MARTIN CODRON

 




Façade fissurée du mental 
Fragmenté par la prison chimique 
Force thérapeutique létale 
Fabriquant des parias névrotiques. 

Occision de la réalité. 
Oubli des valeurs extérieures 
Ostracisant la normalité, 
Oeuvres de normes intérieures. 

Lactescente envie d'en finir 
Locura se glissant dans le crane 
La fureur vient pour anéantir 
Les fonctions psychiques qui crament. 

In pace ou je passe le temps 
Issue ou l'on casse mes psychoses 
Impuretés dans un monde blanc 
Illusion où mon esprit explose. 

Emié entre quatre murs d'HP 
Esclave de mes pulsions démentes, 
Edacités qui m'ont aliénés, 
En moi je ne vois que fin violente. 




L'AVENIR AVEC TOI

Il m'est arrivé de suivre coûte que coûte
Le macadam détrempé de certaines routes
Mettre mes pas dans les ornières de chemins
Qui se sont révélés être, sans lendemain.

J'ai poursuivi les lumières des étoiles
Mais une fois qu'elles tombèrent leur beau voile
J'ai saisi que ce n'étaient que des sorcières
Qui voulaient me perdre, au plus profond du désert.

Un temps, j'ai senti la mort me donner des ailes
Elle fit tout pour que je vienne avec elle
Dans ses palais où des festins de dieux résonnent
Pour ceux qui aux douces walkyries s'abandonnent.

J'ai suivi des directions pour nulle part
Qui m'ont ramené en permanence, au départ
Pour aller chercher encore un autre horizon
Sans encore cette fois, écouter ma raison

Je me suis fréquemment demandé où aller 
Quand je sentais que mon destin, était scellé
Par la main d'une fatalité implacable
Dont la farouche logique est inexorable.

Plus de mille fois je me suis interrogé
Autant de fois je me suis senti affligé
Et j'ai voulu mettre un terme ultime à mon présent
En imprégnant mon avenir de mon sang.

Aujourd'hui j'espère que ces temps sont finis
Car je ne distingue plus à l'infini
Que l'Amour brillant, dans la boule de cristal,
Chantonner son incomparable récital 

Maintenant ce qui ressemble à mon avenir
Ce que je voudrais être mon devenir
Je le vois tel un ciel ensoleillé et radieux
Parce que je le vois, à présent, dans tes yeux.




INSTANT ENCHANTE

Aux premières nitescences d'un nouveau jour
Un tendre baiser se pose sur une joue
Matinale et délicate empreinte d'amour
Un autre se pose sur des lèvres bijoux.

L'amour en cette journée est bien habillé
Il a l'élégance et le panache d'un dandy
Dans la paume de la main il s'est éveillé
Après avoir été pendant un temps maudit.

Effleurement et baiser, sur la sainte chair
Peau contre peau et chaleur des corpus bénis
L'ouvre de cupidon semble flotter dans l'air
Traduite en une sensuelle cérémonie.

De tendres caresses en gestes passionnels
Des mouvements se dessinent sous les draps blancs
A l'approche de l'étreinte fusionnelle
Collusion des deux entités s'accordant.

Et Eros bouillonne et s'agite toujours nu
Offrant à la nature ce spectacle d'anges
Se découvrant mutuellement sans retenue
Alchimie de physiques qui se mélangent.

Jailli la séraphique aura seminalis,
Au plus fort de l'enivrante volupté,
Qui contradictoirement vient telle une éclipse
Jeter son ombre sur cet instant enchanté.




DEUX AMANTS

Le crépuscule est né
Sur la ville inanimée
Plus de passant ne passent
Dans les ruelles lassent.

Dans l'immeuble fatigué
A la façade usée
La lumière éclaire
Une chambre peinte en vert.

Dans l'alcôve deux corps,
A l'abris du dehors,
S'enchevêtrent en douceur
Sur un vieux lit sans couleur.

Leur nudité rayonnante
Et leur beauté innocente
Illumine cette pièce
D'une passion diablesse.

L'un a l'autre, ils se livrent
Couverts de caresses ivres
Mués par un doux désir
Ce mystérieux élixir.

Fiévreux, ils s'abandonnent
Tout entier ils se donnent
Corps en corps fusion parfaite
Deux êtres en union complète.

