigts 
Puis en solo décortique la structure
Du principe étal énoncé
J'entends la vérité criait au secours
Dans l'arrière cour philosophique
Des comptoirs des bars à déboires
La morale elle
Se tient au chaud dans le corps sage
Des bigotes de la démocratie
Les saints n'ont qu'à bien se tenir les mains
Donnez moi encore de ce lait aigre doux
Qui fait passer la raclure de la toux de la gêne
L'ivresse de l'écriture m'offre l'accès aux nues
D'ici où tout repère est nul
A chaque fois de zéro je repars 
Des ratures pour parfaire l'imperfection
Sans laquelle je ne serais être
La raison comme une aile de delta
Pour voire ce qui est ici bas
Pouvoir dire avec le coeur ma joie
D'écrire.
Juste aller là où je retrouve 
Immanquablement quand je me perds
Le goût sucré de la cerise 
Et celui plus âpre du vivant.





L'Ombre et la Lumière

L'ombre est amère devant la lumière
Qui scintille de manière constante et innée
Telle une orange qui se prend pour la terre
Les yeux du monde s'ouvrent et pourtant se leurrent aux premières lueurs 
L'ombre sage elle, couve tous nos mystères.
Ce qui fait ce que nous sommes
Ce sont les rêves qui prennent vie parés de désirs
Se mettent en mots le jour et prennent pied dans le terreau de la réalité
Ceux dont on se souvient matin et qui font belle la vie 
Parce qu'ils portent en eux l'espoir 
Transportent notre regard au-delà des remparts du feu qui éclairent toutes choses 
Mais brûlent les yeux de ceux qui collent de trop prés leur nez 
Au mur de la réalité 
Se font mal, 
Non
L'ombre n'a rien à envier à la lumière folle qui montre tout
Sans sentiment 
Ni discernement préalable.





Fragment d'hébétude 

Fragment d'hébétude
Juste une pièce de puzzle arrachée au cadre déjà fixé au mur
Apostasie manifeste
Bouleversement casuel et caduc d'une perspective
Rompue dans son emportement
Segment faillant en main
Apprêter le regard
Laisser choir l'illusoire sur un brisant sec et autoritaire
Impossibilité de détourner les yeux noués sur le détail 
De dispenser le chagrin de son cours d'étai,
Glisse larme de l'ombre
Toi qui connaissais le risque 
Ouvre toi les veines et saigne un bon coup 
Saignée d'aubaine 
Crache sur la tombe que la lumière te donne 
Saisie fermement l'opportunité qui t'est faite de mettre en bière 
Le trop jusque là amputé aux mots, 
Renonce au leurre qui colmatait tout juste le cour 
Empêchait l'implosion conjecturée par la violence 
Qui siégeait jusque là sur le trône de l'ingérable accointance du "mal". 
Larme amère, 
Remonte le courant et mêle toi à la source
Tout au bout de ce bras de mer
Vois 
Malgré les cadavres flottants de tes échantillons de parangons d'antan
Cette eau claire, tiède et pure 
Qui n'aspire qu'à étancher ta soif
Ne prive pas ta bouche de la sapidité de ces flots familiers 
Bois 
Et fais toi en retour le cadeau de recevoir en toute simplicité 
L'amour, 
Qui abonde dans le trouble de ces cours d'eau
Et qui se fout bien lui, 
Des bombes que le désespoir laisse choir dans nos mémoires. 




La page noire

C'est un regard soustrait au prisme de la réalité
Derrière le rêve de l'infantile rempart d'une paupière close

Comme un asile

C'est une nuit nulle part sans lune ni sang froid 
Avec des loups épars dans les buissons de l'imagination

Comme un cauchemar 

C'est un balancement du corps de l'avant en arrière
Sans prière pour rythmer l'effort qui se cherche en vain

Comme une fin

C'est une vague sans roulis qui n'en fini pas de mourir
Dans la mer vague de ses mots dires liés aux algues préhistoriques

Comme un ancrage

C'est une absence dont le silence résonne et déraisonne
Un miroir sans teint en proie à l'effroi que figure l'émoi qui perdure

Comme un matin.
Sans visage.

