doueieme siecle

      

 

 

Jamais nul prisonnier ne tiendra son propos
Adroitement, si ce n’est comme un homme affligé ;
Pour consolation, il peut faire une chanson…
J’ai de nombreux amis, mais pauvres sont les dons :
La hante leur viendra, si faute de rançon
Je suis deux hivers prisonnier !

Ils ne l’ignorent pas, mes hommes ,mes barons,
Les Anglais et Normands, Poitevins et Gascons,
Que je n’avais nul compagnon, si pauvre soit-il,
Que j’eusse abandonné, faute d’avoir, en prison :
Je ne le dis pas en manière de reproche,
Mais je suis encore prisonnier !

Maintenant, à mes yeux, c’est vrai certainement
Qu’un mort ni prisonnier n’ont ami ni parent,
Quand on m’abandonne pour de l’or ou de l’argent.
J’en suis soucieux pour moi, pour mes gens plus encore,
Parce qu’après ma mort, grand sera leur opprobre
Si je suis longtemps prisonnier.

Il n’est pas étonnant si j’ai le cœur dolent,
Dés lors que mon seigneur tient ma terre en tourment.
S’il lui revenait à l’esprit notre serment,
Que nous jurâmes tous deux mutuellement,
J’en suis persuadé, en ce lieu longuement
Je ne serai pas prisonnier !

Ils le savent, ceux d ‘Anjou, ceux de la Touraine,
Ces jeunes à présent riches et bien portants,

Que je suis détenu, loin d’eux, aux mains d’autrui.
Ils m’aimaient fort, mais à présent ne m’aiment pas.
De beaux exploits les plaines sont maintenant vides,
Parce que je suis prisonnier !

Mes compagnons - je les aimais et je les aime -,
Ceux de Caen comme ceux du pays percheron,
Dis-leur pour moi, chanson, combien ils sont peu sûrs,
Que mon cœur envers eux jamais n’eut de bassesse ;
Ils sont, s’ils me guerroient, on ne peut plus vilain,
Tant que je serai prisonnier.

Qu’il sauve et protège votre valeur souveraine,
Comtesse ma sœur, Celui à qui je me plains
Et pour qui je suis prisonnier.

Je n’évoque pas celle du pays chartrain,
     La mère de Louis        

RICHARD I er 
Cœur de Lion 
(1157 –1199) 

Deuxième fils d’Henri II Plantagenêt et d’Aliénor d’Aquitaine, comte de Poitiers et duc d’Aquitaine à partir de 1169, roi d’Angleterre et duc de Normandie par voie héréditaire en 1189. Richard I Cœur de Lion prit part à la troisième croisade.
Il devait mourir à l’age de quarante et un ans des suites d’une blessure infligée par un trait d’arbalète. Il repose à l’abbaye de Fontevraud, ou son gisant avoisine ceux de ses parents.
Son surnom fait de lui le modèle chevaleresque du XII e siècle ; il est aussi poète ami de troubadours et de trouvères : son œuvres nous est connue par deux chansons.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CHRESTIEN de TROYES

(vers 1135 - après 1190 )

Il est le premier de nos auteurs de chevalerie. 
Son œuvre fut rédigée entre 1162 et 1182 entre autre comprend " Perceval " Yvain ou le chevalier au lion. Il y mêle le réalisme au merveilleux, une langue claire à un souci musical. Henri I, dit le Libéral, et sa femme Marie, fille d'Eléonore d'Aquitaine, furent ses protecteurs à la Cour de Champagne.

 
 

 

 

YVAIN OU LE CHEVALIER DU LION


La fontaine verra qui bout
Quoique plus froide que le marbre.
Ombre lui fait le plus bel arbre
Que jamais sut faire Nature.
En tout temps la feuille lui dure,
Il ne la perd soir ni matin,
Et y pend un basin d'or fin
Au bout d'une si longue chaîne
Qu'elle va jusqu'à la fontaine.
Près la fontaine trouveras
Un perron tel que tu verras
(Je ne puis pas te dire quel
Car jamais je n'en vis de tel),
Et d'autres part une chapelle,
Petite, mais elle est très belle.
Si au bassin tu veux l'eau prendre
Et dessus le perron répandre,
Là tu verras quelle tempête,
Qu'en ce bois ne restera bête,
Chevreuil ni daim, ni cerf ni porc.
Les oiseaux en voleront hors,
Car tu verras tant foudroyer,
Venter et arbres dépecer,
Pleuvoir, tonner et éclairer,
Car si tu te peux en aller,
Sans grand ennui et sans souffrance,
Tu auras eu meilleure chance
Que chevalier qui onque y fut.