Et crescendo, le plaisir
S'en va devenir soupir
Ou plaintes évanescentes
De cette étreinte aimante.

Les deux amants s'embrasent
Jusqu'à l'ultime extase
Jouissant de ce paradis
Que leur apporte la nuit.

L'aube commence à percer
Sur la ville ensommeillée
Et le temps s'en va et passe
Sur ce frêle instant fugace.




A LA ST VALENTIN

Au jour prochain de la St-valentin
Nous nous tiendrons alors par la main
Nous serons de ce jour les plus heureux
De tous les euphoriques amoureux.

Nous nous parlerons de nos sentiments
Et ce tout en priant ardemment
Qu'ils résisteront, en touchant du bois,
A la morsure de ce temps sournois.

Toi tu seras la plus ensorcelante
De toutes les sublimes amantes,
Moi, certainement le plus enflammé
De tous les intemporels fiancés.

Et nous rendrons grâce à Cupidon
Pour s'être occuper de notre union
Et ses flèches qui ont transpercé nos cours
Pour y introduire tant de bonheur.

Et on réitérera notre flamme
Nous laisserons un temps parler nos âmes
Qui se diront doucement des mots roses
Symboles sibyllins de notre osmose.

Puis peut-être que l'on fera l'amour
Et On se liera jusqu'au petit jour
On se consumera sous les caresses
On constellera nos corps de tendresse.

Et même si alors dehors il pleut
Nous serons à ce moment heureux
Nos deux corps en fusion enlacés
Et nos deux cours brûlant entrelacés.




A.M.O.U.R.

Amoureux, amants, sous la lune étincelante
Abandonnent l'un à l'autre leur cour brûlant
Ancrant leur amour dans leurs âmes scintillantes
Aussitôt consacré par un baiser troublant.

Mains dans la pénombre s'initiant aux corps nus.
Musique sensuelle pour minutes uniques
Moulés dans les draps, observés par le cornu.
Membres, sexes, deux êtres vivent l'extatique

Obéissants à leurs sentiments et instincts,
Oubliant les heures, l'un à l'autre ils se donnent
Ouvrant des portes que ferment les puritains
Onctueuse liqueur coulant sur la madone.

Unifiant leur chair dans un doux pacte charnel
Unisexuant vagin, clitoris et pénis
Unissant les corpus en l'instant fusionnel 
Ultime étreinte d'Aphrodite et d'Adonis.

Rosée tombante sur l'herbe d'un chaud été
Rompant ainsi la nuit fervente et voluptueuse
Retirant le manteau couvrant leur nudité
Rougissante à l'assaut de l'aube majestueuse.




B.A.R.R.I.C.A.D.E.

Blême matin se levant sur ce drapeau rouge,
Balafré par la triste mitraille réac,
Brandi par des ouvriers sortant de leurs bouges
Bravant courageux une dernière attaque.

Anarchistes et communistes solidaires
Audacieux dans cette révolution
Abattant les symboles des milliardaires,
Abolissant un instant la coercition.

Reviennent les images de la commune,
Renaît un certain lointain octobre dix-sept
Rodant dans le cour de ces hommes sans fortune
Rageant contre leur gouvernement si malhonnête.

Rappelle en la mémoire des héros marxistes
Resurgissent des photos du « che », de Mao,
Rosa Luxembourg ou d'Ho Chi Minh utopistes
Rasant les certitudes de tous les fachos.

Idéalistes rébellion de prolétaires
Imaginant un monde fait d'égalité
Incarné par la mort du Capital sur terre
Icône de gens assoiffés de cruauté.

Combattant/Es venant des ghettos, des banlieues,
Camarades caressant le rêve insensé
Celui de pouvoir être enfin libre et joyeux
Celui-ci vous devez, vous, le réaliser.

A chacun de vous qui tombe un autre se lève
Amenant son courage à la lutte entamée
Affrontant les soldats, le sourire aux lèvres
Avec la combativité des affamés.

Dans les yeux de ces insurgés on voit l'espoir
De devenir des êtres humains affranchis
Débarrassés, tous, de leurs chaînes attentatoires
Dansant sur les ruines d'un système en charpies.

Et avec leurs mains ils gravent, là, leur légende
Exemple pour ceux qui après eux viendront
Eux aussi sortant des usines et des landes
Espérant contre la bourgeoisie, faire front.




C.R.E.A.T.I.O.N.

