Anne - Marie Charpentier

 

 

 

 

 

 

N’importe quoi
 
Je voudrais tant t’offrir un bout de l’impossible,
L’éternité du temps où la lune sommeille,
Et tout ce que mon cœur a rêvé de possible
Et jusqu’à un rayon de l’éclatant soleil…
 
Mais je n’ai à donner que cet humble poème, 
A dire d’autre mot qu’un fidèle « je t’aime »,
Et pour tout souvenir
La joie de ton sourire…
 
Laisse. N’écoute pas,
Je dis n’importe quoi.
 
Là pourtant, je ressens
A l’endroit de mon cœur
Un petit pincement
Qui n’est pas sans douceur….
 

 
Cœur seul
 
Au tréfonds d’un cœur seul, d’un seul être l’absence.
Je voudrais arrêter les secondes du temps
Afin de retenir cet unique printemps
Fleuri dans l’hiver rude à l’habit de silence,
A l’épaisseur de givre éclatant de blancheur,
Mais glacé. O Absence ! Absence aux doigts de neige !
L’écoute parfumée, la tranquille fraîcheur
De l’ami retrouvé… quand donc le reverrai-je ?
 
Dans l’air flétri d’automne
Il me semble inspirer
La fuite des étés,
L’approche monotone
 
Des neiges de l’hiver…
 
Que me dis-tu ? … Espère…
 

 

 

 


 
Une journée au bord de l’eau
 
L’aube au chevet du jour à peine se dessine,
Se revêt d’une aurore à liserés de feu,
Et dans l’ombre ténue quelquefois on devine
Le passage frôlé d’un oiseau silencieux.
 
La mer immense étend mille facettes d’or ;
Lorsque l’astre s’élève en sa rouge parure,
Elle, timidement, retient son lent murmure.
Une vague après l’autre vient lécher le bord
D’une longue caresse encore somnolente ;
Le rivage frémit sous la risée dolente ;
Sérénité du temps toujours renouvelé,
L’heure doucement coule en minutes nacrées.
 
L’horizon s’est éteint, midi rêvant s’approche.
La rade maintenant scintille entre les roches.
Le sable s’éblouit en ses courbes offertes,
Plages de grains blondis ondulant sur le sol,
Tandis que les oiseaux glissant vers l’onde verte
Sur la vague et le vent harmonisent leur vol.
 
Le jour déjà s’enfuit dans le silence bleu
Où crépitait l’essence des pins résineux.
Le temps chante toujours en soufflant sur les dunes
Où le soir, magicien, fait paraître la lune.
Le soleil à nouveau rejoint le sein de l’onde,
A nouveau l’horizon s’allume et s’obscurcit
Tandis qu’un trois-mâts barque en la rade profonde
Cherche un mouillage sûr, paisible, pour la nuit…


 

 



Rêve ancien

Le ciel bas s’est chargé d’une pluie immobile.
Il m’évoque pays de lointaine mémoire,
Châteaux fortifiés, forêts, campagne hostile
Et maint preux chevaliers surgis de vieux grimoires.
 
Le temps sonne le glas. Il passe un long cortège
Estompé par la brume vers l’Abbaye Noire ;
Et la terre est blanchie d’un froid tapis de neige ;
Un chant moyenâgeux résonne dans le soir.
 
L’HOMME-ARMÉ des légendes bleues surgira t il
Ainsi que dans l’histoire au détour du sentier ?
J’entends battre les pas de son lourd destrier…
 
Ce n’était que mon cœur dans ce rêve inutile.
Le ciel bas s’est chargé d’une pluie immobile.

 

 


 
1.       Vent
 
Voyageur éternel, où t’en vas-tu ce soir
En pleurant les chansons de ta mélancolie ?
Ne cesseras-tu pas de souffler dans le noir
Tes longs gémissements pleins d’âpre nostalgie ?
 
Voyons, dépose un peu ton manteau de violence
Et repose avec moi, tranquille, un long moment.
Ne pense plus à rien, oublie. Oublie le temps.
Tu reprendras demain ton essentielle errance.
 

 

 

 

 


 
2. Ile d’Yeu
 
Ile des souvenirs et de l’enfance heureuse…
La chanson de la mer aux vagues enjôleuses
Évoque un monde à part où règne la lumière.
 
D’où vient son charme pur ? Une intense douceur
 
Y imprègne les choses les plus nécessaires,
Et l’air qu’on y respire est plus léger qu’ailleurs ;
Un peu de sable et d’eau suffit à sa splendeur…
 

 

 

 

 



Refuge
 
Parfois j’ai l’âme lasse et l’esprit dérouté :
J’aspire à ce repos qu’offre la solitude
Loin des autres surtout, loin d’un monde agité,
De ses bruits, de ses heurts, et de ses servitudes.
 
J’ai besoin d’un abri, d’un petit coin de terre :
Où l’aurais-je trouvé, ce dernier asile,
Ce lieu suffisamment sauvage et solitaire,
Ailleurs que sur la côte escarpée de mon île ?
 