...........

 



De fil d'or et de soie ouvraient
Chacune au mieux qu'elle savait.
Mais telle pauvreté avaient
Que aux coudes et aux mamelles
Leurs robes étaient en dentelle
Et les chemises au dos sales.
Les cous grêles, visages pâles
De faim et de malaise avaient.


Toujours draps de soie tisserons
Et n'en serons pas mieux vêtues,

Toujours seront pauvres et nues
Et toujours faim et soif aurons ;
Jamais tant gagner ne saurons
Que mieux en ayons à manger.
Du pain en avons sans changer
Au matin peu et au soir moins ;
Car de l'ouvrage de nos mains
N'aura chacune pour son vivre
Que quatre deniers de la livre
Et de cela ne pouvons pas
Assez avoir viande et draps ;
Car qui gagne dans sa semaine
Vingt sous n'est mie hors de peine.
Et bien sachez le donc vous tous
Qu'il n'y a celle d'entre nous
Qui ne gagne vingt sous au plus.
De cela serait riche un duc !
Et nous sommes en grande misère,
Mais s'enrichit de nos salaires
Celui pour qui nous travaillons ;
Des nuits grand'partie veillons.

 

 

 

 

                            

 

 

 

 

 

 

 

   

 

 

 

 

 

 

GUILHEM DE CABESTANY

Ce troubadour du Roussillon, qui écrivit entre 1180 et 1215 , était  chevalier.

Sa dame était Saurimonda, la femme de Ramon, seigneur de Château-Roussillon.

La légende veut que cet amour  se soit soldé tragiquement, par la vengeance du mari jaloux, faisant manger à son épouse infidèle le cœur de son amant.

 
 

            

 

            Le jour ou je vous vis, dame, pour la première fois,

            Quand il vous plut de me permettre de vous voir,

            Je séparai mon cœur de toute autre pensée

            Et toutes mes volontés s’ancrèrent en vous :

            Ainsi vous m’avez mis, dame, au cœur le désir

            Avec un doux sourire et un simple regard,

            Et vous m’avez fait oublier tout ce qui existe .

 

            La grande beauté, le divertissement agréable,

            Et le propos courtois et l’amoureux accueil

            Que vous sûtes me faire ont volé ma raison

            Que depuis lors, dame, je n’ai pu retrouver :

            Je vous l’accorde, vous que supplie mon cœur fidèle,

            Pour exalter votre valeur et l’honorer

            Plus parfaitement que dans aucun amour humain.

 

            C’est que je vous aime, dame, si parfaitement

            Que d’en aimer une autre est hors de mon pouvoir ;

            Si je viens sagement en courtiser une autre,

            Je crois s’éloigner de moi cette intense douleur ;

            Mais quand je pense à vous que la valeur salue,

            J’oublie et je délaisse tout autre amour :

            Avec vous, en mon cœur la plus chère, je demeure.

 

            Et souvenez vous, s’il vous plait, du bon accord

            Qu’à la séparation vous m’avez fait savoir

   J’en  eus, dame, le cœur au comble de la joie

   Pour l’espérance où vous m’avez commandé de rester :

   J’en fus radieux, quoique aujourd’hui le mal s’aggrave :

   Quel bien j’aurai, à votre gré, une autre fois,

            Belle dame, car je m’en tiens à espérer !

 

            Quel mauvais traitement pourrait m’effrayer,

            Pour peu que je pense obtenir en ma vie,

            Dame, de vous, petite ou grande jouissance ?

            Les peines me sont toutes joie et plaisir

            Seulement parce que, je sais, Amour m’accorde

            Qu’un fidèle amant doit pardonner un grand tort

 

            Et sagement supporter de la peine pour gagner.

 

            Ah ! quand viendra, dame, l’heure où je pourrai voir

            Que, par pitié, vous voudriez m’honorer

            Au point de daigner seulement m’appeler ami !