Curieuse inspiration si insaisissable
Cérémonieusement gravant sur le papier 
Chacune de mes bribes de vie périssables
Chaos de l'esprit avec le temps estropié.

Rythmés par le son du crayon, les rimes pleurent
Rendant à l'encre encore plus de son noir
Rappelant des souvenirs si durs à mon cour
Râpant chaque pensée qui me hantent le soir.

En moi les mots disent aussi leur colère
Étalant leur dégoût de ce monde pourri
Excluant, pour le seul pouvoir de milliardaires,
Encor plus de gens qui finissent sans-abri.

Avec simplement quelques pauvres vers, je lutte,
Anachronique pour certains si intello
Abaissant leur froc et qui sont devenu putes
Au service de ce système de salauds.

Témoin des coups de cafards et de mes doutes
Traduit dans des élégies au sens torturés
Toutes les muses dont Erato suivent la route
Tentant de faire que je sois moins égaré.

Insidieux spleen tu es le splendide supplice
Illogiquement moteur de création
Injection de mélancolie cicatrice
Ingérée dans des écrits d'introspection.

Occulte et mystérieux processus d'écriture
Offrant aux yeux voyeur le viol de ma pensée
Obscène actrice qui livre ma vie en pâture
Outrageusement nue à vos regards blasés.

Nymphes, démons, Aphrodites, anges et diables
Non sans penser aussi à la réalité
Nourrissez mes idée mes concepts misérables
Non-conformiste suis-je et je veux le rester.




D.E.S.I.R.

Doux brasier qui brûle lentement ma cervelle
Désagrégeant chaque miette de mon esprit
Disséqué devant ta bouche si sensuelle,
De ton corps dont moi, mortel, je me suis épris.

Etranges instants où je te rêve impudique
Errante, féline, aux creux de mes bras tremblants
Exacerbant en moi un désir hypnotique
Excitant ma flamme par tes baisers troublants.

Supprimant en moi toute envie de résistance
Sexy, tu m'inities au plaisir de ta chair
Sylphide tu te donnes à moi avec prestance
Soufflant à mes oreilles un suggestif air.

Indécente et merveilleuse danse sexuelle
Illuminée par nos deux êtres passionnés
Incube et succube en une ivresse rituelle
Inventant un Eden pour les amants damnés.

Retentissement de nos soupirs dans la chambre
Rythmant tous mes doux assauts aux creux de tes reins
Rutilement, imprégnés de sueur, de nos membres
Ravissement de tes yeux où se noient les miens.




E.L.E.G.I.E.

Encre noire, noir couleur de mes meurtrissures
Enferme en vers l'écume de mon esprit
Écris, écris sur la page, blême, mes blessures
Exprime que la vie à toujours un lourd prix.

Lancinant ce sentiment diffus de tristesse
Laminant en moi toute envie d'enchantement,
La Mélancolie est devenue ma maîtresse
Liant mon corps à elle diaboliquement.

Écoute, lis, ressens, si tu le peux mes plaintes
Essaie si tu veux de parcourir mon chemin
Exhume la mort pour comprendre son étreinte
Empoignant ma raison de ces blanches mains.

Grandit en moi le saint désir du crépuscule,
Gagne mon être peu à peu l'affliction
Gracieuse Erato je suis un funambule
Gémissant dans cette sordide fiction.

Indestructible certitude de mal-être
Illuminant en moi la route de noirceur.
Inoculant son venin/moteur au poète
Isolant ses mots d'occultes grises épaisseurs.

Élégie, écrite par le flot de mes larmes,
Enrobe de tes traits chaque once de mon chagrin
Emmènent les très loin de mes visions sans charmes 
Et qu'ils s'envolent vers ton élégiaque écrin.




F.R.O.I.D.

Faust en moi exalte ma partie ténébreuse,
Féline démone qui me tient vivant,
Forgeant mes sensations noires et brumeuses
Fleurs de mes vers capturés par l'hivernal vent.

Réalisme de ce spleen glacé qui m'étrangle
Riant de me voir si faible et désemparé
Régnant sur le chaos de ma vie qui me sangle
Rigoureux froid dont ma conscience s'est parée.

Omniprésence de cette mélancolie
Oxydant mon désir de vouloir respirer
Opérant en moi une glaciale embolie
Obscénité ce mal qui me fait chavirer.