Je sais
Je ne sais pas
Je sais mais ne veux pas

C'est une phrase travestie en songe qui s'habille de haillons 
Se transforme en Cendrillon
Se pend au firmament

Il y a-t-il un bon et un mauvais savoir ?

Entendre avec ses yeux
Voir avec ses oreilles 
Les merveilles de l'ineffable pêle-mêle des rêves 

Gare au spectacle de ces mères qui veillent au fond de nos cavernes
Au sommeil profond des aïeux recroquevillés sur eux-mêmes
Pareils à l'enfant qui s'en vient là naître
Vieux déjà 
Et qui ne se sait pas tatoué à l'encre vieille et troublée 
De sa lignée

Candélabre en berne et vie à inventer
La page noire
C'est tout ce qui n'est pas écrit.



L'appel de la Callas

Juste un murmure
Un souffle qui se cogne au mur invisible du ciel
Nous revient plus vivant qu'en naissant
S'épanche encore
Se pend à notre oreille 
N'en finit jamais de mourir 
Eternel et vivace
Fragile comme un verre de cristal
Fort comme un homme façonnant le visage d'un champ
Chant vivant
Non cerné
Fenêtre du condamné
Prière de l'athée
Lumière au milieu des ténèbres
J'ai trouvé là une voix qui sait pleurer pour moi
De l'or pour forger une clé capable d'ouvrir tous les esprits
Forcer mon cour et m'inviter à lire son ouvre
Un guide pour cheminer à travers le labyrinthe des émotions pures
Non profanées par la dureté d'années à errer dans les limbes
Passerelle entre elles et moi
Ailes qui supportent même le poids de la souffrance
J'ai trouvé là une aile de delta qui me fait sortir de moi
Ressentir tout ce qui vient et va
J'ai passé là en présence de La Callas toute une après-midi
A vivre ce que j'appelle le miracle de la vie : 
Ressentir le bien et le mal à arme égale.




La chaise vide

Travelling avant sur un pan de table
Avenant comme un quai de gare à trois heures du mat'
Silence incommodant
Les fantômes ne sont jamais rares dans cet espace temps
Triturer les doigts et tordre le cou à l'amer goût mélancolique
Regarder au-delà 
Parle fenêtre !
Bruit mécanique
Le chat nous donne une leçon de vie 
Vautré pas loin du poêle à bois qui rougit
Froid métal du regard souvenir
Figé 
Comme fixé sur le papier
Photo jaunie
L'absent se ressert à boire
Un coup de larme pour noyer le drame
Chaise vide
Une porte claque et la raison s'emballe
Souffle court 
Un frisson parcourt l'échine 
Se plante dans le cour du vivant
Comme une épine
Ne pas en mourir même si l'incitation est à son comble 
Comble du pire
Meubler l'émotion
Taire les mots et les émois
En terre l'autre est toujours droit
Terreau de nos jeunes années
La mort a tout gelé
Poussière d'adversité
Une âme avant de s'affranchir jette un dernier coup d'oil 
Sur l'ambivalence et les basses manouvres 
D'une veillée qui s'endeuille de mots en larmes de croco 
Armure de peau et chaise vide 
La place de l'autre est toujours là 
Mais un désir plus salvateur l'a transporté dans un élan de vie
Au-delà du cercle qui enferme
Le cour libéré de ses chaînes
A ce jour et pour le reste de son temps libre et vivant
Il est.





Ne meurt pas qui veut

Tu débarques là au pied de ma lettre
Tu racles la terre puis tu craches par terre 
Tu dessines dans l'espace vide une variété d'ovoïdes 
Signe de ton sang délivré cette esquisse morte née

Tombe au sol
Bombe le torse comme pour éprouver ta force

Mais tout ce temps
Tu étais
Debout devant nous
A t'enraciner
Promettre à ta vie la lumière
Projetant les contours d'une existence pré calquée
Donnant de toi des sacs d'amour

Tant 

Que l'hémophilie de la vie
T'a pompé la quintessence même
D'un je t'aime et t'a donné l'envers

Temps de haine et de pluie dans un été vénal
Tu es le taureau dans l'arène
Ton oreille au loin entend une oraison
Dieu n'y est pour rien
C'est ta raison qui dans un dernier sursaut
Se manifeste

Ne meurt pas qui veut

Les rêves aussi savent mordre 
Quand on les fait éclore 
Seulement pour les regarder mourir

A trop vouloir être on oublie qui l'on est
Sois qui tu peux maintenant 
Vas t'en vivre sans chercher à comprendre
Comment...