 

 

 

 

 

 

   
 

Bertrand de Born

 
(1150 - 1215 ?)

- Impétueux troubadour politique, en querelle continuelle contre ses voisins du Périgord, il paraît n’aimer, par-dessus tout, que les guerres et les batailles. I1 n'y participe pas toujours, mais les narre mieux que personne. Poète «engagé », « condottière lyrique », Dante l’inscrivit dans l’Enfer, et Aragon dans « Les yeux d’Elsa ».  
 

SIRVENTE

 

Royaumes sont, mais plus de rois

Et comtés, sans barons ni comtes

Les marches sont, mais sans marquis

Puissants châteaux, belles demeures

Mais plus n'y sont les châtelains,

Et jamais il n'y eut autant

De provisions, mais peu on mange

Par la faute d'un mauvais riche.

 

Belles personnes, beaux équipages

Peut-on voir et peut-on trouver,

Mais où sont Ogier le Danois,

Bérard, Beauduin sont nulle part.

On en voit de poils bien lustrés

Les dents polies, la barbe aux joues

Mais quels sont ceux sachant aimer,

Tenir la cour, galants, prodigues ?

 

Petites gens ! Où sont ceux‑là

Qui savent châteaux assiéger

Qui des semaines et des mois

Savent maintenir une cour

Et qui donnent de riches dons

Et qui font bien d'autres largesses

Aux soldats, aussi aux jongleurs

Je n'en vois pas un seul qui compte.  

 

 

   


 

 

 

                                                          

 

           

 

 

Bernard de Ventadour 

( ? – vers fin 1200 )

Fils de boulanger, il fut au XIIe siècle, le protégé du vicomte Eble de Ventadour et de sa femme.  Aliénor d'Aquitaine et le comte de Toulouse Raymond V s'intéressèrent à lui. II est peut.étre le plus aimable des troubadours : l'amour courtois fut son unique  inspiration.  

 
 

 

 

 

 

 

Ce n'est merveille si je chante

 Mieux que nul autre troubadour

 Le coeur est ouvert à l'amour

 Et mieux suis s'il me commande

 Coeur et corps et savoir et sens

 Force et pouvoir en lui j'ai mis

 Ce qui me tire vers l'amour

 Fait que rien d'autre ne m'atteint.

 

Il est bien mort qui ne sent pas

D'amour au coeur la saveur douce

Et que vaut la vie sans l'amour

Ne sert qu'à ennuyer les gens!

Ah, je prie Dieu qu'il m'aime tant

Que ni jour ni mois je ne vive

Si j'ennuie ou s'il m'arrive

 D'oublier d'amour le talent  

 

 

 

 

 

 

LE TEMPS VA ET VIENT ET VIRE

 

Le temps va et vient et vire

Par jours, par mois et par ans,

Et moi, las ! ne sais que dire,

Toujours même est mon désir,

Toujours même sans changer,

J'aime celle que j'aimais

Dont jamais je n'eus plaisir.

 

Elle n'en perd point le rire,

A moi revient dol et dam,

A ce jeu qu'elle m'inspire PuI

Deux fois serai le perdant,

Il est bien perdu, l'amour,

Qui se donne à l'insensible,

Sil ne touche à sa cible.

 

Plus jamais ne chanterai,

Je n'écouterai plus Ebbe

Mes chants ne me valent rien,

Ni mes couplets ni mes airs,

Rien que je fasse ou que dise,

Je le sais, ne m'est profit,

Et rie vois pas de remède.

 

Si la joie m'est au visage,

Moult ai dans le coeur tristesse.

Vit‑on jamais pénitence

Faire avant que de pécher ?

Plus je la prie, plus m'est dure;

Si sous peu elle ne change,

En viendrai au départir

 

Las, bon amour convoité,

Corps bien fait, si tendre et lisse,

Visage aux fraîches couleurs

Que Dieu de ses mains créa !

Toujours vous ai désirée

Aucune autre ne m'agrée,

D'un autre amour ne veut pas !

 

Douce femme bien apprise,

Que Celui qui vous forma,

Si gente, m'envoie la joie!

 

 

   
       
       

 

 

  

Allez ! Votez pour ceux du XII e siècle 

 

 

 

 

Dernière mise à jour : mercredi 07 mars 2007