Démon, tu me lèches de son souffle polaire
Détruisant ma vision du bien et du mal
Damnant mon esprit pour tes vues crépusculaires
Déviant ma conscience la forgeant anormale.




J.O.U.E.T.

Joyaux de mes nuits blanchies au creux de tes reins
Je suis devenu ton jouet, ta marionnette
Jouissant du droit que tu me touches de tes mains
Jaloux que d'autres te désirent, ma brunette.

Oriflamme de tous mes songes passionnels
Obsédant mon esprit brumeux en permanence
O combien je vénère ton fourreau charnel
Ondoyant, fort de toute sa belle éminence. 

Unis moi à toi pour toute l'éternité
Utilises-moi comme ta sexuelle proie
Ultime vœux que je voudrais réalité
Use de moi pour toutes tes nocturnes joies.

Esclave de tes seins, de ton sexe, de toi
Enivré par ton essence si sensuelle
Étoile de ma vie, tu es ma seule loi ;
Espérant que je sois ta victime perpétuelle.

Tu as fait de moi un condamné à t'aimer.
Toxico de toi, tu es devenue ma drogue
Tapissant mon futur de rêves enflammés
Tsarine je te rêve être mon épilogue.




Q.U.A.N.D.
Quand seront passées les saisons en enfer,
Que le sang ne coulera plus sur les pages
Qu'est ce qui pourra alors me satisfaire ?
Qui viendra m'enlever de mon sarcophage ?

Ultraviolets violentant ma destinée
Usurant toutes les larmes de mon cœur
Universalisant mes sanglots fanés
Utopiques croyant au futur bonheur.

Ataraxie de mes sentiments de joie
Annihilés par le jugement des étoiles
Accidentés sur une route sans voie
Amour pourquoi mets-tu tes sordides voiles ?

Néfastes matins que ceux de l'abandon
Nageant entre la noirceur et les ténèbres
Nonchalamment venant demander pardon
Négligeant les longs et pluvieux jours funèbres 

Déjà la nuit vient jeter son manteau noir
Dramatisant ainsi, encore plus mes peines
Donnant à la pièce l'aspect d'un mouroir
Détruisant ma vie d'une façon soudaine.





ZOOM SUR MON ESPRIT

Zoom sur mon esprit
Et sur toutes ces sensations qui l'encombrent
Avec tout leur méprit
L'emportant dans la profondeur de leurs décombres.

Comme envie de partir
Avoir enfin le pouvoir d'être comme l'air
Pour ne plus ressentir 
Toutes ses lourdes plaies incrustées dans la chair.

Apparition, flash
Le passé laisse sur le présent son empreinte
Tombant comme une tache.
Sur une toile à peine finie d'être peinte.

Ancrés au fond de moi
Les fruits pourris des expériences vécues
Font encore leur loi
Et il semble qu'ils ne seront jamais vaincus.

O morte adolescence
Es-tu partie avec ton cortège de pleurs
Et avec tes souffrances
Car il en reste tant de traces et d'odeurs.

Le temps s'est écoulé
Jusqu'à aujourd'hui des pages se sont écrites
Avec l'encre volée
A la source de toutes mes nuits anthracite.

A présent que suis-je ?
Un bout d'un hier évoluant vers l'avenir
J'ai toujours le vertige
Quand je sais que le passé pourra le ternir.




ACCIDENT DE LA ROUTE

Je suis en panne d'essence sur l'autoroute
Que je parcours tout du long en fuyant ma vie
Qui affiche piteusement sa banqueroute
Et je ne tente que de viser la survie.

J'ai pas le moindre argent pour remplir la voiture,
Pour qu'elle puisse m'emmener vers autre part
Où il y aura de meilleures conjonctures
Là-bas où je pourrais prendre un nouveau départ.

Les gens ne s'arrêtes pas sur la voie d'urgence
Ils filent vite vers leur destination
Ne m'accordant qu'un bref éclair d'indifférence
Et certains une seconde de compassion.

Je m'agenouille à côté du tas de ferraille
Y attendant un impossible dénouement
Qui surgirait subitement de la grisaille
Et qui viendrait m'aider providentiellement.

Mais à l'horizon je ne vois qu'un profond vide
Et mes SOS restent toujours sans écho
Alors que le ciel commence à se faire humide
Ma situation reste, là, au statu quo.