Avant de mourir vraiment.





Instantané


Instantané
Instants qui demandent à naître
Regrets 
Goût amer de la liberté
Le fossé se creusait
L'excavatrice avançait seule
La gueule béante
Parfois 
Les dents serrés
Etincelles sur le sol jonché de caillasses
Parcelles remodelées
Terre molle et mélasse
Ma géographie se profilait
A la mesure de mes pas
Passé de rien 
Tout autour de moi
Présent partout
J'enviais le ciel aux oiseaux
L'espace aux météores
Moi j'avais aux pieds des racines
Du réel plein les mains
Qui me retenait là
Sans terre d'envol
Mes petits sauts grandissaient
Sous ma piste aux étoiles
Je m'apprenais le lâché de trapèze
Sans filet
Sous les lumières dans les yeux 
Des zèbres de mon espèce
Eux-mêmes tenaient la barre
Chacun à hauteur d'âme
Elle est belle l'amitié
Qui regarde l'autre
Le soutient par son regard
Pourtant
Envie de prendre un train
De voir les heures à l'envers
S'éloigner de moi
Me décrocher du phare
Pour voir l'étendue de la mer
Quitte à sentir dans le coeur
La morsure de l'au revoir.






Le Bien Le Mal

Une page indolore comme une bouteille en marge
Vide 
Qui n'attend que nous pour qu'en son creux vive
Le vin nouveau
Riposte de Dieu qui provoque au mieux ressuscite
Celui qui gît dans sa vie comme au lit
Alcool de mots à siffler pour l'éveil
En mer tout se perd
Spécialement les haros qu'on libère au gré des tempêtes
Le verre qui poli renvoie la lumière
Mes vers ont la verve et la voix cassée
Mais leur truisme leur donne la couleur d'un prisme
Un filtre pour deviner les coloris passés
Effacés même 
Tellement le temps s'est raclé les pieds dessus 
Paillasson de pensées floues ou qui font peurs
Je me dénuderais bien sans concession
Quitte à me décharner
Pour m'habiller d'une peau inédite
Mais je n'ai que ce corps où habiter
Le restant de ma vie
De fuite en cohabitation osée
Je suis
Seule en dedans et au dehors
Parce que j'ai placé des verrous partout
Dont j'ai perdu la clé
Me voilà à présent penchée
Tel le penseur de Rodin
L'oil dans les trous des meurtrières
A cligner des yeux
A chercher la lumière
A renoncer à faire la guerre 
Pour espérer trouver la paix
Mais que sait on de nous
Nous à qui personne jamais ne raconta
Le bien et le mal
Que savons nous des mailles qui se délient plus tard 
Du sac des souvenirs 
Du regard que l'on posera sur nos actes fous et spontanés
Pris dans le feu d'un incendie qui nous soumet
Il y des mythes dans le bahut de la mémoire
Des antiques et des mites ouvrières qui nous secondent
Dévorent tout ce qui a un goût de mort réel ou supposée
Mangent la fange dont on ne veut pas
Celle dont personne ne voudrait
Nous la recracherons plus tard
Quand tout cela sera devenu indigeste
Quand un geste ou un mot ou une perte de trop
Nous la fera remonter dans l'estomac
Et là nous verrons 
De ces pléthores nous détacherons le bien le mal
Ce qui nous incombe 
Ce qui revient à ceux qui ont fait de nous des tombes
Nous casserons nos dalles
Nous respirerons
Délestés nous serons
Enfin à arme égale
Devant le bien et le mal.

 

 

Son courriel : valerie.gonzalez2@wanadoo.fr


 url du site : http://mots.totems.free.fr