Mais où exactement, je ne le dirai pas :
On y viendrait troubler mes rêves silencieux.
C’est un endroit béni, secret et délicieux
Où ma présence enfouie ne se remarque pas.
 
Là, je viens abriter mes détresses rebelles,
Puiser dans la beauté une vigueur nouvelle :
J’écoute le murmure bleu du flot mutin,
Ses remous, ses clapots, ses mutismes soudains ;
 
J’observe le rocher immobile et songeur,
Les goélands le soir s’ébattre dans l’eau claire,
Trempés de blanche écume… et je reste des heures
A regarder le ciel jouer avec la mer…
 
 

 

 

 



Ambiance d’automne
 
Le soir distille en moi sa douceur automnale…
L’âme des jardins clos, en sa robe diaprée,
Frôle d’un long soupir la vigne virginale
Où, silencieux, se glisse un reflet mordoré.
 
Le ciel, grand joaillier, a retaillé ses pierres :
Dans une ronde opale il grave son sourire,
Éclate ses diamants, parsème leur poussière
Et fond l’aigue-marine en un profond saphir.
 
Timide, rougissante, et de fraîcheur éprise,
La nuit effarouchée vient endormir les choses ;
Sa main tendre retient à peine l’heure grise
Où les chants fatigués des merles se reposent.
 
Mais dans l’ombre s’épanche un lourd parfum d’absence
Et l’espace et le temps semblent fanés soudain, 
Froissés, flétris, sans joie, presque sans espérance…
Alors, mage tranquille au visage serein,
 
Le vénérable Automne, imperturbable et lent
Dans son riche manteau de feuille et de lumière
Eteint ses feux, s’en va, et laisse en s’en allant
Son empreinte étoilée dans les larges ornières. 

 

 

 


 
Désir de rivage
 
Il me faut du silence et des rêves d’azur, 
De longues étendues de sable et de blondeur,
Un horizon lointain chatoyant de couleurs
Et sur les dunes bleues le parfum des fleurs mûres.
 
Il me faut l’odeur suave et mauve des bruyères,
L’or piquant des ajoncs, l’or doux des immortelles,
Le velours des lichens et des œillets de mer
Et le soupir moiré des vagues maternelles.
 
Il me faut un casier séchant sur le vieux port, 
Une barque ventrue se baignant au soleil,
Un galet rond, poli, où le lézard sommeille,
Un chemin de traverse où le vent souffle fort.
 
Il me faut tout cela pour vivre mes hivers ;
Le ciel pluvieux et bas, lourd de morosité
Et la ville et le bruit ne peuvent satisfaire
Mes fulgurants désirs d’espace et de beauté !
 
J’imagine… le ciel, le soir, un goéland,
Les dernières lueurs dont le Suroît se voile,
Et le Grand Phare aussi qui lance en tournoyant
Sa clarté régulière au sable des étoiles.
Les deux vies
Dans les matins dorés de ma première enfance
Ton image peut-être avait déjà fleuri ;
Discret, son doux parfum embaumait mon esprit
En murmurant, câlin, les mots de ton silence.
 
Puis, quand vinrent les jours de mon adolescence,
Toute éclose en mon cœur elle se fit plus tendre ;
A son charme rêveur je me suis laissée prendre
Et recueillis en moi l’écho de ta présence.
 
Et Midi brûlera les feux d’un plus grand âge…
L’automne avancera dans sa rouge parure,
La fleur deviendra fruit, le fruit tombera, mûr.
Et pourtant je devrai poursuivre le voyage…
 
Enfin, par les soirs bleus d’un douloureux déclin,
Va, je pourrai toujours vivre de souvenirs…
Toi, tu ne seras plus… et seule, j’irai dire
Sous l’ombrage des ans mes poèmes anciens.

 

 

 

 



La nuit
 
La nuit ferme les yeux du lac aux longs mystères,
L’indolente se glisse au creux de la vallée ;
Les noctuelles bleues tournoient dans la tourbière :
Voilà l’heure plaintive aux songes envolés.
 
Immobile et confuse, une lune s’invente
Un rêve de fraîcheur baigné de rayons d’or :
Pudiquement voilée de brume ourlée d’aurore,
Son halo blanc trempé dans les algues dormantes…
 
Le lac est un miroir à peine perceptible,
Un frisson révélé de vague et de murmures,
Une traîne légère, ornant les dentelures
D’un monde évanescent, silencieux, impassible.
 
Quel cerf viendra ce soir troubler ces eaux luisantes,
Quel roi de ces forêts, de ces halliers sauvages ? 
Il surgira, furtif, écartant les branchages,
Craintif, pourtant superbe en sa course fuyante.
 
L’apparence est trompeuse et l’ombre mensongère :
On croit se retrouver pour mieux se perdre encore !
La nuit tisse sa toile au milieu des bruyères,
Sous le regard absent de la mariée d’or.

 

Le site d'Anne - Marie : http://badadou.free.fr/

 

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