Il ne semble plus y avoir d'échappatoire
Je traverse la route, et me met en travers
Un semis remorque fonce en pleine nuit noire
Je ne serais qu'un tué de plus cet hiver.




SAIS-TU

Sais-tu mon amour que je suis heureux
Quand je me vois refléter dans tes yeux
Quand tes sourires répondent aux miens
Quand à part nous deux il n'existe plus rien.

Combien j'aime quand tu es avec moi
Et quand le soir tu t'endors dans mes bras
Après ces instants où nos corps s'aiment
Et que nos caresses nous parsèment.

Que j'adore quand tu me dis ces mots
Quand tu me dis que je suis le plus beau 
Que tu dis que je suis l'homme de ta vie
J'imagine les autres qui m'envient.

O combien je déteste ces tempêtes
Où notre amour semble sur la sellette
Parce que nous sommes en train de détruire
Ce que nos deux cours essaient de construire.

Sais-tu combien je hais cette vermine
Dont la mort ne serait que légitime,
Car à défaut de donner le bonheur
Elle ne t'a apporté que des heurts.

Sais-tu que, même si je reste pudique
Mon amour pour toi est pharaonique,
Il a l'immensité des océans
Et je souhaite qu'il dure longtemps.





L'ESPOIR

Vie à l'envers
Et de travers,
Obscurité
Opacité.

Fumée des jours
Traces d'amour
Dans le caveau
Sur le carreau.

Bornes en fer
Haie de l'enfer
Nuit du chemin
Sans lendemain.

Transporte-moi
Vers d'autres lois
D'autres pays
Ou vie la vie.

Petit espoir
Juste ce soir
Fait moi sourire
Fais-moi plaisir.

Mais ton écho
Me fait défaut
Dans ce désert
Où meurt la mer.

Et mon cœur crie
Et mes yeux prient
Pour ton absence
Indifférence.

L'espoir est mort
Ce soir encore
Et tout est gris
Tout est pourri




PEINTURE D'UNE DEPRIME

Au creux des sombres heures des jours de cafard
Madame Déprime me tend sa blanche main
Pour donner au tableau, ses coloris blafards
Couleurs estompant d'un trait tous les lendemains.

Tous les déchirements s'esquissent sur la toile
La neurasthénie se peint toujours en blanc et noir
Plus de vents ne viennent souffler dans les voiles
Du navire sabordé par le désespoir.

Sur le chevalet une impression de morbidesse
Enveloppe tous les essais de rêves bleus
L'onirisme se laisse aller à la détresse
En arpentant des chemins ternes et rocailleux.

Et l'artiste de nos destins, la vie, s'amuse
A rendre grisaille la moindre des illusions
Qui éclatent peu à peu et se désabusent
Ne vivant plus encore que sous perfusion.

Sous les lugubres arcades de l'amertume
Plus un seul soupir d'existence, ni de cris
Plus de silhouette marchant sur le bitume
Les temps sont si oppressants, les temps sont si gris.

Et la peinture à des reflets de mal de vivre
Y ait croquée une pente qui ne fini pas
Que l'on descend toujours à toute vitesse, ivre
Pour en finir plus vite avec maestria.




EPHEMERE

Mes mots s'envolent volés par le vent
Son souffle emmène syllabes et vers
Par delà d'autres mers et océans
Loin, aux antipodes de cet enfer.

Toutes mes larmes et toutes mes joies,
Ainsi que mon sang imbibant la feuille,
S'évadent de cette prison en moi
Se libérant d'intérieurs écueils.

Les poèmes sont des écrits si légers
Aux creux desquels il y a tant de souffrance
Qu'ils deviennent des papiers usagés
Qui partent se déchirer en silence.

Les écrits sont un invisible tableau
Où ma vie est peinte tel un fantôme
Écrasée sous l'existentiel rouleau
Qui dissipe son mortifère arôme.

Le ressenti est un fil si chétif 
Qu'il ne peut être souvent qu'éphémère
Ne trouvant pas d'échos il est furtif
Laissant aux épîtres un goût amer.

Tout n'est que moment si momentané 
Et l'instant présent est déjà défunt
Que les élégies sont déjà morts nées
Quand l'amour y imprime le mot fin.




ECRIRE POUR ...

Faire que l'actuel présent ne soit pas né
Reculer l'inexorable roue du temps
Face à son cycle perpétuel se mutiner :
Seul l'anachronisme reste encore excitant.

Au superficiel visage du tumulte
Préférer l'invisibilité de la nuit 
Et le doux silence de son mutisme occulte
Pour en savourer la sensualité du fruit. 

Regarder où les autres détournent les yeux
Par sa sensibilité s'ouvrir à l'invisible
Pour en découvrir le monde merveilleux
Et faire qu'il ne se soit plus inaccessible.

Rompre le silence de tous les grands secrets
Pour découvrir l'ultime formule magique
Et faire que l'impossible devienne concret
Alors nos rêves ne seront plus utopiques.

Sublimer le quotidien, le rendre éphémère
Chanter l'imaginaire, pour qu'il soir réel
Et par la force de nos rimes et de nos vers
Bâtir le royaume onirique intemporel.

Peindre un tableau avec des phrases d'encre noire 
Le colorer de fleurs et de soleils couchants,
De nos cris, de nos larmes de désespoir
Les dessiner au fond dans un bout d'océan. 

Imaginer l'envers à la place de l'endroit
Apporter la contradiction comme une arme
Et démontrer l'absurdité de toute loi
Dire non à l'approbation : tirer l'alarme ! 

Écrire des élégies pour purifier ses peines 
Et y mettre les fantômes de son cour à nu,
Avec ce liquide coulant de ses veines
Conclure l'épître en disant que tout est foutu.

Et épuisé, à la naissance d'un nouveau jour,
Après avoir noirci des centaines de pages 
Se dire finalement qu'il existe l'amour
Et qu'elle mérite bien encore un voyage.




DANSE

Des danseurs bariolés sur des danses d'ailleurs
Avec leur jambes, leurs bras, leurs bustes, tout leur
corps
Défient, y mettant à l'ouvre tout leur cour,
Celle qui de la haut les regarde : la mort.

Instants où ils puissent dans un nectar spirituel
La force de dépasser leurs limites humaines
Pour combattre l'ankou dans un décor virtuel
Et la refouler très loin, hors de la de la scène.

Un des danseur semble emporté par le démon
Les membres pris de spasmes, il s'évanoui
Son âme va lutter seule contre les dragons
Au plus profond du royaume de la nuit.

Et les instruments se taisent alors un instant
Le silence est l'unique note qui se joue
Moment de mutisme des acteurs déroutant
Les gens de l'assistance se croient devenir fou.

Plane dans l'air la présence des vieux esprits
Appelés par la musique et par les gestes.
Ici c'est comme cela que l'on les prie
Les Dieux du nord, du sud, de l'ouest et de l'est.

Le danseur sort de sa transe et revient à lui
Il revient avec des nouvelles des ténèbres
La fin du monde ne sera pas pour aujourd'hui
Alors cesse le rituel aux aspects funèbres.

Le sorcier remercie la bienveillance des cieux
On continue autour de la flamme de la vie
A danser cette fois pour remercier les dieux
Jusqu'à en être totalement estourbie.




IL NEIGE SUR PARIS

O, je dois avoir l'air d'un con
Marchant dehors sous les flocons
Dans cette nuit froide d'hiver
Tremblotant sous mon pull-over .

Dans les rues blanchies de Paris
J'essaie de tuer mon ennui
En arpentant la capitale
De Montparnasse jusqu'aux Halles.

Il neige sur la Tour Eiffel
Comme à Porte de la Chapelle
Et il ne fait pas meilleur temps
Dans les rues de Ménilmontant.

Et sur le Quai de la Râpée
Il y a des cristaux glacés
Qui se cramponnent aux trottoirs
Quand je pleure mon désespoir.

O cette soirée enneigée
Ne fait rien pour arranger
Cette affliction que je traîne
D'un bout à l'autre de la Seine.

Arrive la fin de la nuit
Mais continue mon asthénie
Et en traversant St Michel
Je rentre chez moi avec elle.




LA VIEILLE DAME

Les années ont creusées des traits sur son visage
C'est devenu une vieille dame sage
Qui parfois repense à son très lointain passé
En marchant dans cette gare désaffectée.

Elle pense aux trains qui aurait pu l'emmener
Vers d'autres rivages et bien d'autres contrées
Que ceux de cette ville qui meurt peu à peu
Ou les jeunes partent, ne laissant que les vieux.

Les usines des alentours sont muettes
Ont fermées leurs portes depuis belle lurette
On n'y voit plus passer la masse des ouvriers
Qui sortaient ou entraient par les grilles rouillées.

On ne cultive plus les champs des environs
Les paysans les ont laissés à l'abandon
Et ils sont aussi partis travailler ailleurs
En espérant trouver là-bas des jours meilleurs.

La vieille dame est assise sur un banc
Elle regarde s'écouler ce foutu temps
Qui continue à détruire tous ses repères 
Dans cette vielle ville au bord de la mer.

De son passé il ne reste que des miettes
Que des anciennes photos jaunies sans sa tête
Et des noms dans un cimetière défraîchis
Symboles de ce que fut ici la vie.




QUELQUE PART EN FRANCE

Lignes droites à la perspective incertaine
D'un avenir entre gris et espoir brumeux
Né à l'ombre de l'élite républicaine
Qui vers d'autres cieux à détourné les yeux.

Murs en béton se dressant défiant le ciel
Obscurcissant le moindre rayon de soleil
Et peignant en noir tout les arc-en-ciel
Qui pourraient donner l'illusion de merveilles.

Âmes en peine, vies cassées, désabusement
Errent des silhouettes qui marchent sans but
Exprimant un légitime ressentiment
Sur de ternes façades de grisaille brute.

Et malgré l'indescriptible lourdeur des cœurs
La joie en berne et la tristesse excitée,
Parfois on aperçoit un halo de chaleur
Quand percent des signaux de convivialité.

Gaieté et rires couvrent le bruit de la pluie
Et la fatigue, la lassitude ne sont plus
Le soleil remplace un instant la nuit
Dans les âmes perdues de ces anges déchus.

Arrive un nouveau jour, une nouvelle aurore
Et sur les trottoirs abîmés par les pas perdus
La nuit agonise dans la ville incolore
Née une nouvelle journée pour les exclus




PROSTITUTE

Sur le trottoir de cette place prés du périf'
Une fille brune marche de long en large
Habillée très court on voit même son sous-tif
On a l'impression qu'elle est paumée et en marge.

Quel foutu chemin l'a amené jusqu'ici
Quel enculé en a fait une marchandise
Qui à la nuit tombée dans les rues de Paris
Pour des euros devient totalement soumise.

La drogue l'aide à tenir le coup dans sa vie
Mais ce n'est qu'une vague sortie de secours
Car il arrive souvent que sa seule envie,
Quand elle est lasse, est de mettre fin à ses jours.

Combien il y a-t-il de filles comme toi
Qui se retrouvent à vendrent aussi leurs corps
Sur les trottoirs de Bangkok ou ceux de Détroit
En pensant que leur vie peu basculer encore.

Qui pourrait donc venir pour lui tendre la main
Où est ce beau prince charmant dont elle rêve
Il faudrait qu'il vienne à elle avant demain
Avant que de cette merde, elle ne crève.




VICTIME DE NOTRE TEMPS

Elle a les yeux rougis par bien trop de douleur
Les larmes ont creusé des rides sur son cour
Pour elle, toutes les journées sont des jours de pluie
Et ont toutes la terrible couleur de l'ennui.

Sa silhouette avance dans l'indifférence
Pliant sous le poids de bien trop de souffrances.
Elle cherche des étoiles sur les trottoirs
Et le soleil, elle, le cherche dans la nuit noire.

Un jour, la solitude l'a rendue muette
Et l'a enfermée dans une vie peu guillerette.
Où il n'existe plus qu'un chat pour les caresses
Pour lui donner juste encore un peu de tendresse.

O pourtant c'était un être tendre et sensible
Qui est devenue fantôme anonyme invisible
Dans ce monde trop grand et trop cruel pour elle
Elle pour qui le bonheur paraît virtuel.

Elle vit le drame de notre temps présent
Le même que d'autres êtres agonisant
Quelque part au bord d'un chemin
Sans jamais personne pour leur tendre la main.

Toutes les époques ont eu leur crimes odieux
La notre ferme ses oreilles et ses yeux
Aux victimes de l'individualisme
Et le cour a été tué par l'égoïsme

 

Martin Codron

 

martincodron@yahoo.fr

Site : http://www.webzinemaker.com/martincodron/

 






 

 

 

 

 

 

 

 

   

 

 

 

 

 

 



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